Des victimes québécoises d’agression demandent au pape de leur rendre justice

QUÉBEC — Des victimes québécoises allochtones d’agressions sexuelles commises par des membres du clergé catholique demandent au pape François de leur rendre «rapidement justice» à l’approche de sa visite au Canada à la fin du mois.

Les avocats de victimes ont indiqué jeudi qu’ils avaient fait la demande directement au pape, dans une lettre ouverte. Ils soutiennent que plus de 2500 personnes qui ont été agressées par des membres du clergé attendent toujours d’obtenir justice devant les tribunaux du Québec.

«Certaines congrégations religieuses et certains diocèses utilisent des manœuvres qui nous apparaissent aller à l’encontre des intérêts des victimes et de vos déclarations», lit-on dans cette lettre au pape, signée par des victimes et leurs avocats, et rendue publique jeudi à Québec. 

«Ces stratégies de défense peuvent conduire à des délais d’attente de plus de 10 ans pour certains dossiers, sans nous interroger si certaines congrégations et certains diocèses prennent en considération l’âge des victimes pour faire allonger les délais.»

Le pape François doit visiter le Canada du 24 au 29 juillet; il se rendra en Alberta, au Québec et au Nunavut. Un thème majeur de sa visite est la réconciliation avec les peuples autochtones pour les agressions subies dans des pensionnats fédéraux pour Autochtones, dont plusieurs étaient dirigés par des membres de congrégations religieuses catholiques.

Mais des victimes non autochtones d’agressions sexuelles et physiques au Québec espèrent aussi attirer l’attention sur d’autres crimes liés à l’Église.

«Au-delà des prières, les victimes attendent des actes concrets. Pouvez-vous intervenir, pape François, pour rendre rapidement justice aux victimes d’agressions sexuelles par les membres de votre Église, en donnant des instructions précises aux diocèses et aux congrégations religieuses du Québec», lit-on dans la lettre.

Dans un communiqué, le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, a accusé réception de la lettre destinée au pape. Mgr Lacroix, qui supervise le volet québécois de la visite papale, a promis qu’il veillerait personnellement à ce que la lettre lui parvienne.

Le cardinal Lacroix a déclaré que si la visite papale visait surtout à rencontrer les communautés autochtones, le fil conducteur de ce périple sera «le cheminement vers la vérité, la justice, la guérison, la réconciliation, l’espoir».

Obtenir justice de leur vivant

L’avocat Marc Bellemare, l’un des signataires de la lettre, a déclaré en conférence de presse jeudi à Québec que la visite du pape constituait une «occasion exceptionnelle pour les victimes d’obtenir des engagements de sa part».

«Il y a beaucoup de victimes de prêtres pédophiles qui ont des attentes, et ce qui se passe sur le terrain est inacceptable parce que tout ce que dit le pape depuis des mois et des années ne se répercute pas dans les salles d’audience ou les diocèses», a déploré Me Bellemare.

«Ces affaires sont souvent rattrapées par des années de batailles juridiques», a déclaré l’avocat québécois, ajoutant que de nombreuses victimes n’obtiendront pas justice de leur vivant.

Gaétan Bégin, aujourd’hui âgé de 82 ans, membre d’une action collective contre le diocèse de Québec, aurait été agressé par un prêtre pendant trois ans en Beauce. Cette poursuite est la première action collective autorisée au Québec qui vise un diocèse pour des actes commis par des membres du clergé. La poursuite couvre la région de Québec et les régions de Chaudière-Appalaches, Charlevoix et la Beauce.

M. Bégin, qui a cosigné la lettre au pape, a déclaré en conférence de presse jeudi que les agressions avaient causé des blessures qui perdurent toute la vie. Les agressions dont il a été victime ont ruiné non seulement sa jeunesse mais aussi une grande partie de sa vie d’adulte, a-t-il déclaré.

«J’étais confus, sans force, complètement démoli. Je portais en moi une plaie ouverte qui ne se refermait jamais complètement.»

M. Bégin, qui demeure à Sherbrooke, a découvert plus tard que ses trois frères avaient eux aussi été maltraités. Il demande au pape de s’excuser et d’utiliser les richesses du Vatican pour indemniser tous ceux qui ont souffert aux mains des représentants de l’Église catholique.

«Je lui dirais que la souffrance a assez duré. Quand une victime souffre, toute sa famille souffre – tout le monde souffre.»

Des excuses aux gens, pas à Dieu

Shirley Christensen, qui a passé des années devant les tribunaux, criminels et civils, avant de régler sa propre affaire d’agressions il y a plus de dix ans, est également signataire de la lettre. Mme Christensen demande au pape de mettre fin aux souffrances des victimes et de leur apporter une aide immédiate.

«Je lui demande, plus précisément, de ne pas s’excuser auprès de Dieu, cette fois, car ces horreurs n’ont pas été faites à Dieu, mais à des victimes québécoises innocentes qui étaient, pour la plupart, des enfants», a-t-elle déclaré jeudi.

L’avocat Alain Arsenault, dont le cabinet mène plusieurs poursuites contre le clergé catholique, affirme qu’aucune manifestation n’est prévue lors de la visite du pape. Il a déclaré que son cabinet avait publié la lettre cette semaine parce qu’il ne voulait pas qu’elle éclipse la visite du pape dans un pensionnat, et le thème général de la guérison et de la réconciliation avec les peuples autochtones.

Pendant son voyage au Canada, le pape François devrait présenter des excuses pour le rôle joué par l’Église catholique dans les pensionnats fédéraux. Il a exprimé de tels regrets plus tôt cette année lorsqu’une délégation d’Autochtones s’est rendue au Vatican.

Lors de sa visite au Canada, le pape François doit notamment rencontrer des groupes autochtones et visiter l’ancien pensionnat fédéral Ermineskin, à Maskwacis, en Alberta. Le 28 juillet, il doit célébrer une messe au sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré, près de Québec, lieu de pèlerinage très prisé des Autochtones, notamment des Innus.

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