Amir Khadir confirme qu’il ne se représentera pas aux prochaines élections

MONTRÉAL — Celui qui a ouvert les portes de l’Assemblée nationale à Québec solidaire en 2008, Amir Khadir, quittera le Salon bleu à la fin de son mandat, mais entend bien tenir la porte ouverte pour ceux qui le suivront.

Le député de Mercier, premier élu de l’histoire de la formation souverainiste de gauche, a confirmé vendredi qu’il ne solliciterait pas un renouvellement de mandat aux élections générales du premier octobre prochain au Québec.

Après trois mandats consécutifs, Amir Khadir ne quitte pas pour des raisons familiales ou de santé ou toute autre raison fréquemment invoquée par les politiciens, mais bien pour respecter fidèlement l’engagement de Québec solidaire de «changer la culture politique».

«Dans cette nouvelle culture politique, on ne peut admettre ni carriéristes, ni personnalisation à outrance de la politique et encore moins le culte de la personnalité», a-t-il expliqué devant un petit groupe de militants, ajoutant qu’il n’avait pas quitté avant parce qu’il craignait pour l’avenir du parti, mais qu’aujourd’hui «la relève est là».

Il promet d’ailleurs de demeurer un militant actif et présent dans le parti, notamment pour intervenir dans les dossiers de la rémunération des médecins et le projet du gouvernement fédéral d’implanter un régime d’assurance-médicaments.

«Une élite souverainiste égarée, désorientée»

Malgré tout, comme tout bon politicien, il prédit qu’«en persévérant, nous allons gagner, un jour pas très lointain, la confiance de la majorité», mais il ne fait pas montre de la même assurance face à l’avenir du projet souverainiste avec des propos qui illustrent l’ampleur du gouffre qui sépare Québec solidaire du Parti québécois (PQ).

«L’impasse actuelle, trop facilement attribuée à la lassitude de l’opinion, est plutôt l’oeuvre d’une élite souverainiste égarée, désorientée, qui a poussé notre mouvement dans le couloir étroit des politiques de ressentiment et des crispations identitaires après, malheureusement, nous avoir entraînés dans l’illusion néo-libérale», a-t-il laissé tomber.

Il a ainsi blâmé le gouvernement péquiste dirigé par Lucien Bouchard «pour la terrible erreur de (…) se laisser embobiner par le diktat du marché et par le modèle néo-libéral de l’austérité», à l’époque du virage vers le déficit zéro en 1998.

Puis, sans nommer explicitement le gouvernement de Pauline Marois, la charte des valeurs de Bernard Drainville ou les positions plus récentes du PQ, il a tout de même reproché au parti de Jean-François Lisée de «fomenter les politiques du ressentiment» dans l’espoir — vain — d’obtenir «des gains à courte vue», ce qui l’a amené à inviter l’ensemble de la famille souverainiste à «renouer avec le souffle, l’ouverture des (Pierre) Bourgault, (Gérald) Godin».

Allocation aux organismes

L’allocution de départ d’Amir Khadir a permis à ce dernier de réaffirmer ses convictions politiques de gauche et ce, de façon concrète: il a annoncé qu’il verserait l’allocation de transition — à laquelle il a droit comme tout député sortant — aux organismes communautaires de sa circonscription «pour répondre à des besoins criants, malheureusement».

Il a du même coup réitéré la volonté de Québec solidaire de faire en sorte «que l’économie soit au service de tout le monde et pas seulement des gros bonnets de la finance et de l’industrie».

Il a ainsi vertement dénoncé les mécanismes du capitalisme, «les lobbys d’affaires, l’argent trop proche du pouvoir, la politique inféodée au pouvoir de l’argent» et le fait que «les députés des partis — hommes, femmes dévoués et honnêtes de la CAQ, du PQ, des libéraux — n’y peuvent malheureusement rien».

Dans ces conditions, l’objectif demeure de «changer ce système corrompu qui détruit la nature et fabrique des inégalités», selon Amir Khadir.

La politique comme médecine

Le député a toutefois refusé de dire si, après avoir siégé dix ans comme élu, il préférait la politique ou la médecine.

Il affirme avoir une passion pour les deux occupations et que, de toute façon, il est tout à fait possible de concilier les deux.

Il a d’ailleurs profité de la question pour démontrer encore une fois qu’il n’a rien perdu de son sens de la formule: «Et après tout, la politique c’est quoi? C’est une bonne médecine appliquée au grand nombre», a-t-il lancé sous les applaudissements des militants.

Il a tout de même soutenu que parfois, «la politique est plus utile; une politique publique peut faire la job de mille médecines», rappelant que ce sont des politiques publiques de diminution de la pauvreté, d’hygiène, d’éducation qui ont réduit la mortalité au tournant du 19e siècle.

Françoise David, son ancienne co-porte-parole, était sur place pour l’occasion pour lui rendre hommage: «Amir est un être profondément généreux comme médecin et il l’a été comme politicien», a-t-elle dit.

L’ex-députée de Gouin, qui a quitté la vie politique pour des raisons de santé en janvier 2017, a rappelé avec le sourire qu’elle et lui avaient été «une sorte de couple politique pendant 10 ans, quand même! Avec nos caractères très différents, avec des idées communes cependant, des valeurs communes, et ça a marché.»

Appelé à commenter alors qu’il était de passage à Montréal, le premier ministre Philippe Couillard s’est pour sa part montré plutôt réservé.

«Il a participé aux débats parlementaires, a défendu ses idées. Même si on ne partage pas les mêmes idées, on est quand même des gens qui nous sommes côtoyés de façon professionnelle, alors je le salue amicalement et je lui souhaite le meilleur pour l’avenir», a dit M. Couillard.

Amir Khadir, qui aura 57 ans le mois prochain, est né à Téhéran, en Iran. Il est détenteur d’un doctorat en médecine de l’Université Laval et d’une maîtrise en physique de l’Université McGill.

Il s’est plus tard spécialisé en microbiologie-infectiologie à l’Université de Montréal avant d’oeuvrer dans cette spécialité au Centre hospitalier Pierre-Le Gardeur à Terrebonne, dans Lanaudière.

Défendant les couleurs de Québec solidaire, il avait causé la surprise en raflant la circonscription de Mercier en 2008, qu’il a conservée en 2012 et en 2014.

La circonscription n’en était pas à son premier électrochoc: le poète Gérald Godin avait également déjoué tous les pronostics en y défaisant le premier ministre de l’époque, Robert Bourassa, lors de la vague qui avait porté le PQ de René Lévesque au pouvoir pour la première fois en 1976.

 

 

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