Amnistie internationale dénonce la dégradation des droits dans l’UE

LONDRES – Le respect des droits de la personne a perdu du terrain en Europe en 2015, quand les pays du continent ont voulu endiguer la marée humaine de réfugiés et multiplié les mesures antiterroristes, prévient Amnistie internationale dans son rapport annuel dévoilé mercredi.

Le secrétaire général de l’organisation humanitaire, Salil Shetty, a critiqué l’Union européenne — à l’exception de l’Allemagne — pour sa réponse aux réfugiés dans le besoin, en déplorant que les sommets européens sur la crise se soient davantage intéressés à empêcher les migrants d’arriver ou à accélérer leur retour chez eux.

Il a reproché au bloc le plus riche du monde, l’Europe, d’avoir été tout simplement incapable de formuler une solution intelligente, cohérente et sécuritaire pour permettre aux gens qui fuient la pauvreté et les conflits de rejoindre le continent.

Le rapport affirme qu’au moins 30 pays ont illégalement refoulé des migrants vers des pays où ils pourraient être en danger.

M. Shetty ajoute que la France, la Russie et les États-Unis comptent parmi ceux qui ont sacrifié les droits de la personne au nom de la lutte au terrorisme. Il a estimé que la répression lancée par les autorités françaises après les attentats du 13 novembre à Paris — y compris des perquisitions sans mandat et le pouvoir de dissoudre les associations — est de plus en plus «questionnable».

Au Canada, Amnistie dénonce la pauvreté, l’exclusion, la discrimination et les inégalités dont sont victimes les autochtones. Elle évoque aussi la Loi antiterroriste de 2015 qui a été promulguée et qui «confère aux organismes gouvernementaux canadiens des pouvoirs accrus en matière de transmission des informations sur les personnes, sans garde-fous suffisants, et permet au Service canadien du renseignement de sécurité d’intervenir pour réduire les menaces pour la sécurité, même si les mesures prises violent certains droits».

Cette nouvelle loi, ajoute Amnistie, «érige en infraction l’apologie ou la promotion des infractions terroristes en général, ce qui porte atteinte au droit à la liberté d’expression».

En Syrie, le patron d’Amnistie doute que la trêve négociée cette semaine par les États-Unis et la Syrie puisse avoir un impact sur le terrain.

Le rapport documente la situation des droits de la personne dans 160 pays et territoires l’an dernier. Cela inclut une répression croissante des militants en Chine, un climat d’intolérance de plus en plus intense en Inde avec l’appui du gouvernement hindou, et l’arrestation de milliers de personnes en Égype pour des raisons de sécurité nationale.