Couples en union libre: le Canada premier du G7 à cause du Québec, selon StatsCan

MONTRÉAL — L’engouement des Québécois pour l’union libre ne se dément pas et la forte proportion de ce type d’union au Québec pousse le Canada au sommet des pays du G7 en termes de pourcentage de conjoints de fait.

Les nouvelles données du recensement de 2021 publiées mercredi montrent que le Québec affiche un taux de 43 % d’unions libre parmi les couples qui y habitent, une proportion pratiquement inchangée depuis 2001. Le taux canadien, lui, est de 23 %, contre 77 % de couples mariés. Le taux d’unions libres chute toutefois à 17 % si on y enlève le Québec.

Malgré tout, ce n’est pas le Québec qui présente la plus forte proportion de couples vivant en union libre, mais bien le Nunavut à 52 %. C’est le poids démographique du Québec qui a une telle influence sur la proportion canadienne.

«À l’échelle nationale, le mariage demeure le plus fréquent parmi les unions, avec plus des trois quarts des couples mariés en 2021 et près du quart vivant en union libre. Une exception existe toutefois: le Nunavut, qui voit pour la première fois une majorité de couples qui vivent en union libre», a détaillé l’analyste Laurent Martel, de Statistique Canada, au moment de dévoiler ces chiffres mercredi matin.

Augmentation de 447 %

Selon Statistique Canada, l’union libre a connu une poussée phénoménale au fil des 40 dernières années. Le nombre de couples en union libre a fait un bond de 447 % entre 1981 et 2021 au Canada, alors que l’augmentation du nombre de couples mariés n’était que de 26 % durant la même période. Le nombre de couples mariés a même diminué de 17 % au Québec et de 2 % au Nouveau-Brunswick.

À l’échelle mondiale, la proportion de 23 % de couples en union libre place le Canada au premier rang des pays du G7, mais tout de même derrière la Suède (33 %), la Norvège (31 %) et la Finlande (28 %), «une tendance qui témoigne de différences sociétales et législatives entourant la cohabitation et la procréation en dehors du mariage», selon le compte rendu de Statistique Canada.

Le Québec seul, avec sa proportion de 43 %, se classe ainsi loin devant la Suède, pays où la proportion d’unions libres est la plus forte au monde. On souligne que cette forme de cohabitation est même devenue «la norme» chez les 20 à 24 ans québécois, atteignant 79 % dans cette strate d’âge. Cette proportion diminue à mesure que l’on avance dans les groupes d’âge, mais Statistique Canada constate tout de même que sa prévalence augmente chez les gens plus âgés. 

Même les couples plus âgés

Ainsi, par exemple, l’agence fédérale écrit que «de 2016 à 2021, la croissance du nombre de couples en union libre a aussi été relativement forte chez les 55 à 69 ans, qui représentaient 16 % des personnes en couple dans ce groupe d’âge en 2021, en hausse par rapport à 13 % en 2016. En 2021, les personnes faisant partie de ce groupe d’âge constituaient l’essentiel de la génération du baby-boom, un groupe plus susceptible d’avoir formé de multiples unions au cours de leur vie par rapport aux générations précédentes. À la suite d’un divorce, les adultes âgés choisissent de plus en plus l’union libre lorsqu’ils forment de nouvelles unions.»

Autre fait à signaler: parmi les couples ayant des enfants, ceux vivant en union libre étaient plus que quatre fois plus susceptibles d’être des familles recomposées (31 %) que les couples mariés ayant des enfants (7 %), ce qui laisse croire que les parents peuvent préférer vivre en union libre lorsqu’ils commencent une nouvelle union.

On note également que, toutes proportions gardées, plus de couples vivent en union libre dans les régions rurales canadiennes que dans les régions urbaines, phénomène également observé dans les petits centres urbains comparativement aux grands centres urbains. Une des explications avancées est la présence beaucoup plus importante dans les grandes villes d’immigrants, pour qui cette forme de cohabitation est souvent culturellement moins acceptée.

