Alberta: une nouvelle vidéo montre la GRC plaquer et frapper un chef autochtone

OTTAWA — Tandis que des politiciens de divers horizons réclament des réponses après avoir regardé la vidéo d’une arrestation violente d’un chef éminent d’une Première Nation du nord de l’Alberta, le plus haut responsable de la GRC dans la province est revenu sur son refus de voir un racisme systémique dans les rangs de la police fédérale.

Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré que la vidéo était «choquante» et a demandé une enquête indépendante et transparente pour faire la lumière sur ce qui s’est produit.

M. Trudeau a dit qu’il avait de «sérieuses questions» sur l’incident et que tous les Canadiens et lui-même veulent des réponses.

La vidéo, captée par la caméra de tableau de bord d’un véhicule de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), a été rendue publique dans le cadre d’une requête visant à faire suspendre les accusations criminelles portées contre le chef Allan Adam.

La vidéo d’une durée de 12 minutes, partagée par plusieurs médias, montre un agent s’approchant du camion du chef Adam devant un casino de Fort McMurray, dans la nuit du 9 au 10 mars. On peut voir le chef Adam entrer de son véhicule et en sortir, lançant des jurons et se plaignant d’être harcelé par la police.

La situation déjà tendue s’envenime lorsqu’un deuxième agent arrive, fonce sur lui et le plaque au sol, lui assénant ensuite un coup de poing à la tête. Le chef, qui a été accusé d’avoir résisté à son arrestation et d’avoir commis des voies de fait contre un policier dans l’exercice de ses fonctions, est visiblement ensanglanté.

La GRC rapporte que les plaques d’immatriculation de son camion étaient expirées.

Le sous-commissaire Curtis Zablocki, commandant de la GRC de l’Alberta, n’a pas voulu commenter l’arrestation du chef Adam en raison de l’enquête en cours.

Plus tôt cette semaine, le commissaire Zablocki disait ne pas croire en un racisme systémique dans les rangs de la police au Canada.

Vendredi, il a affirmé que des conservations et la recherche lui avaient fait changer d’avis.

«Il s’agissait vraiment d’avoir une meilleure perspective sur ce qu’est le racisme systémique, a-t-il fait valoir. Il y a divers termes et catégories de racisme, comme (je l’ai appris en faisant) certaines recherches… et en le « googlant »»

Pas un incident isolé

M. Trudeau a indiqué qu’il savait qu’il ne s’agissait pas d’un incident isolé et que beaucoup trop de Canadiens noirs ou autochtones ne se sentent pas en sécurité avec la police.

Il juge que c’est «inacceptable» et dit avoir discuté de cet enjeu avec les premiers ministres provinciaux et territoriaux lors de sa conversation téléphonique hebdomadaire avec eux, jeudi soir. Ils ont discuté de solutions possibles, comme l’utilisation de caméras corporelles par les agents.

Le ministre des Affaires autochtones de l’Alberta, Rick Wilson, a salué sur Twitter le fait que la vidéo ait été rendue publique.

«Difficile de regarder cette vidéo de mon ami, le chef Adam, être brutalisé comme ça», a écrit M. Wilson sur Twitter, ajoutant qu’il espère que l’organisme de surveillance de la police en Alberta «examine de manière appropriée» cet événement et fera en sorte que la justice est rendue.

L’Équipe d’intervention en cas d’incident grave de l’Alberta enquête et a refusé de commenter cette affaire, vendredi.

La chef du NPD albertain, Rachel Notley, a déclaré sur Twitter que le racisme systémique en Alberta ne pouvait être ignoré.

«J’espère sincèrement qu’une enquête sur cet incident conduira à un changement pour le mieux», a-t-elle affirmé.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, a déclaré dans un communiqué que les Canadiens avaient droit à des réponses et a souligné la nécessité que l’enquête aboutit à des conclusions opportunes et approfondies.

La nation chipewyan indique que l’avocat du chef, Me Brian Beresh, a déposé une requête en justice pour surseoir aux accusations criminelles en raison d’une violation de ses droits. «Tout cela résulte d’une étiquette d’immatriculation expirée. La vidéo parle d’elle-même», a-t-on déclaré dans un communiqué, en réclamant  que les agents impliqués soient suspendus et traduits en justice.

Le chef Adam a tenu une conférence de presse le weekend dernier pour soulever des questions concernant son arrestation, dans la foulée de la mobilisation massive contre le racisme à travers l’Amérique du Nord.

«Chaque fois qu’un des nôtres fait quelque chose de pas correct, [la GRC] semble utiliser une force excessive. Il faut que ça cesse», a-t-il déclaré.

La GRC de Wood Buffalo a déclaré que la vidéo de tableau de bord avait été examinée par des superviseurs, qui ont déterminé que les gestes posés par les agents étaient «raisonnables» et ne remplissaient pas les critères pour déclencher une enquête externe.

Plusieurs ne sont pas du même avis et l’ont exprimé sur les réseaux sociaux jeudi soir.

«Je suis profondément troublé par la vidéo du chef Adam et de la GRC de Wood Buffalo, a écrit le chef conservateur Andrew Scheer. Cette affaire fait, à juste titre, l’objet d’une enquête. L’usage excessif de la force par la police est toujours une erreur.»

Les policiers dénigrés?

Le président de la Fédération de la police nationale, un syndicat représentant 20 000 membres de la GRC, s’est dit «sérieusement préoccupé» par la façon dont les policiers sont dénigrés.

Brian Sauvé a fait valoir que les agents ne pouvaient pas légalement permettre que le camion soit conduit sans immatriculation valide et que les contrôles routiers sont parmi les fonctions de la police les plus dangereuses.

«Les incertitudes sur l’identité du conducteur ou du passager, leurs antécédents et leurs intentions, ainsi que ce qui peut se trouver dans un véhicule à l’abri des regards, présentent toutes des risques pour la police et le public», a-t-il expliqué.

Il a indiqué qu’il était donc normal que les agents s’assurent que les conducteurs et les passagers ne sont pas en mouvement pendant les contrôles routiers.

L’avocat de M. Adam a déclaré que la vidéo montrait que la police n’avait pas tellement évolué dans la façon dont elle traite les citoyens.

«Si nos policiers sont si peu délicats que c’est ainsi qu’ils réagissent à une infraction de 350 $, nous avons un problème», a soutenu Me Brian Beresh.

«Cela me met en colère et je suis sûr que cela met en colère toute personne raisonnable.»