Aide internationale: le déclin du Venezuela pose des défis pour le Canada

OTTAWA — Les répercussions de la crise au Venezuela dans les Amériques risquent d’entraîner des coûts importants à long terme pour le gouvernement du Canada.

Le flot de 4,5 millions de réfugiés vénézuéliens dans d’autres pays devrait grimper à plus de six millions d’ici la fin 2020, selon les nouvelles estimations de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés. C’est près d’un Vénézuélien sur cinq.

Cela met davantage de pression sur les voisins du Venezuela, qui absorbent la plupart des réfugiés en cette période d’incertitude politique grandissante sur le continent.

Cela comprend les manifestations de masse qui ont secoué le Chili, ayant mené à l’annulation par ce pays de deux grands sommets internationaux, des élections contestées en Bolivie qui ont entraîné l’exil au Mexique du président de longue date Evo Morales, le retour d’un gouvernement de gauche en Argentine et l’ascension d’un populiste de style Trump au Brésil.

Plus tôt cette année, le Canada a joué un rôle de premier plan dans le groupe de Lima des pays de l’hémisphère — moins les États-Unis — qui a appelé l’armée vénézuélienne à soutenir le renversement du gouvernement de Nicolas Maduro. Le groupe de Lima et des dizaines d’autres pays voyaient le chef de l’opposition vénézuélienne Juan Guaido comme le président par intérim légitime.

Le Canada s’est montré plus prudent dans la gestion de la crise politique en Bolivie, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, prenant acte de la démission de Morales et saluant l’appel à de nouvelles élections. Mme Freeland n’est pas allée jusqu’à soutenir la présidente autoproclamée par intérim, Jeanine Anez, une conservatrice religieuse qui a siégé au Sénat bolivien.

Un grand vide au Venezuela

Quelques mois après les pressions du Canada pour le départ de Maduro au Venezuela, rien n’a changé et les Vénézuéliens continuent de fuir le pays pendant que l’économie, les systèmes de santé et d’éducation s’effondrent, une situation largement imputée à la mauvaise gestion et à la corruption de Maduro.

«Cela crée un grand vide au Venezuela. Si cette situation perdure, il sera encore plus difficile de penser à reprendre à neuf au Venezuela, a déclaré Renata Dubini, directrice dans les Amériques du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Cela va certainement changer le profil de l’Amérique latine, ce mouvement de population. Nous parlons d’environ six millions de personnes. Cela aura sans aucun doute un impact sur l’avenir du Venezuela et des pays d’accueil.»

Le Venezuela était autrefois un riche État pétrolier, avant le début d’un déclin économique rapide en 2014, un an après que Maduro eut succédé au socialiste Hugo Chavez. L’hyperinflation et les pénuries d’aliments et de médicaments ont finalement alimenté l’exode d’une population qualifiée et instruite.

Malgré l’intervention du Canada, de ses alliés du groupe de Lima et d’autres pays, ce déclin semble maintenant irréversible.

«Il s’agit de la plus importante migration humaine de l’histoire de l’hémisphère depuis l’arrivée des Européens», a déclaré Ben Rowswell, dernier ambassadeur du Canada au Venezuela avant la rupture des relations diplomatiques ayant mené à son expulsion en 2017.

Un récent sondage du ministère péruvien des Affaires étrangères sur les nouveaux arrivants a révélé que 90 pour cent des personnes interrogées avaient déclaré ne pas vouloir retourner au Venezuela, a souligné Mme Dubini. Les 861 000 Vénézuéliens actuellement au Pérou devraient passer à 978 000 d’ici la fin de l’année prochaine, faisant du pays le deuxième plus grand pays d’accueil des réfugiés après la Colombie, qui devrait voir ses 1,4 million de réfugiés grimper à près de 2,4 millions d’ici la fin de 2020.

Mme Dubini a indiqué que le Canada avait demandé à la Banque mondiale d’accorder à la Colombie, au Pérou et à l’Équateur une aide financière nouvelle et stable. Cela signifie généralement des prêts sur des dizaines d’années assortis de périodes de grâce sans paiement pour plusieurs années.

Cela fournirait un soutien à long terme au-delà de l’aide humanitaire, qui, dans le cas du Canada, s’est élevée à 2,2 millions $ pour le Venezuela.

Cela aiderait la Colombie et le Pérou à payer pour l’éducation et les soins de santé de leurs nouveaux résidants vénézuéliens.

«Ces pays semblent prêts à intégrer les Vénézuéliens, mais ils ne peuvent le faire seuls», a déclaré Mme Dubini.