Allégations d’ingérence par la Chine: Trudeau vague sur son lien avec les États-Unis

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau a contourné mercredi toute question l’invitant à clarifier qui il visait quand il a dressé un parallèle entre le dossier des allégations d’ingérence chinoise et la remise en question, aux États-Unis, de la légitimité des dernières élections.

«C’est extrêmement important que les gens puissent avoir confiance dans nos processus électoraux. On sait que ça doit inquiéter quiconque quand il y a (…) des suggestions que, peut-être, l’intégrité de nos élections a été compromise», a-t-il d’abord répondu alors qu’il se dirigeait à une réunion de son caucus.

Il s’est empressé de réitérer que des informations qu’il a eues en privé et en public indiquent qu’«il n’y a pas eu d’ingérence qui a changé l’issue de nos élections».

Le premier ministre a répété que c’était la conclusion d’un comité indépendant en matière de renseignement, affirmant aussi, cette fois-ci, que «le chef des élections» a aussi partagé le même constat «hier soir».

Comparaissant mardi après-midi devant un comité parlementaire, le directeur général des élections, Stéphane Perrault, a fait savoir qu’il n’était pas «en position de se prononcer sur l’exactitude des contenus des récents reportages».

Le réseau Global a rapporté en citant des sources anonymes, plus tôt ce mois-ci, que le premier ministre a été averti en janvier d’un vaste effort allégué d’ingérence chinoise dans la campagne électorale de 2019, notamment par des fonds qui auraient été touchés par au moins 11 candidats.

M. Perrault a dit qu’il n’avait pas eu connaissance de détails à ce chapitre dans le cadre de ses fonctions à Élections Canada et que, si une enquête survenait sur des allégations spécifiques, elle tomberait dans le giron de la commissaire aux élections fédérales plutôt que le sien.

Mardi soir, un autre comité parlementaire a entendu des chercheurs et experts, mais aucun représentant d’Élections Canada. De hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères devaient aussi témoigner, mais leur comparution a été annulée à la dernière minute, ont dénoncé des membres de ce comité.

Quoi qu’il en soit, M. Trudeau a affirmé mercredi que son gouvernement est «content de pouvoir confirmer (…) qu’il n’y a pas eu d’attaques à l’intégrité de nos élections».

Il a, comme il l’avait fait mardi, soutenu qu’il avait mandaté ses conseillers en matière de renseignement de «regarder au fond des choses» dès la publication du premier article de Global sur le sujet.

«Je me fais »briefer » régulièrement sur les enjeux qui pourraient préoccuper nos institutions et l’intégrité de nos élections et je n’ai reçu aucune information là-dessus.»

Questionné à savoir si le lien fait avec la remise en question des résultats électoraux qui ont permis à Joe Biden de succéder à Donald Trump visait les partis d’opposition aux Communes ou même les Canadiens qui s’inquiètent d’une possible ingérence chinoise, M. Trudeau n’a pas répondu directement.

Appelée à dire si elle était d’accord avec le parallèle et si celui-ci devait à son avis être fait, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a affirmé que «le premier ministre s’est exprimé, puis (qu’elle n’a) pas d’autres commentaires à ajouter».

«On respecte votre travail comme journalistes. Il est très, très important. En même temps, nous, on prend des décisions basées sur les informations qu’on a», a-t-elle par ailleurs ajouté lorsque pressée de questions en mêlée de presse.

Selon le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, M. Trudeau n’aurait pas dû faire le lien qu’il a fait. «C’est complètement différent des allégations (concernant la Chine) et de comment on doit agir pour répondre aux inquiétudes des gens et montrer qu’on fait tout ce qu’on peut pour garantir la sécurité de nos élections, a-t-il commenté. Je pense qu’on ne doit pas mélanger ces deux enjeux.»

Le leader parlementaire bloquiste, Alain Therrien, a perçu les commentaires du premier ministre comme une attaque contre les partis d’opposition et comme une façon de contourner la véritable question à savoir si une brèche a été ouverte dans la démocratie canadienne.

«On n’a pas dit que l’élection de 2019 n’était pas valide. On n’a jamais parlé de ça. J’ai écouté les débats en Chambre et jamais un parti d’opposition n’a fait ça (…), a-t-il martelé. En plus il nous compare aux États-Unis. On est très, très loin de ça.»

Mardi, le conservateur Pierre Paul-Hus ne s’est pas avancé au sujet du rapprochement avec les États-Unis. «On veut simplement savoir, vraiment, ce qui s’est passé», a-t-il affirmé.

Son chef, Pierre Poilievre, a pressé mercredi M. Trudeau de clarifier à quelle «ingérence spécifique» il faisait référence quand il a partagé ses préoccupations avec le président chinois Xi Jinping, la semaine dernière, en marge du sommet du G20.

Le premier ministre a alors offert son explication la plus détaillée jusqu’à présent donnée à ce sujet.

«Nous savons depuis plusieurs années qu’il y a eu des efforts continuels de représentants du gouvernement chinois dans les communautés canadiennes, avec les médias locaux, des reportages au sujet de postes de police chinois illégaux», a répondu M. Trudeau durant l’échange survenu au cours de la période des questions.

Le président Xi avait rabroué le premier ministre après que son bureau eut indiqué que ce dernier avait partagé avec lui des inquiétudes à ce propos. Le ministère chinois des Affaires étrangères a ensuite nuancé, plaidant que le président n’avait critiqué personne et que c’était le Canada qui était irrespectueux et condescendant.

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