Algonquins : tensions toujours présentes dans la Réserve faunique La Vérendrye

VAL D’OR, Qc — Les tensions demeuraient toujours présentes, vendredi, entre les communautés algonquines et les chasseurs dans la Réserve faunique la Vérendrye.

Peu après 12h30 ce vendredi, la route 117 à l’entrée sud de la Réserve faunique La Vérendrye a été rouverte par la Sûreté du Québec, après que des chasseurs, mécontents de se faire empêcher l’accès à leur camp, l’aient bloquée.

Les Algonquins vivant aux abords et dans la Réserve faunique La Vérendrye ont fermé plusieurs chemins forestiers donnant accès aux zones de chasse, à Kitigan Zibi, au Lac-Barrière et à Kitcisakik depuis une semaine. Ils demandent un moratoire pouvant aller jusqu’à cinq ans sur la chasse à l’orignal.

Le ministre de la Forêt, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, affirmait jeudi matin en entrevue à Radio-Canada qu’il envisageait même de faire appel à sa collègue de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, pour résoudre l’impasse. «Les droits des chasseurs sont brimés, et la Sécurité publique doit faire le travail, a dit M. Dufour lors de l’entrevue. Mais les canaux de communication doivent demeurer ouverts.»

L’opposition libérale a condamné, vendredi, ces propos du ministre Dufour. Le député de Jacques-Cartier, Gregory Kelley, porte-parole libéral en matière d’Affaires autochtones, a accusé le ministre de jeter de l’huile sur le feu en menaçant de faire appel à la SQ pour dénouer l’impasse. «C’est à se demander si la CAQ a appris quelque chose de la crise à Wet’suwet’en» (en Colombie-Britannique), a dit Gregory Kelley à La Presse Canadienne.

Des modérés aussi

À l’opposé, plusieurs vidéos ont circulé sur Facebook au cours de la semaine, montrant l’atmosphère régnant à la hauteur des barrages.

Dans l’une d’entre elles, on a pu voir un certain dialogue s’installer entre les Algonquins et les chasseurs. «Ça ne me fait pas plus plaisir qu’à vous de barrer le chemin», indique un membre de la communauté à deux chasseurs. «On comprend votre situation», a répliqué l’un d’eux.

Le chef de Kitcisakik, Régis Penosway, regrette que malgré la collaboration des communautés à l’inventaire des orignaux, en janvier 2020, on refuse toujours de les écouter. «Encore une fois, il faut que l’on fasse des barrages pour qu’on nous écoute», dit-il.

D’ailleurs, les membres de cette communauté, située à 90 km au sud de Val-d’Or, sortaient justement d’un autre barrage, cette fois contre la compagnie Louisiana Pacific, qui, selon les Anishinabeg, auraient renié une entente intervenue entre les deux parties. Les travailleurs forestiers auraient alors endommagé des camps et des lignes de trappage appartenant aux Autochtones.

Préservation de l’orignal

Les Anishinabeg continuent de croire qu’il faudra un effort concerté pour préserver l’orignal dans la réserve faunique, et éviter le drame des caribous forestiers de Val-d’Or.

«On est conscients que nous aussi, les Algonquins, on doit discipliner certains de nos membres pour préserver les orignaux, concède le responsable du dossier faune à Kitcisakik, Jimmy Papatie. On a certains de nos frères qui ont perdu leurs mocassins, mais nous, les Anishinabeg, on est capables de leur faire retrouver. Avant de taper sur tous les Autochtones et de tous les mettre dans le même bateau, prenez le temps de vous informer», a-t-il affirmé dans une vidéo sur Facebook.

Les Algonquins croient qu’un moratoire de cinq ans sur la chasse à l’orignal dans la réserve faunique permettra au cheptel de se regénérer. «Après, il y en aura pour tout le monde», indique Lucien Wabanonik, membre du conseil de bande de Lac-Simon.

Historiquement, les Algonquins ont souvent érigé des barrages pour se faire entendre. Un exemple : en 2016, des kokom (terme Anishinabeg pour décrire des aînées) avaient bloqué l’accès à la communauté de Lac-Simon, et avaient empêché les travailleurs du centre de santé de se rendre à leurs bureaux.

Ils dénonçaient alors que la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) arrachaient les jeunes à leur communauté pour être placés dans des familles «blanches».

Les Algonquins du Lac-Barrière ont eux aussi bloqué la 117 à quelques reprises au cours des 15 dernières années, pour s’opposer aux coupes forestières sur leur territoire ancestral.

Texte de l’Initiative de journalisme local

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