Du côté québécois, on signale en revanche que l’union libre est la norme dans plusieurs collectivités de la banlieue de Québec et de Montréal. Par exemple, plus des deux tiers (68 %) des couples de Sainte-Brigitte-de-Laval vivaient en union libre, tout comme plus de six couples sur dix à Saint-Apollinaire (64 %), à Stoneham-et-Tewkesbury (63 %), à Saint-Lin-Laurentides (63 %) et à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier (61 %). «Ces villes de banlieue ont connu une forte croissance de leur population ces dernières années, comprenant souvent de nouveaux développements résidentiels centrés sur les jeunes familles», écrit-on dans le compte-rendu fédéral.

Premières données sur la diversité des genres

«Le recensement de 2021 a permis de mesurer pour la toute première fois les couples selon la diversité de genre», a par ailleurs expliqué M. Martel. On y apprend qu’en 2021, parmi les 8,6 millions de couples que comptait le Canada, l’écrasante majorité, soit 98,5 % d’entre eux, étaient formés d’un homme et d’une femme cisgenres. 

C’est donc dire que les couples de même genre et les couples comptant au moins une personne transgenre ou non binaire représentaient 1,5 % de tous les couples au pays (127 640 couples au total). 

En fractionnant de manière plus pointue cette donnée, on constate que les couples de même genre, c’est-à-dire les couples formés de deux femmes ou de deux hommes qui sont tous deux cisgenres, représentaient 1,1 % de l’ensemble des couples (95 435 couples). Les couples comptant au moins une personne transgenre ou non binaire, pour leur part, représentaient environ un couple sur 250 (0,4 % ou 32 205 couples). 

Conformément aux différences régionales observées au sein des populations transgenres ou non binaires au Canada, les couples transgenres ou non binaires étaient généralement plus fréquents dans les grands centres urbains du Canada, surtout à Victoria (0,8 %), à Halifax (0,7 %) et à Fredericton (0,7 %).

Ni seuls, ni ensemble

Un autre phénomène de couple qui prend de l’ampleur est celui des couples, mariés ou non, qui vivent séparément: près de trois jeunes adultes sur dix (29 %) forment en effet un couple «vivant chacun chez soi».

Ce phénomène est plus fréquent chez les couples âgés de 20 à 34 ans. Cette fois, Statistique Canada se réfère à l’Enquête sociale canadienne qui nous apprend que 29 % des couples de 20 à 34 ans vivaient séparément en 2021, soit pour des raisons liées «au bien-être, au travail non rémunéré ou au temps passé en famille». Il s’agit d’une forte hausse de plus de dix points de pourcentage comparativement aux données de 2011 qui faisaient état de 18 % des personnes âgées de 20 à 34 ans formant ce type d’union.

Une constante centenaire

Si la nature des relations de couple a beaucoup évolué au fil des ans, il y a toujours une constante qui persiste à travers le temps au Canada, c’est le fait d’être en couple.

Les nouvelles données du recensement 2021 rendues publiques par Statistique Canada, mercredi, montrent en effet que la proportion d’adultes canadiens de 15 ans et plus qui vivaient en couple en 2021 se situait à 57 %, soit un pourcentage quasi identique à celui d’il y a 100 ans, qui était de 58 % en 1921.

Cet état de fait semble toutefois en voie de changer. L’agence fédérale souligne en effet que, comparativement aux générations précédentes, les jeunes adultes d’aujourd’hui sont moins susceptibles de vivre en couple, car d’autres modes de vie, tels que vivre seul, vivre avec des colocataires ou vivre avec ses parents, sont devenus plus répandus. Ce sont en effet les couples plus âgés qui ont maintenu le pourcentage actuel car seulement 39 % des personnes âgées de 25 à 29 ans étaient en couple en 2021, comparativement à 68 % en 1981, soit une chute de près de 30 points de pourcentage en 40 ans.

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