Québec reporte la date limite pour la vaccination obligatoire en santé

MONTRÉAL — «Si on continue comme ça, on va foncer dans un mur (…) Ce serait irresponsable de jouer aux dés avec la santé des Québécois», a déclaré Christian Dubé, mercredi, en annonçant le report de la vaccination obligatoire du personnel de la santé au 15 novembre.

Confronté au risque de voir le réseau aux prises avec une pression insoutenable, le ministre de la Santé, qui avait réitéré la veille encore son intention de procéder dès ce vendredi, s’est vu forcé de reculer, constatant que 14 000 travailleurs de la santé n’étaient toujours pas vaccinés.

«On veut appliquer le principe de la vaccination obligatoire aux travailleurs de la santé, mais pas au détriment de notre capacité à soigner nos citoyens», a plaidé le ministre.

La nouvelle date butoir du 15 novembre est ainsi «une dernière chance» de se faire vacciner, de dire le ministre.  Le taux de vaccination du personnel a fortement augmenté au cours des dernières semaines et atteint maintenant 96 %, mais le manque à gagner de 14 000 employés serait insoutenable. 

À Québec, le premier ministre François Legault s’est montré résigné devant ce constat et la décision de son ministre: «Quand on regarde la balance des inconvénients, c’était la décision responsable à prendre (…) Il n’y a rien de parfait», a-t-il brièvement laissé tomber.

Risque d’exode

Le ministre a rappelé que ce nombre était dans le même ordre de grandeur que le manque à gagner survenu à la suite de la première vague, une situation qu’il ne veut à aucun prix répéter, alors que le réseau est déjà plus fragile qu’il y a 19 mois.  

«Je me dois d’additionner du personnel dans notre réseau qui est à bout de souffle, pas d’en soustraire et surtout pas à court terme», a-t-il insisté. Christian Dubé a notamment expliqué qu’un ajout de pression sur le personnel risquait en effet d’en pousser à quitter le réseau, surtout que cela provoquerait sans doute un recours «aux méthodes de gestion dont on veut se départir», notamment l’imposition du temps supplémentaire obligatoire: «Je veux absolument qu’on arrête d’utiliser ces méthodes-là. C’est hors de question.»

À ce sujet, il avait d’ailleurs une très bonne nouvelle à annoncer pour le personnel. Dès lundi, il entend transférer aux agences privées le poids des horaires dont personne ne veut: «Il faut qu’on trace une ligne avec elles, bien faire les choses avec les contrats qui sont signés. (…) Il faut qu’on soit très clair et vous allez le voir la semaine prochaine: les horaires défavorables ne seront plus pour les employés du réseau.»

Bris de service prévisibles

L’entrée en vigueur de cette obligation vendredi aurait ainsi entraîné, d’après la sous-ministre Lucie Opatrny, la fermeture de 600 lits et de 35 salles d’opération. De plus, de nombreux CHSLD et résidences pour personnes âgées n’auraient plus eu suffisamment d’employés pour fonctionner.

Mme Opatrny a également expliqué que l’on avait déterminé qu’il y aurait aussi, de manière variable d’une région à l’autre, une réduction importante des services à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), en santé mentale ou en soins à domicile, notamment.

Dernière chance et pénalités

Pour l’instant, il donne une dernière chance aux employés non-vaccinés, mais privera ceux-ci de toutes leurs primes et leurs incitatifs financiers à compter de lundi, qu’il s’agisse des primes COVID de 4 % et 8 % ou de l’incitatif de 15 000 $ de retour dans le réseau. Les employés non-vaccinésdevront aussi être testés au moins trois fois par semaine. 

Christian Dubé reconnaît qu’il s’agissait d’une décision très difficile à prendre, mais il estime que cette période de 30 jours sera le coup de pouce requis pour pousser les récalcitrants vers l’aiguille, surtout avec la décision récente des ordres professionnels de retirer les permis de pratique aux non-vaccinés. Il en a profité pour leur lancer cet appel ultime en faisant référence à sa propre volte-face: «Nous vous tendons la main et nous espérons sincèrement que  vous allez la saisir.  S’il vous plaît, faites-le d’abord pour vous, pour vos proches, sinon faites-le pour vos collègues qui ont besoin de vous. On a tous le droit de changer d’idée quand on le fait pour les bonnes raisons.»

Réactions politiques et syndicales

Le responsable de Québec solidaire en matière de santé, Vincent Marissal, n’a pas raté l’occasion de signaler que cette décision était «un aveu d’échec pour le gouvernement d’avoir attendu jusqu’à la toute dernière minute avant de reculer sur sa propre date butoir». Il estime tout de même qu’il était préférable «de rebrousser chemin plutôt que de laisser le réseau s’écrouler». 

Dans le milieu syndical, la présidente de la Fédération de la Santé du Québec (FSQ-CSQ), Claire Montour, s’est dite satisfaite de ce report: «Le ministre n’avait tout simplement pas le choix, compte tenu de l’état de fragilité dans lequel se trouve le réseau», a-t-elle affirmé par voie de communiqué. Mme Montour s’est empressée d’ajouter que le syndicat «encourage maintenant tous nos membres à profiter de ce délai supplémentaire pour compléter leur vaccination».

Du côté de la Fédération interprofessionnelle de la Santé (FIQ), qui représente la grande majorité des infirmières et d’autres professionnels de la santé, sa vice-présidente. Isabelle Groulx, n’a pas caché son soulagement, rappelant que ses membres «subissent déjà une pression insupportable». Elle précise que, malgré les souhaits du ministre, «les établissements appliquent déjà des plans de contingence sur le terrain et ce sont nos membres qui assument la surcharge de travail, contraintes au temps supplémentaire obligatoire». Elle avertit cependant que si le «chaos à court terme» est évité, la réorganisation des services demeure prioritaire «pour cesser le recours systématique au TSO».

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Bonjour Monsieur le ministre, bravo pour votre décision de reporter la vaccination obligatoire pour le bien des citoyens québécois et surtout les patients québécois. C est une décision très sensée parce qu’on allait vraiment avoir un bris de service. Vous savez Monsieur le ministre , on ne peut pas avoir 100% des personnes vaccinés c ‘est impossible même de point de vue scientifique donc le 7% du réseau de la santé non vaccinés on va vivre avec , on n’a pas le choix. De plus le dépistage 3 fois par semaine est une autre décision sensée parce que on va être sûr que les personnes non vaccinés ne sont pas contaminées et par la suite ne pourront pas contaminer les autres et surtout ils ne vont pas contaminer les patients même s ils sont en contact avec eux. Merci pour votre bonne gestion Monsieur le ministre. Latifa

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