Alek Minassian répond ce que les gens aimeraient entendre, selon un psychiatre

TORONTO — L’homme qui a tué 10 personnes en montant sur des trottoirs animés de Toronto avec une fourgonnette expliquerait à ses victimes qu’il a commis ces attentats parce qu’il était seul et en colère contre la société.

C’est en tous cas ce qu’a dit Alek Minassian au docteur Alexander Westphal, un psychiatre appelé par la défense, lors de l’une des nombreuses rencontres entre les deux hommes, en 2019 et plus tôt cette année.

«Je leur dirais probablement que je me sentais très isolé et amer envers la société, et j’ai décidé de laisser sortir ma colère contre des gens, au hasard», explique Minassian dans une vidéo diffusée lundi au procès, mené en mode virtuel. 

«Je leur dirais probablement que je n’ai jamais eu beaucoup d’amis, que les gens m’ignoraient, j’avais l’impression d’être floué par la vie, ce n’était vraiment pas drôle», dit-il dans une petite salle d’un centre de détention de Toronto.

Mais selon le docteur Westphal, un médecin américain spécialisé dans les troubles du spectre de l’autisme, Minassian disait alors simplement ce que les victimes, selon lui, auraient aimé entendre.

«Rien ne prouve qu’il était malheureux, qu’il se sentait marginalisé, même s’il a dit qu’il se servirait de cette explication auprès d’une victime», a soutenu lundi le psychiatre. «Je pense qu’il plaçait les choses en fonction de ce que les gens voulaient entendre, selon lui.»

La thèse de l’autisme, pas de l’«incel» 

Le docteur Westphal, témoin vedette de la défense, a soutenu précédemment que Minassian manquait d’empathie et ne comprenait pas l’immoralité de ses actes.

Minassian, âgé de 28 ans, de Richmond Hill, a plaidé non coupable à 10 chefs d’accusation de meurtre au premier degré et 16 chefs de tentative de meurtre. Son avocat tente de plaider qu’il devrait être déclaré non criminellement responsable en raison d’un trouble du spectre de l’autisme. Son état d’esprit au moment de l’attentat est d’ailleurs le seul enjeu dans ce procès.

«Rien ne prouve qu’il était malheureux, qu’il se sentait marginalisé, même s’il s’est servi de cette explication auprès d’une victime», a soutenu lundi le psychiatre. «Je pense qu’il plaçait les choses en fonction de ce que les gens voulaient entendre, selon lui.»

Le procureur de la Couronne Joe Callaghan a déclaré lundi que les déclarations de l’accusé sur ce qu’il dirait à ses victimes démontraient sa capacité à comprendre leur point de vue. Le docteur Westphal, comme il a fait une grande partie des derniers jours de contre-interrogatoire, n’était pas d’accord.

Le psychiatre a déjà témoigné qu’en raison de son trouble du spectre de l’autisme, Minassian n’avait pas la capacité de comprendre le point de vue d’autrui. Dans son rapport d’expert soumis au tribunal, le psychiatre a conclu que l’accusé n’était pas psychotique à l’époque, mais sa «façon de penser, à cause de l’autisme, était gravement déformée d’une manière comparable à la psychose».

Le tribunal a également appris lundi que Minassian  avait déclaré au docteur Westphal qu’il avait utilisé la soi-disant «idéologie incel» — des hommes «involontairement célibataires» et en colère contre la société — pour se donner du courage et commettre les attentats. 

Or, le docteur Westphal et deux autres psychiatres ont tous témoigné que l’accusé n’avait montré aucune colère envers les femmes. Minassian a donné à différentes personnes des motifs différents pour expliquer l’attentat: la notoriété, une anxiété extrême de commencer un nouvel emploi, ou accéder à un site Web horrible qui classe les meurtriers de masse en fonction du nombre de leurs victimes assassinées. 

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