Le président Trump donne le feu vert à l’oléoduc transfrontalier Keystone XL

CALGARY – Le premier ministre Justin Trudeau estime que la construction de l’oléoduc Keystone XL donnera un coup de pouce à l’économie canadienne sans nuire à la stratégie de lutte contre les changements climatiques, grâce aux plafonds d’émissions de gaz à effet de serre fixés par l’Alberta.

En point de presse à Calgary, où était réuni depuis lundi le cabinet fédéral, M. Trudeau a indiqué mardi qu’il avait parlé à deux reprises avec le nouveau président américain, Donald Trump, depuis quelques semaines. «J’ai souligné que oui, je suis en faveur de ce projet (Keystone XL), qui va amener de bons emplois pour les Albertains, de la croissance économique», a-t-il dit.

«L’Alberta a mis une limite absolue aux émissions de gaz à effets de serre qui va nous permettre de remplir nos responsabilités pour la lutte contre les changements climatiques», a assuré le premier ministre, en ajoutant que l’approbation d’oléoducs permettait de réduire le transport du pétrole par trains.

«Ce que nous disons depuis longtemps, c’est qu’on ne peut pas séparer l’économie et l’environnement au XXIe siècle. Les gens savent que nous devons bâtir de bons emplois et créer de la croissance économique tout en protégeant l’environnement, et c’est exactement ce que nous sommes en train de faire.»

Le président américain Donald Trump a signé mardi matin un document ouvrant la voie à la construction de l’oléoduc Keystone XL, de TransCanada (TSX:TRP), sous certaines conditions.

L’oléoduc doit transporter notamment le pétrole issu des sables bitumineux de l’Alberta jusqu’aux raffineries du sud des États-Unis. Le nouveau tronçon relierait l’Alberta au Nebraska, au coeur des États-Unis, où il rejoindrait alors un réseau existant d’oléoducs. On estime que Keystone XL acheminerait plus de 20 pour cent de tout le pétrole canadien exporté vers les États-Unis.

Le président Trump invite donc TransCanada à soumettre une nouvelle demande de permis pour cet oléoduc — l’entreprise a d’ailleurs confirmé mardi qu’elle préparait déjà sa nouvelle requête. M. Trump presse aussi les agences fédérales américaines concernées de donner leur aval rapidement — en moins de 60 jours.

Le nouveau président a cependant indiqué aux journalistes, mardi matin dans le bureau ovale, que la décision serait assujettie à de nouvelles modalités qui seront négociées par Washington. Il a ainsi annoncé que Washington exigerait dorénavant que les oléoducs soient fabriqués avec de l’acier américain — du moins «le plus possible». Or, les nouvelles conduites pour le projet Keystone XL ont déjà été fabriquées, surtout à partir d’acier importé.

Des contestations judiciaires sont aussi à prévoir dans les États qui seraient traversés par l’oléoduc.

L’ancien président Barack Obama avait bloqué l’oléoduc Keystone XL à la fin de 2015, affirmant qu’il nuirait aux efforts des Américains pour atteindre les cibles de la conférence de Paris sur les changements climatiques. Les opposants au projet, des deux côtés de la frontière, craignent les déversements accidentels dans l’environnement, comme celui de la rivière Kalamazoo, au Michigan, en 2010. Ils estiment aussi que toute hausse de la production de pétrole issu des sables bitumineux se traduit par une augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

Le cabinet libéral ravi

Mardi matin, à Calgary, les ministres fédéraux avaient réitéré leur appui au projet Keystone XL, juste avant l’annonce du président Trump à la Maison-Blanche.

«Nous appuyons ce projet depuis le jour de notre assermentation», a lancé le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr. «Nous croyons qu’il s’agit d’un bon projet aussi bien pour le Canada que pour les États-Unis.» Selon le ministre, Keystone XL créerait 4500 emplois dans le secteur de la construction, et raffermirait les relations du Canada avec les États-Unis.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, aussi responsable du commerce entre le Canada et les États-Unis, a rappelé que le projet, appuyé par les libéraux alors qu’ils étaient encore dans l’opposition, respecte le désir du gouvernement canadien de concilier environnement et emplois.

«Nous croyons fermement qu’il est non seulement possible mais vital de mettre en place des politiques solides en matière de changements climatiques — le gouvernement canadien n’est jamais allé aussi loin en imposant un prix au carbone —, et en même temps permettre l’acheminement de nos ressources naturelles vers les marchés» d’exportation, a soutenu la députée torontoise, née en Alberta.

Interrogé sur la nécessité d’un nouvel oléoduc pour «faire sortir» le pétrole de l’Alberta, après l’approbation par Ottawa de l’agrandissement de l’oléoduc TransMountain vers le Pacifique, le ministre des Transports, Marc Garneau, a soutenu que «le besoin est toujours là».

«Vous savez que le Canada est le premier pays vis-à-vis la vente d’énergie aux États-Unis, et c’est quelque chose qui continue pour le moment, alors je pense que si l’oléoduc est bâti, c’est parce qu’il y a un besoin», a-t-il estimé.

La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, a salué l’annonce de mardi, mais elle a rappelé que son gouvernement met surtout l’accent sur les oléoducs à destination de raffineries et de ports canadiens, ou sur les exportations vers l’Asie. La première ministre néo-démocrate promet aussi de veiller au grain lorsque Washington voudra renégocier les termes du projet Keystone XL.

Le maire de Calgary, Naheed Nenshi, qui a rencontré le cabinet fédéral mardi matin, a souligné que l’économie albertaine, durement frappée depuis plus de deux ans, bénéficiera de la construction de l’oléoduc. «Le taux de chômage à Calgary est le plus élevé de toutes les agglomérations métropolitaines au Canada», a-t-il rappelé.