Le mariage entre Air Canada et Transat A.T. n’aura finalement pas lieu

MONTRÉAL — Tenter de continuer à voler de ses propres ailes ou se tourner vers un nouvel acquéreur, comme Pierre Karl Péladeau: Transat A.T. devra évaluer ces scénarios puisque son mariage avec Air Canada, qui était de plus en plus incertain, a finalement avorté. 

Après avoir appris que la Commission européenne (CE) — dont l’autorisation était essentielle — n’allait pas donner son aval à la transaction qui aurait permis la prise de contrôle du voyagiste québécois par le plus important transporteur aérien au pays, les deux parties ont annoncé, vendredi, la fin de leur arrangement évalué à 190 millions $. 

Transat A.T., dont les appareils devraient rester cloués au sol jusqu’à la mi-juin, doit maintenant boucler un financement d’au moins un demi-milliard de dollars pour passer passer au travers de l’année, ce qui, selon la société, devrait survenir dans les «prochaines semaines».  La société mère d’Air Transat est maintenant libre d’aller de l’avant avec une stratégie qui lui permettrait de poursuivre ses activités de manière autonome ou de négocier avec d’éventuels acquéreurs, ce qui lui était interdit lorsque l’arrangement avec Air Canada était en vigueur. 

«Nous allons étudier toutes nos options et celle de M. Péladeau en est une, a expliqué le porte-parole de Transat A.T., Christophe Hennebelle, au cours d’un entretien téléphonique. Cela impliquera des échanges pour mener cet examen de manière sérieuse.» 

Par l’entremise de sa société d’investissement Gestion MTRHP, l’actionnaire de contrôle de Québecor propose 5 $ en espèces pour chacune des actions en circulation du voyagiste. M. Péladeau avait soumis une offre non sollicitée en décembre dernier, mais elle n’avait pas été retenue par le conseil d’administration de Transat A.T.

«Cette proposition est toujours valide et comporte certaines conditions que (M.) Péladeau souhaite lever rapidement afin de soustraire l’entreprise de l’état d’incertitude dans lequel elle se trouve depuis plusieurs mois», a fait valoir l’homme d’affaires, dans une déclaration transmise vendredi après-midi.

M. Péladeau a également souligné qu’il n’y avait «aucune surprise» sur la raison évoquée par les deux parties pour mettre fin à l’arrangement, soit le blocage du côté des autorités européennes.

Des discussions

Afin d’être en mesure d’assurer la poursuite de ses activités, l’entreprise mise notamment sur un éventuel plan d’aide offert à l’industrie aérienne par Ottawa et tente également d’obtenir du financement à long terme par l’entremise du Crédit d’urgence pour les grands employeurs (CUGE).

Mis sur pied dans la foulée de la pandémie, ce programme fédéral est offert aux compagnies ayant besoin d’un prêt d’au moins 60 millions $.

«Nous discutons activement des options de soutien financier pour de nombreuses compagnies aériennes canadiennes, y compris Air Transat, a souligné le ministre fédéral des Transports Omar Alghabra, dans une déclaration. J’ai parlé directement avec Air Transat et nous examinons les prochaines étapes.»

M. Hennebelle a également indiqué que Transat A.T. avait eu des échanges avec Investissement Québec (IQ) — le bras financier de l’État québécois. Mathieu St-Amand, l’attaché de presse du ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon, a indiqué, dans une déclaration, que le gouvernement Legault ne laisserait «pas Transat sans soutien».

Le directeur du groupe d’études en management des entreprises en aéronautique à l’UQAM, Mehran Ebrahimi, n’a pas été surpris de la tournure des événements. Il espère toutefois que des institutions québécoises comme IQ, la Caisse de dépôt et placement du Québec et le Fonds de solidarité FTQ seront au rendez-vous pour épauler le voyagiste.

«Peut-être que la nouvelle va donner un électrochoc, a-t-il dit, au bout du fil. C’est une belle marque. Peut-être qu’il pourrait y avoir une intervention pour aider l’entreprise à traverser cette période. Autrement, je ne donnerais pas cher pour son avenir.»

Le Fonds de solidarité FTQ et la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui détiennent respectivement 11,55 % et 5,8 % des actions du voyagiste, ont indiqué, de manière distincte, qu’ils suivaient la situation.

«Nous travaillerons avec la direction de Transat, de même qu’avec toutes les parties intéressées, afin d’identifier les meilleures options pour assurer l’avenir de l’entreprise», a souligné le porte-parole du Fonds, Patrick McQuilken, dans un courriel.

Insuffisant

Annoncée le 16 mai 2019, l’entente initiale entre Transat A.T. et Air Canada était évaluée à environ 720 millions $, mais elle avait fortement été révisée à la baisse l’automne dernier puisque la pandémie de COVID-19 continuait de paralyser le secteur de l’aviation commerciale. Le plus important transporteur au pays offrait 5 $, ou 0,2862 action d’Air Canada, pour chaque titre du voyagiste.

Si le gouvernement Trudeau avait donné son aval à la transaction le 11 février dernier en imposant une série de conditions, la Commission européenne, de son côté, avait suspendu son évaluation approfondie du dossier en décembre dernier puisqu’il lui manquait des informations. 

Dans un communiqué, Air Canada a dit avoir «bonifié un important ensemble de mesures» dans le but d’apaiser les craintes des autorités européennes en matière de concurrence, mais que d’en offrir davantage «compromettrait considérablement sa capacité à soutenir la concurrence internationale». 

«Même si la crise sanitaire a eu un impact considérable sur le secteur aérien, il est primordial de préserver des conditions de marché concurrentielles afin de garantir une reprise vigoureuse, a fait valoir la vice-présidente exécutive de la CE chargée de la politique de concurrence, Margrethe Vestager, dans une déclaration. Les (concessions) proposées semblaient insuffisantes.» 

Il n’avait pas été possible de savoir précisément ce qui avait été proposé par Air Canada aux autorités 

Avant la crise sanitaire, le regroupement formé des deux entreprises aurait eu une part du marché transatlantique de 60 % depuis le Canada, se serait chevauché sur certaines destinations soleil en plus d’avoir une emprise sur les voyages aériens à Montréal.

Dans une déclaration, le Bloc québécois a reproché au gouvernement Trudeau d’avoir pris une «éternité» avant d’approuver une transaction qui était «vouée à l’échec», ce qui, selon la formation politique, a «fait perdre un temps précieux à Transat.»

Le transporteur aérien versera des frais de résiliation de 12,5 millions $ à Transat A.T., qui n’aura pas à lui offrir un dédommagement en espèces dans l’éventualité où elle serait vendue au cours de la prochaine année. 

À la Bourse de Toronto, jeudi, le titre du voyagiste avait clôturé à 5,49 $ tandis que l’action d’Air Canada avait terminé la séance à 26,45 $. Le parquet de Bay Street était fermé à l’occasion du Vendredi saint.

Entreprises dans cette dépêche: (TSX:TRZ, TSX:AC)

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