Alek Minassian aurait admis avoir planifié l’attentat au camion-bélier à Toronto

TORONTO — L’homme accusé d’avoir tué 10 personnes en roulant avec une fourgonnette sur des trottoirs achalandés de Toronto en 2018 a déjà admis qu’il avait planifié et commis l’attentat, a appris le tribunal jeudi.

Alek Minassian, âgé de 27 ans, fait face à 10 chefs d’accusation de meurtre au premier degré et 16 chefs de tentative de meurtre, en lien avec l’attentat du 23 avril 2018. Son procès devant juge seule devrait s’ouvrir le mois prochain.

Lors d’une audience préalable, jeudi, le procureur de la Couronne a lu l’exposé conjoint des faits convenu jusqu’ici entre les parties. La poursuite et la défense s’entendent pour dire que M. Minassian a foncé avec sa fourgonnette sur au moins 26 personnes, «dont 10 ont été tuées et 16 blessées à divers degrés», a lu Me John Rinaldi.

La défense conteste par contre l’admissibilité en preuve d’une déclaration que l’accusé avait faite à un agent au poste de police peu après son arrestation — et qui est enregistrée sur vidéo. Au milieu d’une série de questions de routine, le policier à l’accueil demande à M. Minassian s’il souffre de maladies. «Oui: je suis une merde meurtrière», répond l’accusé. La défense admet que M. Minassian a fait cette déclaration, mais Me Boris Bytensky soutient que le droit constitutionnel de son client à garder le silence a alors été violé.

Plusieurs victimes et proches de ceux qui sont morts dans l’attentat se trouvaient dans la salle d’audience, jeudi. Certains ont essuyé des larmes et d’autres ont fixé M. Minassian lorsque le tribunal a visionné la vidéo où on le voit faire cette déclaration à la police.

M. Minassian a déclaré plus tard aux enquêteurs, lors d’un long interrogatoire, qu’il a commis l’attentat pour se venger de toutes les femmes qui l’avaient rejeté et ridiculisé pendant des années. Il a déclaré à un enquêteur qu’il faisait partie du «mouvement incel», une sous-culture internet marginale qui attire les hommes «involontairement célibataires».

L’accusé a dit à l’enquêteur Rob Thomas qu’il se voyait tout en bas de l’échelle sociale, à titre d’«incel», et qu’il voulait faire partie d’un «soulèvement» dans un effort pour changer son statut. Il soutient aussi qu’il a maintenant «accompli» sa mission, et que «c’est le jour du châtiment».

M. Minassian a admis jeudi au tribunal cet aveu, qui fera désormais partie de l’exposé conjoint des faits au procès.

La juge au procès a déjà précisé que cette affaire porterait sur l’état d’esprit de M. Minassian au moment de l’attentat, et non sur le fait de savoir si l’accusé était effectivement au volant de la fourgonnette ce jour-là.