Agressions sexuelles dans l’armée: l’opération Honour rate sa cible

OTTAWA — L’opération Honour mise sur pied par les Forces armées canadiennes pour éliminer les inconduites sexuelles dans ses rangs a créé un climat «de crainte et de frustration» en plus de «miner l’esprit de camaraderie» sans véritablement régler le problème, conclut le vérificateur général.

Ce vaste exercice lancé en 2015 a été créé dans la foulée du rapport de l’ex-juge de la Cour suprême, Marie Deschamps. Celle-ci constatait que la culture de sexualisation hostile aux femmes et aux membres de la communauté LGBTQ au sein des forces armées créait un climat propice au harcèlement sexuel et aux agressions sexuelles.

Selon les témoignages recueillis par le vérificateur général, les comportements inappropriés n’auraient pas cessé depuis le début de cette opération, mais ils seraient moins visibles qu’auparavant puisque les personnes fautives recommenceraient lorsqu’elles ne se sentent plus surveillées.

Il note que la formation donnée aux militaires par leur chaîne de commandement a été accueillie avec scepticisme puisque «les formateurs étaient eux-mêmes souvent complices de comportements sexuels inappropriés».

Certains militaires se sont également mis à craindre d’interagir avec leurs collègues de sexe féminin «de peur de se retrouver accusés» d’inconduite sexuelle, ce qui nuit au climat de confiance qui devrait régner au sein des troupes et, par conséquent, à leur efficacité opérationnelle.

Une nouvelle formation a été élaborée depuis, mais elle n’est pas obligatoire. Le vérificateur général recommande aux forces armées de l’offrir à l’ensemble de ses membres le plus rapidement possible. La force régulière compte 66 000 militaires, 22 400 civils et 21 800 réservistes. Il recommande aussi de préparer une formation axée sur l’aide aux victimes.

Le nombre de plaintes est passé de 40 à 300 après la mise en œuvre de l’opération Honour, un signe interprété par les Forces armées canadiennes que cette opération donnait les résultats escomptés. Pourtant, le vérificateur général constate que certains militaires ne se sentent toujours pas «en sécurité ni soutenus». Un nombre important de ces plaintes ont été déposées par une autre personne sans égard à la façon dont la victime voulait gérer la situation, ce qui a eu un effet dissuasif.

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