Exclue du caucus de la CAQ, la députée Claire Samson passe dans le camp conservateur

QUÉBEC — Expulsée du caucus de la Coalition avenir Québec (CAQ) mardi, la députée d’Iberville, Claire Samson, défendra désormais les couleurs du Parti conservateur du Québec (PCQ) à l’Assemblée nationale.

Pas moins de cinq partis y seront donc représentés à compter de maintenant, en comptant les trois autres que sont le Parti libéral du Québec, Québec solidaire et le Parti québécois.

L’annonce de ce changement de cap important pour la députée a été faite vendredi matin, dans le hall du parlement, en mêlée de presse, en compagnie de son nouveau chef, Éric Duhaime.

L’élue a donc rapidement mis fin à sa réflexion, en décidant de faire équipe avec M. Duhaime, qui dirige les conservateurs du Québec depuis le mois d’avril. Mais elle n’a pas décidé si elle allait se porter candidate pour le PCQ lors du scrutin d’octobre 2022. Elle se donne l’été pour décider si elle s’en tient à son plan de match, soit de prendre sa retraite au terme du mandat, ou si elle choisit plutôt de poursuivre sa carrière politique. 

Âgée de 66 ans, Mme Samson, qui a éprouvé de sérieux ennuis de santé ces dernières années, dit être complètement rétablie. Élue sous la bannière de la CAQ en 2014, la transfuge, qui a eu une brillante carrière dans des postes de gestionnaire du secteur des médias et des communications, avait d’abord indiqué mardi soir qu’elle siégerait comme députée indépendante.

Le voeu de M. Duhaime aura donc été exaucé, soit de voir sa formation, à la droite de l’échiquier politique, en prônant notamment la réduction de la taille de l’État et une forme de privatisation des soins de santé, entrer par la grande porte à l’Assemblée nationale le plus tôt possible.

L’adhésion de Mme Samson au PCQ donnera à M. Duhaime une tribune inespérée, alors qu’il pourra désormais avoir accès quotidiennement, s’il le désire et même s’il n’est pas élu, à la presse parlementaire, un atout non négligeable en année préélectorale.

Le fait d’avoir un député à l’Assemblée nationale permettra aussi au chef épris de libertés individuelles et critique des mesures sanitaires de revendiquer de participer aux débats des chefs, lors de la campagne électorale d’octobre 2022.

Jusqu’à maintenant, le PCQ, un parti marginal en termes d’appuis, n’avait aucun député à l’Assemblée nationale. La popularité personnelle de l’ancien animateur de radio de Québec pourrait changer la donne, surtout dans les circonscriptions de la capitale nationale, où M. Duhaime a ses fans. 

Le PCQ prétend compter depuis peu quelque 15 000 membres, ce qui pourrait démontrer un certain intérêt de la part des électeurs. Éric Duhaime veut se porter candidat à Québec, dans une des circonscriptions où il croit avoir des chances de gagner, soit Chutes-de-la-Chaudière (représentée par Marc Picard, de la CAQ) ou Chauveau (représentée par Sylvain Lévesque, de la CAQ). 

Le caucus de la CAQ avait annoncé mardi soir que Mme Samson était exclue du parti pour avoir fait un don de 100 $ au PCQ, un affront certain de la part d’une élue caquiste, mais surtout la goutte qui a fait déborder le vase de frustrations de la députée, qui sentait qu’elle n’avait pas sa place au sein de l’équipe, depuis l’accession au pouvoir du parti de François Legault, en 2018. Elle a donc été exclue, mais elle s’est en quelque sorte exclue elle-même, en agissant de la sorte.

Vendredi, elle a confirmé que le premier ministre François Legault n’avait jamais rien fait pour la retenir.

À ce propos, M. Duhaime a dit craindre que le premier ministre Legault cherche à dénigrer Mme Samson pour son geste d’éclat. Selon lui, «quand on a le courage de se tenir debout face à François Legault, il peut y avoir des conséquences fâcheuses». En conférence de presse à Laval, questionné à ce sujet, M. Legault a souhaité «bonne chance» à M. Duhaime dans sa relation «avec Mme Samson».

Cette dernière estime que dans le caucus de la CAQ et au gouvernement, les députés sont réduits «à un rôle de béni-oui-oui docile et obéissant», tenus de marcher «au pas» pour observer les directives du chef et de son entourage, qui privilégient une gestion très centralisée, une façon de faire qu’elle ne pouvait plus tolérer. Elle croit donc avoir retrouvé sa liberté de parole. «Je me sens délivrée», a-t-elle dit, affirmant qu’on lui disait quelles questions poser aux ministres en commission parlementaire, des questions toujours complaisantes.

«C’est évident que dans un caucus, c’est plus facile pour un gouvernement quand ses députés marchent au pas», selon celle qui estime que le droit à la dissidence était bafoué au sein de la CAQ. 

Le flirt entre l’ex-caquiste et le Parti conservateur avait d’ailleurs commencé bien avant mardi. Mme Samson et M. Duhaime se sont rencontrés à trois reprises, au cours des derniers mois, pour envisager la possibilité de faire équipe ensemble. Une dernière rencontre jeudi a scellé leur union politique.

Mme Samson n’est d’ailleurs pas la seule élue de l’Assemblée nationale à se faire courtiser par M. Duhaime. Ce dernier a confirmé vendredi qu’il avait approché d’autres députés caquistes et que «deux ou trois» seraient éventuellement intéressés à faire le saut eux aussi dans son équipe.

La nouvelle députée conservatrice a admis qu’elle ne connaissait pas toutes les positions du PCQ et de son chef, en ajoutant que de toute façon, le programme du parti sera à redéfinir en novembre lors d’un congrès des membres. 

Sur le même ton, questionné sur ses positions sur divers sujets, incluant les changements climatiques, M. Duhaime n’a pas voulu se commettre, disant qu’il fallait attendre le congrès de l’automne. Au sujet de la gestion de la crise sanitaire et du processus de déconfinement, il a glissé aussi. Il a fait valoir que le Québec avait imposé le plan de confinement le plus sévère au pays, ce qui ne l’avait pas empêché d’afficher le plus haut taux de décès de tout le Canada. Un véritable débat sur la crise sanitaire devrait avoir lieu, selon le chef conservateur, qui dénonce le manque de diversité dans les positions des quatre autres partis représentés au parlement. 

«Le fait que le parlement devienne plus représentatif de la diversité des opinions qu’on retrouve au Québec, c’est une bonne nouvelle», et ce, «pour l’ensemble des démocrates», a-t-il fait valoir. 

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