Alexandre Bissonnette de retour devant le tribunal

QUÉBEC – Un membre influent de la communauté musulmane de Québec, frappée le mois dernier par un attentat qui a fait six morts dans une mosquée, a réclamé mardi une peine exemplaire contre l’auteur présumé de la tuerie, qui a brièvement comparu au palais de justice en matinée.

Mohamed Labidi, vice-président du Centre culturel islamique de Québec, était présent à l’occasion de cette deuxième apparition en cour d’Alexandre Bissonnette.

Tout en exprimant sa confiance envers le système judiciaire, M. Labidi a déclaré que la communauté mandatera des avocats pour suivre les procédures.

«C’est ce qu’on souhaite, a-t-il dit dans un point de presse à sa sortie du tribunal. Pour que les droits de nos victimes ne soient pas brimés, on va nommer des avocats.»

M. Labidi n’a pas été en mesure de dire si cela nécessitera l’accord des autorités judiciaires.

Selon lui, les procédures judiciaires qui s’amorcent doivent servir de signal contre les crimes haineux.

«On fait confiance au système de justice canadien et québécois, et je pense que la justice va suivre son cours, a-t-il dit. Il faut que ce soit un exemple pour d’autres crimes de ce genre.»

Très ému en parlant du drame du 29 janvier dernier, M. Labidi a affirmé qu’il était de son «devoir» d’être présent mardi au palais de justice, pour la mémoire des victimes, parmi lesquelles Azzedine Soufiane.

«On représente une communauté, c’est nos frères, a-t-il dit. C’est comme si c’était mon propre frère à moi, Azzedine ou les autres. Être là, c’est un devoir.»

L’audience, présidée par le juge Jean-Louis Lemay, a été très brève, mardi. Les parties ont convenu de reprendre les procédures le 30 mars.

Jean Petit, l’avocat de l’accusé, a obtenu une ordonnance de non-publication concernant la preuve, dont une partie est accessible à la défense.

Bissonnette est accusé du meurtre prémédité de six fidèles qui se trouvaient à la grande mosquée de Québec, le soir où il s’est présenté sur les lieux, armé. Il est aussi accusé de cinq autres chefs de tentative de meurtre.

Tout comme lors de sa première comparution le 30 janvier, quelques heures après le drame, Bissonnette, âgé de 27 ans, est resté silencieux durant sa brève apparition.

Vêtu d’un t-shirt rouge, il a suivi les échanges devant le tribunal, assis derrière un vitrage blindé.

Des mesures de sécurité exceptionnelles étaient toujours en vigueur à l’entrée de la salle, où chaque personne devait subir une fouille et passer au détecteur de métal.

Aux journalistes ensuite, M. Labidi s’est dit touché par le jeune âge de l’accusé, qu’il voyait en personne pour la première fois lundi.

«Il est très jeune, j’ai été très touché par sa jeunesse, toute la vie est devant lui, a-t-il dit. Faire un crime pareil, ça brise sa vie. On a de la compassion pour lui, même s’il a commis tout ce qu’il a commis.»

M. Labidi a affirmé qu’il éprouvait des sentiments contradictoires devant l’auteur présumé de l’attentat.

«J’ai un mélange de sensations: pitié pour celui qui a fait le crime et en même temps nos frères qui sont décédés pour rien, a-t-il dit. C’est le cycle de la haine qui a été alimenté, alimenté, alimenté jusqu’à ce que la personne soit aveuglée par cette haine.»

Selon M. Labidi, les faits reprochés au jeune homme devraient inciter le juge à refuser une éventuelle demande de remise en liberté, une hypothèse qui n’a pas encore été formellement envisagée par l’avocat de l’accusé.

«C’est très légitime de s’opposer, a-t-il dit. Puisque les faits sont là, il n’y a pas de raison de le libérer.»

M. Labidi a indiqué que deux fidèles sont encore hospitalisés, dont un qui demeure dans le coma depuis l’attentat.