Aide à mourir: des médecins réticents refusent de référer un patient

TORONTO – La recommandation d’un comité parlementaire sur l’aide médicale à mourir, selon laquelle les médecins refusant d’accorder le service seraient contraints de référer leurs patients à un collègue volontaire, est non seulement décevante, mais elle mène des médecins à considérer quitter la pratique, soutient l’Association médicale canadienne (AMC).

Le comité multipartite a dévoilé jeudi des recommandations visant à aider le gouvernement fédéral à rédiger la nouvelle loi sur l’aide médicale à mourir. Il a affirmé qu’Ottawa devrait collaborer avec les provinces et territoires pour établir un processus qui respecte la liberté de conscience des médecins, tout en répondant aux besoins des patients qui demandent la mort assistée.

La recommandation dit que le médecin qui refuse d’aider un patient souffrant de trouver la mort par des médicaments doit minimalement référer le patient à un autre médecin.

Mais pour l’AMC, qui représente environ 80 000 médecins au Canada, les médecins qui s’opposent à l’aide à mourir au nom de la liberté de conscience ne devraient pas être soumis à cette exigence. Elle l’a d’ailleurs fait valoir durant les séances de consultations du comité.

Le vice-président du Professionnalisme médical à l’AMC, Jeff Blackmer, s’est dit très déçu que cette position ne fasse pas partie des recommandations.

Le renvoi des patients a été une question épineuse parmi les membres du groupe. Plusieurs croient qu’ils ne devraient pas être contraints à fournir le service d’aide médicale à mourir, ni à faciliter la procédure lorsqu’elle entre en conflit avec leurs valeurs morales, religieuses ou éthiques.

«Il y a des médecins qui considèrent que le fait de référer le patient est moralement comparable à l’acte lui-même», a-t-il expliqué, vendredi depuis Ottawa.

«Parmi les médecins qui s’opposent fermement à l’aide à mourir, un bon nombre d’entre eux dit: ‘Si je le réfère à un autre médecin et que je sais qu’il va mener l’acte d’aide à mourir, je suis automatiquement moralement complice, parce que j’ai facilité le processus’.»

L’AMC favorise plutôt la création d’un centre d’information pour faciliter l’accès à l’aide médicale à mourir. Cette proposition ne figure cependant pas dans le rapport du comité, malgré l’appui qu’elle a reçue de l’organisme Mourir dans la dignité Canada et de l’Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique, regrette Jeff Blackmer. Ces deux groupes sont à l’origine de la bataille judiciaire qui a mené la Cour suprême à invalider l’article de la loi interdisant l’aide à mourir.

«Je ne veux d’aucune façon être alarmiste, mais j’ai entendu des collègues qui approchent de l’âge de la retraite dire que si cela est consacré par un projet de loi, ils vont prendre leur retraite», a-t-il dit, au sujet de l’obligation de référer des patients. «J’ai aussi des collègues qui ont dit qu’ils déménageraient dans un État américain.»

«Je ne pense pas qu’ils seront si nombreux, mais il y a certainement un petit groupe de médecins qui sont assez convaincus de leur position pour faire des changements dans leur pratique, selon ce qui se trouvera dans le projet de loi.»

Ottawa devra déposer une nouvelle législation permettant l’aide médicale à mourir d’ici le 6 juin.