Aide médicale à mourir: «On ne reviendra jamais en arrière», déclare Véronique Hivon

QUÉBEC — Le débat sur l’élargissement de l’aide médicale à mourir (AMM) est beaucoup moins «polarisé» et «émotif» que le précédent, constate Véronique Hivon.

Celle qui est considérée comme la «mère» de la loi actuelle sur les soins de fin de vie dit sentir un «apaisement» dans la population quant au droit pour certaines personnes de réclamer l’AMM.

«Les craintes sont beaucoup moins importantes, a-t-elle résumé lors d’une entrevue récente avec La Presse Canadienne. Ça fait bientôt six ans que la loi est en vigueur au Québec, les gens ont évolué, le consensus est encore plus fort, on voit qu’il n’y a pas de dérapages.

«Ça a apaisé beaucoup de gens qui avaient des positions extrêmement arrêtées (…) et on voit qu’il n’y a personne — et ça, c’est assez fascinant — qui ose remettre en question le bien-fondé de la loi actuelle.»

Pour cette raison, la députée péquiste de Joliette croit qu’«on ne reviendra jamais en arrière».

Même si des experts s’opposent aujourd’hui à l’élargissement de l’AMM aux personnes inaptes ou souffrant de troubles mentaux, «ça fait quand même un débat jusqu’à maintenant beaucoup moins polarisé (…) et moins émotif», reflète-t-elle.

«Il y a comme cette base commune de compréhension et une certaine sérénité», a-t-elle ajouté.

Rien de décidé, dit Guillemette

Le gouvernement Legault a mis sur pied la Commission spéciale sur l’évolution de la Loi concernant les soins de fin de vie, qui a entendu en mai 32 experts sur la possibilité d’élargir l’AMM aux patients souffrant d’alzheimer, par exemple.

Avant de formuler des recommandations, la commission lira les mémoires de citoyens et écoutera les groupes se prononcer lors des audiences publiques qui se tiendront à la mi-août.

La question est de savoir si l’on peut administrer l’AMM à une personne inapte qui en aurait fait la demande au préalable. Aussi, peut-on offrir l’AMM pour le seul motif de maladie mentale? 

Nombreux sont les experts qui se sont dits d’accord avec l’idée d’élargir l’AMM aux personnes en situation d’inaptitude ou atteintes de troubles mentaux afin de mettre un terme à leurs souffrances ou indignité.

Et nombreux sont ceux qui s’y sont farouchement opposés, affirmant qu’il y avait des limites à l’autodétermination de la personne qui peut théoriquement continuer à vivre.  

Le cas hypothétique d’une personne qui a fait une demande anticipée d’AMM après avoir reçu un diagnostic d’Alzheimer, mais qui, le moment venu, a l’air heureuse, a particulièrement embêté les députés. 

C’est pourquoi rien n’est encore décidé, a déclaré en entrevue la présidente de la commission, la députée caquiste de Roberval Nancy Guillemette.

«Il n’y a pas de consensus, a-t-elle affirmé. C’est un sujet qui n’est pas facile, c’est délicat, c’est très complexe. On a à statuer sur des choses importantes. Il faut prendre le temps de bien cerner (…) jusqu’où on est prêt à aller comme société.»

Les députés ne sont pas restés insensibles au témoignage de l’autrice de 42 ans Sandra Demontigny, elle-même atteinte d’une forme d’alzheimer précoce et héréditaire. 

Mme Demontigny a plaidé pour qu’on lui donne le droit de formuler une demande anticipée d’AMM, qui serait exécutoire. Lorsqu’elle perdra son aptitude à consentir dans cinq ou six ans, il sera trop tard, a-t-elle dit, émouvant les élus aux larmes. 

«C’était complètement bouleversant, se rappelle la députée libérale de Maurice-Richard, Marie Montpetit. Elle portait à la fois une telle douleur, une telle conviction et une telle sérénité, c’était un équilibre des trois qui faisait que c’était vraiment très puissant.»

Dans tous les cas, assurons-nous que l’AMM ne serve jamais de raccourci, a fait valoir le député de Québec solidaire dans Gouin, Gabriel Nadeau-Dubois.

«Je ne pense pas qu’on puisse avoir la réflexion sur comment accompagner ces personnes-là vers la mort, sans avoir en même temps une très sérieuse réflexion sur ce qu’on fait comme société pour les accompagner dans la vie», a-t-il affirmé. 

Il rappelle que des experts se sont indignés du manque de soins qu’on accorde notamment aux personnes atteintes de troubles mentaux, comme la bipolarité et la schizophrénie, par exemple. 

«Il serait intolérable que notre société rende plus facile l’AMM que l’aide à vivre pour ces gens-là. (…) Ça ne peut pas être un raccourci pour soulager la souffrance des gens parce qu’ils manquent de soins. Ça ne peut pas arriver.» 

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