Réélu dans Roberval, Couillard laisse planer l’incertitude sur son avenir

SAINT-FÉLICIEN, Qc — Le premier ministre sortant, Philippe Couillard, laisse planer l’incertitude sur son avenir politique, alors que son parti vient d’essuyer sa pire défaite électorale de l’histoire récente.

Le chef du Parti libéral du Québec (PLQ) s’est adressé à ses partisans réunis à Saint-Félicien alors que sa formation récoltait 24,3 pour cent du vote, contre 38,5 pour cent pour la Coalition avenir Québec (CAQ).

Les libéraux n’avaient pas obtenu une si faible proportion de la faveur populaire depuis au moins quatre décennies. M. Couillard a dit accepter la responsabilité de ce revers et «entreprendre une réflexion» sur son avenir politique.

«Cette réflexion sera courte, quelques jours au maximum», a assuré M. Couillard, réélu dans la circonscription de Roberval.

Les électeurs québécois ont «clairement indiqué un désir de changement», a-t-il reconnu tout en lançant un appel à l’unité.

Il revient maintenant à la CAQ de «poursuivre l’élan du Québec», a enchaîné M. Couillard.

Il n’a d’ailleurs pas manqué de revenir sur son bilan à la tête de la province, se félicitant de n’avoir «jamais marchandé (ses) valeurs et principes».

Le chef libéral s’est également fait rassurant quant à l’avenir de sa formation.

«Le Parti libéral du Québec est un grand parti qui sait être devant l’évolution de notre société.»

Un rassemblement peu festif

Plus tôt dans la soirée, la cinquantaine de militants libéraux réunis à Saint-Félicien ont eu l’air sonnés à l’annonce que la CAQ formerait le prochain gouvernement majoritaire.

Surprise et consternation sur tous les visages. Des femmes en larmes. «C’est la fatigue», a soufflé l’une d’elle.

Silence complet donc, à l’annonce des victoires — retentissantes — de plusieurs candidats caquistes, partout au Québec.

Personne ne s’attendait à telle vague, presque brutale tant elle a été rapide et sans merci.

Hyriel Blouin aimait beaucoup Philippe Couillard. Il aimait discuter avec lui. «Si les gens avaient eu la même chance que moi, a-t-il soupiré. Je vais dire, ce gars-là, c’est incroyable, quand il jase avec toi, c’est avec toi qu’il est.» 

Selon M. Blouin, le chef libéral ne pourra rester à la tête du parti. «On peut s’attendre à ce qu’il y ait une course à la chefferie, on peut s’attendre qu’il va y avoir des jeunes qui vont vouloir prendre leur place, et c’est correct», a-t-il analysé.

Les médias, d’après lui, ont trop aimé couvrir les aspects négatifs de la campagne, ce qui a pu désavantager les libéraux. «M. Couillard, ce n’est pas un colérique», a-t-il résumé. 

Plusieurs ministres défaits

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le paysage politique ressort de cette élection profondément changé.

Plusieurs ministres du cabinet Couillard ont été défaits dans leurs circonscriptions. Mentionnons:

-Pierre Moreau (Châteauguay)

-Lucie Charlebois (Santé publique) 

-Stéphane Billette (Petites et Moyennes entreprises)  

-Luc Fortin (Famille)

-Luc Blanchette (Forêt)

-Jean D’Amour (Affaires maritimes)

-François Blais (Emploi et solidarité sociale)

-Véronyque Tremblay (déléguée aux Transports)

Mince consolation: les anciens ministres de la Santé et de l’Éducation, Gaétan Barrette et Sébastien Proulx, ont été réélus. L’ex-vice-première ministre Dominique Anglade garde aussi son siège.

Les régions de Québec, de la Mauricie, de l’Estrie ont ainsi déserté le PLQ pour la CAQ. Des circonscriptions en Montérégie et en Outaouais ont aussi tourné le dos aux libéraux.

«Je ne suis pas amer, je vous demande de ne pas l’être», a lancé Philippe Couillard à son équipe, tard lundi soir.

Campagne sur le thème de la pénurie de main-d’oeuvre

Le chef libéral s’est présenté durant cette campagne comme le «premier ministre des régions».

Il a attaqué le plan de la CAQ en matière d’immigration, qui consiste à faire passer le nombre d’immigrants de 50 000 à 40 000, et à imposer aux nouveaux arrivants des tests de français et de valeurs, alors qu’une pénurie de main-d’œuvre sévit dans toutes les régions du Québec.

Il a sillonné toutes ces régions, au moins 54 circonscriptions, dont certaines deux ou trois fois. Il a donné 115 entrevues et participé à 27 rassemblements militants. 

Accueillir ou se refermer. Poursuivre l’élan économique du Québec ou le freiner. Telles étaient les questions qu’il soumettait aux gens rencontrés en chemin, pendant 39 jours. 

Il n’aura finalement pas réussi à les convaincre.

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