Le député Gerry Sklavounos est officiellement exclu du caucus libéral

QUÉBEC – Les espoirs de Gerry Sklavounos de retrouver sa vie d’avant octobre 2016 auront été vains: il demeure exclu du caucus libéral et cette sentence paraît irrévocable.

Après avoir pesé le pour et le contre, les libéraux de Philippe Couillard ont donc préféré faire preuve de prudence, craignant que d’autres allégations à caractère sexuel viennent de nouveau souiller la réputation de l’ex-député libéral de Laurier-Dorion, et éclabousser tout le gouvernement par la même occasion.

En marge d’une réunion de deux heures des députés libéraux, destinée à déterminer quel sort devait être réservé au député devenu indépendant, le premier ministre Philippe Couillard a annoncé mardi qu’il n’était pas question de réintégrer M. Sklavounos dans le caucus.

Ce dernier s’est présenté au parlement mardi, pour la première fois depuis octobre, et a pris acte de la décision, sans vouloir la qualifier. Il entend bien compléter son mandat, même en tant que député indépendant, a-t-il dit lors d’une brève mêlée de presse.

M. Couillard a jugé que son ancien leader adjoint avait échoué le test lorsqu’il a fait sa déclaration publique jeudi dernier, n’ayant pas réussi à le convaincre de sa volonté réelle de s’amender.

«La déclaration de M. Sklavounos ne correspondait pas aux attentes que nous avions fixées», a tranché le premier ministre, lors d’une mêlée de presse suivant les discussions entre députés libéraux.

Même si le député avait été blanchi des allégations d’agression sexuelle qui pesaient contre lui depuis octobre, M. Couillard avait déclaré quelques jours plus tôt que sa réintégration au sein de l’équipe libérale n’était pas acquise. Le fait que d’autres allégations anonymes publiées dans les médias faisaient état de comportements, paroles et gestes déplacés de la part de M. Sklavounos envers des employées de l’Assemblée nationale, pages et stagiaires, a aussi pesé dans la balance.

«Il persiste un faisceau d’allégations qui demandent à être éclaircies», a dit M. Couillard, soutenant que la décision au sein de l’équipe avait été «très, très, très claire». Il est cependant connu que les opinions des députés libéraux sur la réintégration de M. Sklavounos étaient très partagées.

La présidente du caucus, Nicole Ménard, présente au point de presse, a confirmé qu’au cours des derniers jours des députés lui avaient fait des confidences à propos d’autres incidents à caractère sexuel impliquant Gerry Sklavounos et du personnel politique. Elle n’a pas voulu donner plus de détails, ni dire combien d’incidents du genre avaient été rapportés.

«J’ai eu des témoignages, des faits qui ont été portés à mon attention», a-t-elle dit.

Toute l’histoire a commencé en octobre quand une jeune femme de Québec, Alice Paquet, avait porté plainte à la police, alléguant avoir été agressée sexuellement par le député de Laurier-Dorion à deux reprises en 2014. Il avait été aussitôt exclu temporairement du caucus et n’avait pas mis les pieds au parlement depuis.

Après enquête, M. Sklavounos a été totalement blanchi et a dit souhaiter réintégrer la famille libérale.

Mais avant d’évaluer la pertinence d’accueillir M. Sklavounos, M. Couillard avait imposé des conditions très strictes. Le député devait faire une déclaration publique «très forte, très sentie et très sincère» par laquelle il devait exprimer sa contrition, montrer sa compréhension de l’enjeu, et dire comment, dans une démarche personnelle, il comptait se comporter avec les femmes à l’avenir.

Jeudi dernier, accompagné de son épouse, M. Sklavounos s’est exécuté, lors d’une conférence de presse. Il s’est décrit alors comme un homme passionné, extraverti, un charmeur qui aime détendre l’atmosphère. Il a dit qu’il regrettait que des gestes ou des propos aient pu être mal interprétés, et qu’il serait plus prudent à l’avenir, mais il n’a pas présenté d’excuses aux femmes qui avaient jugé son attitude dégradante.

Mardi, M. Couillard a dit vouloir envoyer un message aux femmes, pour leur rappeler que particulièrement sur les lieux de travail «le respect doit être entier».

Gerry Sklavounos a été élu sous la bannière libérale en 2007 et réélu depuis sans interruption dans Laurier-Dorion, une circonscription montréalaise.