Manon Massé réclame une réforme du mode de scrutin pour éviter les psychodrames

MONTRÉAL – La députée solidaire Manon Massé a reçu un accueil triomphal, jeudi, en se présentant dans un centre communautaire du Centre-Sud de Montréal pour commenter le maintien de sa circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques qu’elle a arrachée de peine et de misère au Parti québécois en 2014.

Mme Massé et ses partisans avaient mené une lutte farouche pour renverser la proposition initiale de la Commission de la représentation électorale (CRE), qui prévoyait éliminer la circonscription en réunissant les électeurs du Centre-Sud à ceux du Centre-Ville en un seul comté.

Radieuse et visiblement soulagée, Mme Massé a dit souhaiter que le Directeur général des élections (DGE) fasse le bilan de l’incident afin de revoir le processus de refonte de la carte électorale et éviter une répétition de ce qu’elle a qualifié de «psychodrame».

«(Il ne) faudrait pas un drame de même chaque fois!», s’est exclamée la députée.

«C’est épuisant émotivement. Il y a des gens que j’ai croisés dans la rue durant les deux dernières semaines, que j’ai dû soutenir parce que cette réalité, de penser que ta parole va disparaître, que l’originalité de ta parole va disparaître, c’est angoissant.»

Manon Massé a enlevé en 2014 la circonscription — détenue sans interruption par le Parti québécois depuis sa création en 1989 — à sa cinquième tentative grâce à une mince majorité de 91 voix sur la candidate libérale Anna Klisko. Cette courte majorité avait démontré une érosion du vote péquiste, la candidate libérale passant à un cheveu de rafler le siège en vertu de la division du vote entre le PQ et Québec solidaire. La députée ne croit toutefois pas que cela se reproduira en 2018.

«Les gens me voient travailler. Ils voient ce que c’est un Québec solidaire à l’Assemblée nationale et je pense que 2018 n’aura pas le même résultat que 2014 et je ne suis pas inquiète de laisser se faufiler quelque autre parti», a-t-elle soutenu.

Mme Massé en a aussi profité pour réaffirmer la nécessité de revoir le mode de scrutin actuel afin d’y instaurer une forme de représentation proportionnelle mixte, une réforme qui obtient l’appui de l’ensemble des partis à l’exception des libéraux au pouvoir, à qui le régime électoral actuel sourit de façon récurrente.

Pour Manon Massé, une telle réforme est la clé requise pour ranimer l’intérêt des citoyens: «Ce n’est pas vrai que les gens se désintéressent de la politique; ils se désintéressent de la politique des establishments, de l’élite, qui pensent qu’ils peuvent décider de tout pour tout le monde.»

Changements à la carte

Le maintien de la circonscription du Centre-Sud se traduit toutefois par une perte ailleurs, la CRE estimant malgré tout que l’île de Montréal comptait un siège de trop.

La Commission a donc choisi de fusionner les circonscriptions d’Outremont et de Mont-Royal, présentement détenues par les ministres Hélène David et Pierre Arcand, respectivement, pour former Mont-Royal-Outremont.

La décision n’a toutefois pas plu du tout au maire de Montréal, Denis Coderre qui, malgré son arrêt de travail pour des raisons de santé, n’est pas demeuré coi, transmettant un communiqué dans lequel il se dit «très déçu » de cette décision qui, selon lui, «diminue du même coup le poids politique de Montréal et la représentativité de la métropole à l’Assemblée nationale.»

M. Coderre avait rallié les élus municipaux pour que la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques soit maintenue.

Mais l’objectif de la CRE est de chercher à ajuster les circonscriptions en fonction de la répartition des électeurs sur le territoire, ce qui a mené à l’ajout de comtés.

Ainsi, à l’extérieur de Montréal, la croissance de population a mené à la création de deux nouvelles circonscriptions dans la région Laurentides-Lanaudière, soit les comtés de Prévost et Les Plaines, alors qu’à l’inverse, la perte de poids démographique se traduira par le regroupement de deux circonscriptions en Mauricie, soit celle de Laviolette, détenue par la ministre Julie Boulet, et celle de Saint-Maurice, où siège le libéral Pierre Giguère.

Déception libérale

Le Parti libéral du Québec (PLQ), qui est le plus touché par les modifications annoncées jeudi, s’est dit «extrêmement déçu» de la tournure des événements, bien qu’il dise respecter les décisions de la CRE.

Dans un communiqué publié par son organisateur en chef et directeur général, Sylvain Langis, le PLQ affirme que les électeurs de l’île de Montréal et ceux de la région de la Mauricie «sont les grands perdants de la refonte électorale» et soutient que la fusion des circonscriptions de Mont-Royal et Outremont et la disparition de la circonscription de Saint-Maurice se traduiront par une diminution considérable de la représentativité et du poids politique des électeurs de ces circonscriptions.

La déception du PLQ est facilement compréhensible, puisqu’il détient les quatre sièges affectés et que de ceux-ci, il n’en restera que deux au prochain scrutin.

Maurice Richard au parlement

Enfin, la circonscription de Crémazie, dans le nord de la ville, changera de nom pour s’appeler Maurice-Richard, la Commission disant avoir reçu plusieurs demandes en ce sens.

Le légendaire joueur de hockey a habité le territoire de la circonscription pendant une cinquantaine d’années et, au-delà de ses exploits sportifs, Maurice Richard y est reconnu pour son implication communautaire.

Le maire Coderre, dans son communiqué, a salué cette décision, tout comme Manon Massé, avec une réserve: «Moi qui aime le hockey, je trouve ça bien sympathique, mais le réflexe ce matin ç’a été: quand est-ce qu’on va avoir un nom de femme comme nom de comté?»

Il faut tout de même mentionner que certains comtés portent tout de même des noms de femmes tirés de l’histoire du Québec, dont Marguerite-Bourgeoys, Verchères (Madeleine de Verchères), Jeanne-Mance-Viger, et La Peltrie (Marie-Madeleine de Chauvigny de La Peltrie), par exemple.