Air Canada paiera beaucoup moins pour mettre la main sur Transat

MONTRÉAL — Air Canada souhaite toujours prendre Transat A.T. sous son aile en dépit de la pandémie de COVID-19, qui continue de secouer le secteur de l’aviation commerciale, mais le plus important transporteur aérien payera presque quatre fois moins que ce qui était initialement prévu.

Les deux compagnies ont annoncé samedi une révision de la transaction prévoyant qu’Air Canada versera 5 $ — comparativement à 18 $ —pour chaque action de la société mère d’Air Transat dans le cadre d’une prise de contrôle dorénavant estimée à 190 millions $, par rapport à 720 millions $ auparavant.

«Il s’agit de la pire crise qu’affronte Transat depuis sa fondation il y a 33 ans, et avec une deuxième vague (d’infections), il est impossible de prédire le moment d’une éventuelle reprise», a souligné dans un communiqué son président et chef de la direction, Jean-Marc Eustache, en soulignant qu’un regroupement permettrait à la compagnie de «résister aux turbulences actuelles du secteur».

L’arrangement est appuyé à l’unanimité par le conseil d’administration de Transat A.T et offre aux actionnaires de l’entreprise établie à Montréal de recevoir un montant en espèces ou des titres d’Air Canada.

Ceux-ci devront se prononcer à nouveau dans le cadre d’une assemblée extraordinaire qui sera convoquée au début du mois de décembre. La transaction devra obtenir l’aval d’au moins les deux tiers des porteurs de titres. Samedi, Transat A.T. et Air Canada n’avaient pas indiqué si l’arrangement était appuyé par d’importants actionnaires du voyagiste.

Les principaux actionnaires de la société mère d’Air Transat sont la firme Letko Brosseau (14,88 %), le Fonds de solidarité FTQ (11,55 %) et la Caisse de dépôt et placement du Québec (5,83 %), selon les données compilées par la firme de données financières Refinitiv. Le bas de laine des Québécois n’a pas commenté le nouvel arrangement.

«Nous allons prendre le temps d’analyser l’offre avant de nous prononcer publiquement, a précisé un porte-parole du Fonds, Patrick McQuilken. Nous l’avons appris avec le communiqué.»

Contexte différent

Air Canada a fait valoir que la crise sanitaire avait eu un impact «sans précédent» sur le secteur.

Les autorités fédérales imposent toujours des restrictions à l’endroit des voyages internationaux et l’on exige également une quarantaine obligatoire aux personnes qui arrivent au pays. Le contexte est ainsi bien différent par rapport à août 2019, lorsque les actionnaires du voyagiste québécois avaient voté en faveur de l’arrangement.

«Ce regroupement assurera la stabilité des (activités) de Transat et de ses parties prenantes et viendra renforcer Air Canada et, à n’en pas douter, l’industrie canadienne de l’aviation lorsque nous entrerons dans un monde post-COVID-19», a souligné le président et chef de la direction de la société aérienne, Calin Rovinescu.

La nouvelle mouture de la transaction, qui devra obtenir l’aval des porteurs de titres de Transat A.T. repousse au 15 février, par rapport au 27 décembre, la date butoir de la vente. Cet élément a pesé dans la balance, étant donné que le Bureau de la concurrence et la Commission européenne, qui ont exprimé des préoccupations à l’égard du regroupement proposé, ne se sont toujours pas prononcés.

Avant la pandémie, la transaction aurait permis au regroupement de détenir une part du marché transatlantique de 60 % depuis le Canada. Air Canada et Transat A.T. se chevaucheraient sur certaines destinations soleil en plus d’avoir une emprise sur les voyages aériens à Montréal.

Marge de manoeuvre

La nouvelle entente permettra à Transat A.T. d’obtenir une facilité de crédit de 250 millions $, ce qui l’aidera à traverser les turbulences actuelles. La convention d’arrangement originale faisait en sorte que le voyagiste avait besoin de l’approbation d’Air Canada pour obtenir du financement.

Au cours des derniers mois, plusieurs analystes avaient évoqué la possibilité que le prix d’achat soit révisé à la baisse en raison de la crise sanitaire.

Vendredi, à la Bourse de Toronto, l’action de Transat A.T. avait clôturé à 3,83 $ — loin du prix de l’arrangement initial. Le voyagiste a néanmoins fait valoir que l’offre de 5 $ par titre représentait une prime de 31,6 % sur le cours moyen de son titre au cours de la période de 20 jours ayant pris fin le 8 octobre.

«Cela semble un prix (5 $ par action) raisonnable pour les deux parties, a estimé Karl Moore, du département de gestion de l’Université McGill, au cours d’un entretien téléphonique. À 18 $ l’action, la transaction n’allait tout simplement pas se conclure. On ne peut plus faire référence aux conditions qui prévalaient avant la crise sanitaire. L’industrie aérienne se trouve dans la période la plus sombre de son histoire.»

Advenant un échec du regroupement, Air Canada devrait payer à Transat A.T. des frais de résiliation de 30 millions $. Si une proposition supérieure à un prix ferme d’au moins 6 $ par action n’est pas égalée par la société aérienne, le voyagiste devra verser 10 millions $.

Si toutes les approbations sont obtenues, la clôture de la transaction est prévue à la fin janvier ou au début du mois de février.

 

Entreprises dans cette dépêche: (TSX:TRZ, TSX:AC)

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