Agressions en Saskatchewan: la GRC pourrait avoir amélioré ses communications

OTTAWA — L’utilisation par la GRC d’alertes d’urgence et de mises à jour régulières lors de la chasse à l’homme en Saskatchewan a suscité des commentaires positifs de la part d’experts en pratiques policières, qui voient dans ces mesures un signe que la police fédérale apprend de ses erreurs.

Les résidants de la communauté crie de James Smith et des localités environnantes ont été réveillés tôt dimanche matin par une alerte à «personnes dangereuses». Selon la Gendarmerie royale du Canada (GRC), cette alerte a été lancée 92 minutes après les premiers appels reçus concernant plusieurs agressions au couteau dans la région.

Peu de temps après, la GRC a publié les noms et les photos de deux suspects, dont l’un a depuis été retrouvé mort lundi. La police fédérale a depuis lancé plusieurs autres alertes en Saskatchewan, en Alberta et au Manitoba, alors que la chasse à l’homme pour retrouver l’autre suspect, Myles Sanderson, se poursuivait toujours mercredi.

Bien que les experts affirment que les efforts de communication de la GRC n’ont pas été parfaits, l’utilisation d’alertes d’urgence et de mises à jour publiques depuis dimanche contraste fortement avec les chasses à l’homme passées.

On pense notamment à ce que beaucoup considèrent comme les ratés de la police fédérale en Nouvelle-Écosse en 2020. La GRC avait alors mis du temps à alerter la population et à divulguer des informations, alors qu’évoluait une tuerie qui a fait 23 morts, dont le tireur, sur une période de 13 heures.

«La GRC de la Saskatchewan a fait un travail beaucoup plus approfondi et efficace (qu’en Nouvelle-Écosse), où la principale communication se faisait par Twitter et tard dans la journée», estime Wayne MacKay, professeur émérite de droit à l’Université Dalhousie.

Des policiers de la GRC ont déclaré lors de l’enquête publique plus tôt cette année qu’ils craignaient que l’émission d’une alerte lors de la tuerie de 2020 en Nouvelle-Écosse ne provoque une «panique folle» au sein de la population et ne mette les policiers en danger sur le terrain.

Mais les experts des systèmes d’alerte d’urgence ont contesté ces prétentions, tandis que des familles de victimes ont soutenu que des vies auraient pu être sauvées si les Néo-Écossais avaient été prévenus plus tôt.

L’ex-sergent de la GRC Bruce Pitt-Payne a souligné qu’en 2019, la police fédérale avait également été critiquée pour ne pas avoir fourni plus d’informations à la population alors qu’elle recherchait deux suspects accusés d’avoir assassiné trois personnes dans le nord de la Colombie-Britannique.

À la suite de l’attention médiatique et des critiques de la population lors de ces deux précédentes chasses à l’homme, le sergent à la retraite Pitt-Payne croit que dans le cas de la Saskatchewan, la GRC a probablement été fortement incitée à publier rapidement des informations sur la chasse à l’homme.

Une meilleure collaboration

Bien que les tentatives d’évaluation de la performance de la GRC en Saskatchewan reposent en grande partie sur ce que les policiers eux-mêmes prétendent savoir, M. Pitt-Payne estime que les alertes d’urgence démontrent que certaines leçons ont été tirées.

«L’information est sortie assez rapidement, a-t-il déclaré. Certains diront qu’il a quand même fallu plus d’une heure pour envoyer l’alerte. Mais je tiens également à souligner que des informations inexactes, diffusées simplement pour aller vite, n’aident personne non plus.»

Michael Boudreau, professeur de criminologie à l’Université St. Thomas de Fredericton, au Nouveau-Brunswick, signale également qu’il y a eu cette fois-ci des signes d’une plus grande collaboration et de meilleures communications avec les corps policiers locaux.

«La GRC semble avoir appris, espérons-le, des erreurs commises en Nouvelle-Écosse en tendant la main à la police municipale de Regina, en particulier, pour demander son aide», a déclaré M. Boudreau.

Le grand nombre d’alertes publiques lancées par la police depuis dimanche a par contre suscité certaines plaintes, mais selon Chris Schneider, professeur de sociologie à l’Université de Brandon, il s’agit là d’une évolution positive pour la GRC.

M. Schneider, qui a publié un livre sur la police et les médias sociaux, croit toutefois que la GRC a encore du chemin à faire lorsqu’il s’agit d’obtenir la collaboration de la population en ligne, où se tournent de nombreuses personnes lorsqu’elles reçoivent une alerte.

Alors que la GRC publiait des communiqués «figés dans le temps», le service de police de Regina a utilisé les médias sociaux pour répondre en temps réel aux questions des citoyens et publié des mises à jour vidéo du chef Evan Bray s’adressant directement à la population, rappelle le professeur Schneider. «En établissant un contact en temps réel entre la police et la communauté, on renforce la confiance», a-t-il estimé.

De nouvelles compétences

Les experts croient que les médias sociaux et les communications instantanées exercent aujourd’hui de nouvelles pressions sur la police et qu’il faut accorder plus d’attention à l’élaboration de politiques et à l’investissement de ressources dans ce domaine.

Après la tuerie en Nouvelle-Écosse, la GRC avait d’ailleurs promis d’élaborer une politique nationale sur l’utilisation des alertes d’urgence. Cette politique, qui serait entrée en vigueur le 1er mars dernier, prévoit la création d’un poste de coordonnateur des alertes publiques dans chaque division de la GRC. 

Cette politique précise aussi les circonstances pour lesquelles une alerte publique peut être lancée, notamment les situations de «tireur actif», les attaques terroristes, les émeutes ou les catastrophes naturelles.

«Nous sommes entrés dans une nouvelle ère où le simple fait de communiquer et d’assurer la sécurité du reste de la population et toutes ces sortes de choses constitue en soi une tâche majeure, et cette tâche ne peut pas être facilement gérée par les intervenants de première ligne traditionnels», a déclaré le juriste MacKay.

«Alors peut-être qu’ils doivent se demander s’ils disposent des bonnes personnes en communication dans leurs forces ces jours-ci, et s’ils ont les ressources dont ils ont besoin dans ce domaine.»

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