Le député Bernard Drainville annoncera mardi qu’il quitte la vie politique

QUÉBEC – Le leader parlementaire péquiste Bernard Drainville démissionnera mardi de ses fonctions de député pour animer une émission de radio à Québec, a appris La Presse Canadienne.

M. Drainville remplacera l’ex-ministre Nathalie Normandeau à la station FM93 du groupe Cogeco, a indiqué une source qui a requis l’anonymat.

Le bureau de M. Drainville a transmis aux médias une convocation à une conférence de presse à Longueuil, dans sa circonscription, où il «fera une annonce importante concernant son avenir politique».

Âgé de 53 ans, M. Drainville a été élu pour la première fois député de la circonscription de Marie-Victorin en 2007, après avoir été journaliste à Radio-Canada.

Dans le gouvernement de la première ministre Pauline Marois, il a exercé les fonctions de ministre responsable des Institutions démocratiques.

À ce titre, il a porté le projet de loi sur la laïcité du Parti québécois, qui a été mis de côté en raison du déclenchement de la campagne électorale, en 2014.

À Montréal, dans un point de presse, le premier ministre Philippe Couillard a affirmé qu’il ne commentera pas la démission de M. Drainville avant sa confirmation officielle.

«J’ai vu passer la rumeur sur les fils de presse, a-t-il dit. Par déférence, je préférerais que M. Drainville se soit exprimé publiquement. C’est certain que si ça se produit, c’est un événement important. Je n’irai pas plus loin parce qu’il doit être le premier à s’exprimer publiquement.»

Le cabinet du chef intérimaire péquiste Sylvain Gaudreault a également indiqué qu’il ne fera aucun commentaire avant l’annonce de M. Drainville.

Jean-François Lisée, député péquiste et candidat à la succession de M. Péladeau, a rappelé que le projet de charte des valeurs, malgré un front uni du gouvernement, a fait des vagues.

«Tous n’étaient pas unanimes, a-t-il dit dans une entrevue. Mais tous ont reconnu la solidité avec laquelle il a défendu un dossier difficile dans une grosse tempête. C’est quelqu’un qui avait du sang-froid.»

M. Lisée a salué ses qualités de leader parlementaire de l’opposition officielle, des fonctions exercées par M. Drainville pendant moins d’un an.

Le candidat a également rappelé les modifications adoptées par M. Drainville à la loi électorale et aux règles sur les contributions politiques.

«Ce sont les plus grands progrès depuis René Lévesque et Robert Burns, a-t-il dit. Il faudra ajouter Bernard Drainville parce que personne ne pouvait prévoir comment les prête-noms allaient pervertir les lois de Lévesque et Burns.»

En mai, M. Drainville avait renoncé à participer à la course à la direction du Parti québécois provoquée par la démission de Pierre Karl Péladeau.

L’an dernier, durant la course à la succession de Pauline Marois, il s’était rallié à M. Péladeau, qui a quitté ses fonctions moins d’un an après son élection comme chef du parti.

M. Drainville avait été nommé leader parlementaire par M. Péladeau, en septembre dernier, en remplacement de Stéphane Bédard.

Cette décision avait été suivie, un mois plus tard, par la démission de M. Bédard, qui a exercé cette fonction pendant sept ans dans l’aile parlementaire péquiste.

Alors qu’il était chef du bureau de Radio-Canada à l’Assemblée nationale, M. Drainville avait décidé de quitter son poste pour être candidat péquiste aux élections générales de 2007.

Le retour à l’antenne de M. Drainville, qui a débuté à Radio-Canada en 1989, s’effectuera aux côtés de l’animateur Éric Duhaime, qui faisait équipe avec Mme Normandeau.

L’ex-ministre libérale a perdu son poste après avoir été arrêtée par l’Unité permanente anticorruption (UPAC), en mars dernier.

Durant le mandat de 18 mois du dernier gouvernement péquiste, M. Drainville avait fait adopter une loi abaissant le plafond des contributions politiques de 1000 $ à 100 $ et une autre instaurant les élections à date fixe.

L’ex-ministre péquiste avait été incapable d’obtenir l’adoption d’une loi interdisant aux députés de toucher une prime de départ lorsqu’ils démissionnent en cours de mandat, sauf en cas de raisons graves.

Ce sont les libéraux qui ont finalement fait voter cette modification, en décembre, à la suite d’une vague de départs d’élus depuis l’élection générale de 2014.

M. Drainville est le 11e député à quitter ses fonctions en cours de mandat depuis le dernier scrutin, le deuxième depuis l’adoption de la loi sur les primes de départ.

Le député péquiste Nicolas Marceau a affirmé qu’avec le départ de M. Drainville, le PQ perd un joueur de premier plan.

«C’est comme perdre le centre de notre premier trio, a-t-il dit. C’est quelqu’un que j’estimais beaucoup, que je trouvais très, très bon, excellent. Il va être dur à remplacer.»

M. Marceau n’a pas voulu dire si le dossier de la charte des valeurs a pu, après coup, affaiblir M. Drainville, qui avait adouci sa position par rapport au projet de loi, durant la dernière course à la direction.

«Tout le monde qui fait de la politique a des dossiers plus faciles que d’autres, a-t-il dit. Je retiens sa contribution pour la vie démocratique.»