Akwesasne doit lutter contre la COVID-19 sur trois frontières

AKWESASNE, ONTARIO, CANADA — La pandémie a rendu encore plus difficile la délimitation des champs de compétence de chacun sur le territoire d’Akwesasne. 

La communauté mohawk, qui chevauche les frontières de l’Ontario, du Québec et de l’État de New York, est la deuxième réserve la plus peuplée du Canada. Même si une entente signée il y a des années place le secteur canadien de la communauté sous la responsabilité du ministère de la Santé de l’Ontario, ceux qui vivent du côté est de la frontière provinciale doivent quand même suivre les consignes sanitaires du Québec.

«Finalement, nous avons institué nos propres règles», a déclaré le grand chef Abram Benedict.

Ces mesures sont conçues pour satisfaire les consignes, pas toujours identiques, des deux provinces, tout en aidant les personnes qui vivent dans la communauté d’environ 12 000 personnes.

On a ainsi décrété un couvre-feu, entre 23 h et 5 h, dès novembre dernier, bien avant que le Québec n’impose le sien, en janvier, et que l’Ontario n’émette une ordonnance qui demande aux gens de rester chez eux, la semaine dernière. 

Les résidents d’Akwesasne sont également restreints sur leurs déplacements à l’extérieur du territoire. Ce rayon avait d’abord été fixé en avril à 80 km, mais a depuis été étendu à 160 km, de chaque côté de la frontière internationale. Toute personne qui voyage au-delà de ce rayon doit se placer en isolement pendant 14 jours à son retour.

Le chef Benedict explique que le Conseil mohawk d’Akwesasne, l’organe de direction en secteurs canadiens, a dû coordonner ses mesures de santé publique avec le conseil de St. Regis, responsable du côté américain.

«Pendant plusieurs mois, au début de la pandémie, on recensait très peu de cas, mais maintenant, depuis un mois et demi, deux mois, on a vu une éclosion de cas positifs, y compris la mort malheureuse de quelques résidents de foyers de soins de longue durée», déplore le chef Benedict.

«À l’heure actuelle, nous ressentons vraiment la pression pour commencer à administrer le vaccin et nous assurer que la communauté se conforme à toutes les ordonnances et recommandations de la santé publique. Les temps sont durs.»

Un peu de tensions 

La géographie même d’Akwesasne a conduit à des gestes hostiles lorsque ses habitants quittent le territoire. Vendredi, le chef Benedict et la mairesse de Cornwall, Bernadette Clement, ont condamné d’une même voix les petites notes de harcèlement laissées sur le pare-brise de résidents d’Akwesasne venus faire des courses dans cette ville ontarienne.

La mairesse Clement a rappelé dans une lettre ouverte que les résidents d’Akwesasne peuvent avoir des plaques d’immatriculation de l’Ontario, du Québec ou de New York, mais n’enfreignent aucune interdiction de voyager lorsqu’ils quittent leur territoire.

Le service de santé d’Akwesasne a déclaré lundi que 110 résidents et membres du personnel des établissements de soins de longue durée du territoire avaient reçu une dose de vaccin au cours du week-end.

Le Conseil mohawk d’Akwesasne travaille en partenariat avec le Bureau de santé publique de l’est de l’Ontario, notamment sur la distribution de vaccins. Le conseil de St. Regis, quant à lui, coordonne ses efforts directement avec le gouvernement fédéral américain.

Selon le chef Benedict, puisque le système de santé publique de la communauté est très efficace, le vaccin est fourni par les gouvernements, mais administré par des professionnels d’Akwesasne.

Les autorités de santé publique d’Akwesasne ont signalé vendredi huit nouveaux cas dans la partie nord du territoire; le secteur sud connaissait un nouveau cas le même jour. On compte actuellement 30 cas actifs du côté canadien et 17 du côté américain. Akwesasne a déploré cinq décès liés au coronavirus depuis le début de la pandémie.

Laisser un commentaire