David Johnston renonce à son poste de rapporteur spécial sur l’ingérence étrangère

OTTAWA — Un peu plus d’une semaine après qu’une majorité d’élus fédéraux lui eut demandé de se retirer, le rapporteur spécial sur l’ingérence étrangère, David Johnston, a annoncé vendredi qu’il le fera au plus tard à la fin du mois de juin.

Son bureau et celui du premier ministre Justin Trudeau ont confirmé à La Presse Canadienne la décision de l’ex-gouverneur général de quitter ses fonctions actuelles.

Dans une lettre envoyée à M. Trudeau, M. Johnston explique son choix par l’effet du «climat hautement partisan entourant (sa) nomination et (son) travail».

«Lorsque j’ai assumé le mandat de rapporteur spécial indépendant sur l’ingérence étrangère, mon objectif était d’aider à accroître la confiance dans nos institutions démocratiques», a-t-il écrit. Selon lui, le «climat» a entraîné l’effet inverse.

Les conservateurs et bloquistes reprochaient depuis des mois à l’ex-gouverneur général d’être un «ami» de M. Trudeau et d’être un membre de la Fondation Pierre Elliott Trudeau.

À leurs yeux, sa partialité était évidente et, plus récemment, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a conclu à une «apparence de biais» trop élevée en raison de contributions politiques au Parti libéral du Canada (PLC) de la part de Sheila Block, une avocate embauchée par M. Johnston.

Les partis d’opposition se sont unis mercredi de la semaine dernière  pour que les Communes demandent au rapporteur spécial de se retirer. Ils ont entériné une motion néo-démocrate pour ce faire.

Dans l’immédiat, M. Johnston avait signalé qu’il avait l’intention de rester en poste pour le reste de son mandat qui devait se terminer en octobre. Il l’avait répété en comparaissant devant le comité de la procédure de la Chambre des communes, cette semaine, se défendant du même souffle de tout conflit d’intérêts, tant en réalité qu’en apparence.

Les partis d’opposition en avaient aussi contre la principale recommandation de son rapport préliminaire – déposé à la fin avril – tranchant en défaveur d’une enquête publique et indépendante sur l’ingérence étrangère.

Presque aussitôt après que la nouvelle de la démission de M. Johnston eut fait surface, les chefs néo-démocrate et bloquiste, Jagmeet Singh et Yves-François Blanchet, ont salué celle-ci.

«David Johnston a fait ce qu’il fallait, a déclaré M. Singh sur Twitter. Le premier ministre doit maintenant ouvrir une enquête publique afin que nous puissions rétablir la confiance dans notre démocratie.»

M. Blanchet a abondé dans le même sens sur le même réseau social, soutenant que M. Trudeau «n’a d’autre choix que de confier au Parlement la nomination d’un (ou une) juge qui présidera une commission».

Un peu plus tard, le chef conservateur, Pierre Poilievre, s’est attaqué directement à M. Trudeau en l’accusant de vouloir «dissimuler l’aide qu’il a reçue du gouvernement communiste de Pékin».

«Il a détruit la réputation d’un ancien gouverneur général pour dissimuler son propre refus de défendre le Canada contre les intérêts et les menaces étrangers. Il doit mettre fin à sa dissimulation, cesser de se cacher et demander une enquête publique complète sur l’ingérence de Pékin», a-t-il écrit en anglais sur Twitter.

M. Johnston a précisé dans sa lettre que son départ prendra effet quand il aura complété et remis un «un bref rapport final», ce qu’il compte faire d’ici la fin du mois.

Il a insisté sur le fait qu’il a aussi recommandé dans son rapport préliminaire la tenue d’audiences publiques, qu’il devait lancer en juillet, «visant à la fois à sensibiliser le public et à considérer la nécessité de réformer divers aspects des systèmes et des politiques du gouvernement liés à l’ingérence étrangère».

Il réclame dans sa missive que M. Trudeau nomme quelqu’un d’autre pour faire ce travail, soit «une personne respectée, dotée d’une expérience en sécurité nationale».

«Idéalement, vous devriez consulter les partis de l’opposition afin de déterminer des candidats appropriés pour diriger cet effort», peut-on également lire.

Le ministère du bureau du premier ministre, le Bureau du Conseil privé, a indiqué dans une déclaration écrite que le gouvernement «annoncera les prochaines étapes en temps voulu». 

«M. Johnston est un fonctionnaire accompli, ajoute-t-on. Nous le remercions pour son rapport du 23 mai et pour son engagement durable envers le Canada et les Canadiens.»