751 sépultures anonymes trouvées près d’un ancien pensionnat en Saskatchewan

PREMIÈRE NATION DE COWESSESS — La Première Nation de Cowessess révèle avoir découvert 751 sépultures anonymes sur le site d’un ancien pensionnat autochtone en Saskatchewan.

Les détails entourant la découverte ont été dévoilés en conférence de presse, jeudi matin. C’est grâce à l’utilisation d’une technologie de radar pénétrant que la présence des corps a pu être confirmée sur le terrain de l’ancien pensionnat Marieval.

«On a toujours su qu’il y avait des tombes ici», a déclaré le chef de la Première Nation de Cowessess, Cadmus Delorme, en conférence de presse virtuelle.

Le chef a montré à l’écran un grand terrain gazonné parsemé de petits drapeaux colorés.

«Le site des sépultures est là et il est réel», a-t-il laissé tomber avant d’ajouter: «Il y a 751 drapeaux.»

Il s’agirait du plus grand nombre de sépultures anonymes retrouvées sur un même site au Canada. Le chef Delorme a mentionné que la communauté va plancher sur le projet d’identifier chacune des tombes.

L’ancien pensionnat est situé à environ 160 kilomètres à l’est de Regina et a été construit en 1899 par des missionnaires de l’Église catholique romaine.

L’opération de recherche à l’aide d’un radar pénétrant a débuté au début du mois grâce à une collaboration entre la Première Nation de Cowessess et l’École polytechnique de la Saskatchewan. Une telle procédure aurait une marge d’erreur de 10 % à 15 %, dit-on, mais la communauté aurait la certitude de la présence d’au moins 600 corps enterrés.

Bien que bouleversante, cette découverte n’étonne pas du tout les survivants des pensionnats, a fait remarquer le chef Cadmus Delorme.

«Au fil des ans, les histoires orales de nos aînés, de nos survivants et des amis de nos survivants nous l’ont répété. Ils savaient que ces sépultures étaient là», a-t-il partagé.

Des pierres tombales retirées?

Le chef de la Première Nation de Cowessess a avancé en conférence de presse qu’il aurait possiblement pu y avoir des pierres tombales et des marqueurs identifiant les tombes, mais que tout cela aurait été retiré dans les années 1960.

«Des représentants de l’Église catholique ont retiré ces pierres tombales et aujourd’hui, on a des sépultures anonymes», a-t-il affirmé.

La Conférence des évêques catholiques du Canada n’avait pas répondu à nos demandes de commentaires à ce sujet en fin d’après-midi, jeudi.

Le chef Delorme espère maintenant avoir un accès total aux archives de l’Église concernant cet ancien pensionnat.

Les recherches se poursuivent pour retrouver d’autres restes humains. Si ces sépultures anonymes sont possiblement situées à l’intérieur des limites d’un ancien cimetière, les aînés croient que des corps d’enfants non baptisés ou décédés trop jeunes pour avoir été baptisés pourraient avoir été enterrés en dehors des limites de l’ancien cimetière.

C’est pourquoi la prochaine étape va consister à redonner son nom à chacun des corps enterrés.

«On veut honorer nos proches qui reposent ici aujourd’hui, a mentionné le chef Delorme. On veut s’assurer de protéger et préserver cet endroit pour que les gens puissent y venir et poursuivre leur processus de guérison.»

Compassion et solidarité

Par voie de communiqué, le premier ministre du Canada Justin Trudeau a dit avoir appris la nouvelle «avec beaucoup de peine» et ressentir «une tristesse immense pour la Première Nation de Cowessess et pour toutes les communautés autochtones du Canada».

«La douleur et le traumatisme que vous ressentez, le Canada en est responsable. C’est pourquoi le gouvernement va continuer à fournir aux communautés autochtones de tout le pays le financement et les ressources dont elles ont besoin pour faire la lumière sur ces terribles injustices», peut-on lire plus loin dans une autre citation attribuée à M. Trudeau.

Mercredi soir, le chef de l’Assemblée des Premières Nations (APN), Perry Bellegarde, avait réagi sur Twitter en qualifiant la nouvelle de «tragique, mais pas surprenante».

«J’exhorte les Canadiens à se tenir debout avec les Premières Nations dans cette période extrêmement difficile et émotive», a-t-il ajouté.

Le premier ministre Scott Moe a également réagi. Il a affirmé que «la Saskatchewan pleure pour les défunts de ces tombes anonymes découvertes près de l’ancien pensionnat autochtone».

«Je crois comprendre qu’il y avait plusieurs enfants et ça brise le coeur de penser que tant d’enfants ont perdu la vie après avoir été séparés de leur famille», a indiqué M. Moe dans un gazouillis.

«Malheureusement, d’autres Premières Nations de la Saskatchewan pourraient vivre un choc similaire alors que les recherches se poursuivent sur divers sites d’anciens pensionnats autochtones à travers la province», a-t-il ajouté.

«Nous sommes reconnaissants envers les leaders autochtones qui effectuent les recherches et nous continuons à leur offrir notre entière collaboration afin de permettre aux survivants, aux familles et aux communautés de notre province de faire leur deuil».

Le premier ministre Scott Moe a indiqué qu’il a discuté avec le chef de Cowessess, Cadmus Delorme ainsi que Bobby Cameron, le chef de la Fédération des nations autochtones souveraines pour leur offrir le soutien du gouvernement provincial.

M. Cameron a d’ailleurs réagi en disant que cette découverte constituait «une preuve de ce que les survivants répètent depuis des décennies».

«Ce qu’on voit, c’est le résultat d’un génocide commis par le Canada. Un génocide sur nos terres», a-t-il martelé en promettant que d’autres corps vont être découverts près des autres anciens pensionnats. Il croit également que des sépultures semblables pourraient se cacher autour des anciens sanatoriums, de soi-disant «hôpitaux indiens», où des gens étaient «maltraités, torturés, négligés et tués».

Le gouvernement fédéral avait commencé à financer l’ancien pensionnat en 1901 et a pris le contrôle de son administration en 1969. L’école a été cédée à la première Nation de Cowessess en 1987, soit dix ans avant sa fermeture.

Le mois dernier, la Première Nation de Tk’emlups te Secwepemc en Colombie-Britannique a annoncé la découverte des sépultures anonymes de 215 enfants sur le site d’un ancien pensionnat autochtone de Kamloops.

On estime à 150 000 le nombre d’enfants autochtones ayant fréquenté les pensionnats entre 1860 et 1996. La Commission de vérité et réconciliation a documenté les histoires de survivants et de familles dans son rapport publié en 2015. On y rapporte de mauvais traitements, dont des abus psychologiques, physiques et sexuels. On recensait également au moins 4100 décès d’enfants dans ces écoles.

Une ligne téléphonique d’écoute est mise à la disposition des survivants et de leurs proches qui ressentent le besoin d’obtenir de l’aide en raison du choc ressenti par l’évocation de cette nouvelle. Le numéro de la ligne du «Programme de soutien en santé: résolution des questions des pensionnats indiens» est le: 1-866-925-4419.

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