Le jury n’a pas cru Harold LeBel et le déclare coupable d’agression sexuelle

Harold LeBel a été déclaré coupable d’agression sexuelle à l’endroit d’une jeune femme que l’on ne peut identifier en raison d’un interdit de publication.

«On est très satisfaits du verdict qui a été rendu, je ne vous le cacherai pas, a déclaré la procureure de la Couronne, Me Manon Gaudreault, à la sortie de l’audience. Le jury a fait de toute évidence un travail remarquable. Ils ont analysé la preuve et ils en sont arrivés au verdict qui était attendu.»

Harold LeBel, lui, a quitté les lieux en compagnie de son avocat sans s’arrêter devant les journalistes.

Les neuf femmes et trois hommes formant le jury, qui n’ont mis que deux jours à rendre une décision, n’ont donc pas cru la version de l’ex-député péquiste concernant les événements survenus à l’automne 2017 dans son condominium de Rimouski. Celui-ci affirmait n’avoir échangé qu’un baiser consensuel avec la plaignante avant d’aller se coucher à ses côtés et de s’endormir aussitôt puisque son propre lit était occupé par une deuxième femme en visite. 

La jeune femme, elle, avait témoigné à l’effet que le baiser en question n’était pas consensuel, que Harold LeBel avait ensuite tenté de dégrafer son soutien-gorge pendant qu’elle allait se réfugier à la salle de bains. Il aurait alors tenté de s’introduire de force dans la salle de bains, mais sans succès.

La plaignante avait ensuite raconté qu’elle était allée se coucher dans le lit d’invité et que l’accusé s’était étendu à ses côtés et s’était livré à des attouchements durant plusieurs heures alors qu’elle était pétrifiée par la peur.

Interrogée sur la possibilité que la composition du jury, neuf femmes et trois hommes, ait pu jouer en faveur de la victime, Me Gaudreault a répondu: «J’ose espérer que non. Les gens sont libres de penser, peu importe leur sexe, leur âge, leur couleur, leur orientation. J’espère que ça ne change rien.»

De toute façon, a-t-elle expliqué, il est impossible de savoir ce qui a pu faire pencher la balance en faveur du verdict de culpabilité: «Quand on fait un procès devant jury, la beauté de la chose, mais aussi les limites de la chose, c’est qu’on ne sait pas sur quoi le verdict est basé. Je ne le sais pas plus que vous.»

Quant à la décision de la Couronne de ne pas appeler à la barre des témoins la deuxième femme qui se trouvait dans le condominium de Harold LeBel, le soir de l’agression sexuelle, Me Gaudreault a rappelé aux médias, qui s’étaient beaucoup concentrés sur ce troisième témoin, «que nous avions annoncé cinq témoins. On a choisi de ne pas appeler les trois témoins supplémentaires parce que selon nous, ils n’apportaient rien au débat», a-t-elle avancé, tout en faisant valoir que la défense en était venue à la même conclusion puisqu’elle aurait pu, elle aussi, convoquer ces mêmes témoins.

Longue hésitation avant la plainte

Les événements se sont produits en octobre 2017, mais la jeune femme n’a porté plainte qu’à l’été 2020, disant avoir peur des conséquences pour elle et pour ses proches. C’est dans la foulée du mouvement #moiaussi et, surtout, à la suite des accusations portées contre l’ancien chef du Parti québécois, André Boisclair, qu’elle avait trouvé le courage de porter plainte.

Elle avait également consulté des organismes spécialisés afin de s’assurer que la loi protégerait son identité. Les policiers avaient procédé à l’arrestation du député en décembre 2020.

Dès février 2020, toutefois, elle avait envoyé un courriel à Harold LeBel lui reprochant les gestes posés à son endroit. Celui-ci lui avait répondu n’avoir aucun souvenir de tels événements. 

Devant la Cour, il a affirmé à plusieurs reprises n’avoir posé aucun des gestes allégués par la plaignante, à l’exception du baiser, qu’il affirmait avoir été consensuel.

Les parties se retrouveront devant le juge Serge Francoeur le 6 décembre, afin de déterminer la suite des événements, mais d’ici là, «on va parler, la défense et la poursuite ensemble, voir si on est capables de s’entendre. On va voir aussi quelle sera la suite, quelles seront les positions que chacun va adopter», a dit MeGaudreault.

Ces discussions détermineront si un rapport présentenciel est demandé et, surtout, si la Couronne et la défense pourront s’entendre sur une suggestion commune pour la peine à infliger à l’ex-député, qui demeurera en liberté jusqu’à ce que son sort soit déterminé par le juge.

Harold LeBel avait été élu une première fois en 2014, après trois tentatives infructueuses. Réélu en 2018, il avait été exclu du caucus du Parti québécois à la suite de son arrestation et avait décidé de ne pas se représenter aux dernières élections en raison de ce procès.

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