Affaire Nichols: Anglade a «créé le chaos» dans le parti, selon Lise Thériault

QUÉBEC — L’expulsion du caucus libéral de la députée Marie-Claude Nichols n’a pas fini de faire des vagues, provoquant la déception et la colère dans les rangs libéraux. En fond de scène, c’est le leadership de la cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade, qui risque d’en sortir affaibli.

La députée de Vaudreuil a été exclue du caucus libéral jeudi, après avoir refusé d’être porte-parole de l’équipe dans les dossiers reliés au transport. Elle devra donc siéger à titre d’indépendante.

Mme Nichols a refusé les demandes d’entrevue, mais elle a indiqué par voie de communiqué son intention de demeurer députée et de continuer à adhérer aux valeurs du PLQ. Pas question qu’elle devienne une transfuge. «Mes valeurs, elles, ne changent pas, elles demeurent libérales», assure-t-elle, dans sa brève déclaration, sans revenir sur les faits qui ont changé sa vie à court terme. 

La décision d’exclure Mme Nichols du caucus va laisser des traces, selon certains libéraux qui se montrent perplexes et inquiets quant aux conséquences sur le leadership de la cheffe, tout en acceptant pour la première fois de la critiquer à visage découvert.

L’ex-ministre Lise Thériault, qui siégeait dans le caucus libéral jusqu’à tout récemment, était encore sous le choc vendredi.    

Avec «l’affaire Nichols», Mme Anglade a «créé le chaos» au Parti libéral du Québec (PLQ), a-t-elle résumé, en entrevue téléphonique à La Presse Canadienne, vendredi après-midi.

Reconnue pour son franc-parler, Mme Thériault estime que cette expulsion a constitué la goutte «de trop» après la défaite cuisante du 3 octobre, estimant que la cheffe avait «franchi une ligne», par sa démonstration de force totalement «injuste» envers une députée qui ne le méritait pas. 

Un caucus «n’est pas une dictature!», a-t-elle commenté, revendiquant pour les députés «le droit de dire non», en refusant d’occuper des fonctions qui ne correspondent pas à leurs capacités ou leurs ambitions. Elle ajoute que cela s’est produit à maintes reprises dans le passé qu’un député refuse une fonction proposée par le chef, sans pour autant subir l’ultime désaveu.

Il faut rappeler que, pour un député, l’exclusion du caucus c’est l’équivalent de «la peine de mort», a renchéri en entrevue téléphonique l’ex-ministre Gaétan Barrette, qui lui aussi juge la sanction imposée à Mme Nichols «complètement démesurée» et injustifiée. Mme Anglade devrait selon lui annuler cette mauvaise décision, mais il est convaincu qu’elle ne reculera pas.  

Mme Nichols a été «la brebis sacrifiée», déplore Mme Thériault, malgré d’excellents états de service, et en dépit du fait qu’elle a été depuis 2014 «une bonne soldate» pour le parti et le caucus, alors qu’on se permet aujourd’hui de salir sa réputation. 

Jeudi, pour justifier son exclusion, le président du caucus, le député de Marquette, Enrico Ciccone, avait dit que Mme Nichols n’était pas une «joueuse d’équipe», chaque élu devant selon lui faire sa part, en acceptant les rôles de porte-parole qu’on leur confie au sein du cabinet fantôme de l’opposition officielle. 

Jeudi et vendredi, M. Ciccone a décliné toute demande d’entrevue, visant à lui permettre d’expliquer son geste. La cheffe du parti, Mme Anglade, a refusé elle aussi toutes les demandes d’entrevue, n’ayant fait aucun commentaire sur le sujet. 

Mais chose certaine, selon M. Barrette et Mme Thériault, la décision ne vient pas du caucus, mais de la cheffe elle-même. «Il n’y a pas d’exclusion qui peut se faire sans l’autorisation du chef», tranche l’ex-ministre de la Santé. 

Après une vingtaine d’années de vie politique, Lise Thériault affirme n’avoir jamais vu un député exclu d’un caucus pour un motif aussi discutable, et d’une manière «aussi malhabile» et «inélégante», alors que rien ne pressait. «Pourquoi avoir précipité une décision» aussi lourde de conséquences?, se demande-t-elle.

Le leadership de Mme Anglade ne peut qu’en sortir affaibli, selon Mme Thériault. C’est comme si elle disait aux députés: «si vous ne pensez pas comme moi», ça ne fonctionnera pas. On assiste au règne du «crois ou meurs», conclut lui aussi Gaétan Barrette.

«Je ne reconnais plus mon parti», conclut Mme Thériault, persuadée, en raison des nombreux appels téléphoniques qu’elle reçoit, que sa frustration est partagée par bien d’autres anciens élus et militants, toujours actifs comme elle au sein du parti.   

L’ex-députée de Bourassa-Sauvé de 2018 à 2022, Paule Robitaille, a fait écho à ses anciens collègues, en critiquant sur Twitter le choix du parti de montrer la porte à la députée de Vaudreuil: «Ce caucus a-t-il vraiment les moyens de se priver d’une députée aussi sincère, compétente qu’engagée? Le temps des purges?».

Ancien allié de Mme Anglade, l’ex-ministre libéral Serge Simard est sorti publiquement vendredi pour retirer sa confiance à la cheffe, sur les ondes de TVA. 

«Le travail de Dominique Anglade, c’est de s’organiser pour que ça fonctionne avec ses députés. Elle a un enjeu sérieux sur la façon dont elle juge son caucus», a dit pour sa part sur la même chaîne l’ex-députée libérale Marie Montpetit, qui a elle-même été expulsée du caucus libéral, en novembre dernier, à la suite d’allégations de harcèlement psychologique qui n’ont pas fait l’objet de plaintes formelles. 

Le 3 octobre, Mme Nichols a été élue pour un troisième mandat dans Vaudreuil. Au moment de composer le cabinet fantôme, elle avait dit à sa cheffe qu’elle souhaitait qu’on lui confie le poste de vice-président de l’Assemblée nationale qui est réservé à un membre de l’opposition officielle. Mais Mme Anglade a refusé, lui préférant le député de Viau, Frantz Benjamin, qui le convoitait aussi. 

«L’affaire Nichols» ne peut qu’inviter les militants libéraux à se poser des questions sur le leadership du parti, car tout «ça pointe vers la cheffe», dit M. Barrette, ex-député de La Pinière. Les membres vont devoir se demander, pour le bien du parti, s’ils ont «le bon vendeur». Il dit souhaiter que le vote de confiance envers la cheffe sera le plus tard possible en 2023. 

«Le Parti libéral est définitivement, politiquement, en péril», pas en termes de survie, mais en termes d’intentions de vote, quand on regarde les résultats désastreux du 3 octobre, selon lui. «Dans la situation actuelle, je ne vois pas comment il peut monter» et voir sa cote de popularité augmenter. Malgré tout, il reste convaincu que le PLQ demeure la seule formation politique de l’opposition ayant «la capacité intrinsèque» de reprendre le pouvoir au parlement. 

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