Amnistie internationale presse la FIFA de verser 440 M$ à «l’équipe des migrants»

MONTRÉAL — La FIFA devrait mettre 440 millions $ dans un fonds destiné aux migrants en guise de réparation pour les violations des droits des ouvriers qui ont construit, souvent au prix de leur vie, les installations de la Coupe du monde au Qatar.

Amnistie internationale et d’autres organisations humanitaires ont fait cette demande à la FIFA il y a quelques mois, demande réitérée par la secrétaire générale d’Amnistie internationale, Agnès Callamard, lors de son passage à Montréal dans le cadre de la COP15 cette semaine.

«La FIFA, c’est une association extrêmement riche. Avec la Coupe du monde au Qatar, elle va mettre dans ses coffres plus de 7 milliards de dollars et elle va donner environ 440 millions $ aux équipes gagnantes. Ce que nous demandons, c’est qu’elle mette 440 millions $ pour « l’équipe des migrants ». Ils ne sont pas en train de jouer, mais sans eux il n’y aurait pas de jeu», a-t-elle fait valoir lors d’un entretien avec La Presse Canadienne.

Les fédérations de football française, anglaise, belge, allemande, néerlandaise et américaine, notamment, ont donné leur appui à la création d’un tel fonds. Aux dernières nouvelles, la fédération canadienne se faisait toujours tirer l’oreille. En France, Amnistie internationale a multiplié les gestes de pression pour obtenir de la Fédération française de football (FFF) qu’elle joigne sa voix à cet appel.

Trop compliqué? C’est faux

«La FIFA dit: c’est trop compliqué, on ne sait pas comment faire. Ce n’est pas vrai. Il y a de nombreuses personnes qui se sont penchées sur la question et qui ont fait des propositions concrètes quant à la façon dont ces fonds pourraient être alloués de façon transparente et légitime», affirme Mme Callamard.

Amnistie internationale n’a pas appelé au boycottage de l’événement sportif planétaire, au contraire, explique-t-elle. «Pour nous, la Coupe du monde c’est un énorme potentiel de mobilisation et de campagne. Ça nous permet de mettre en avant ce qui se passe au Qatar. Ça nous permet aussi de mettre en avant les responsabilités de la FIFA.»

Légères avancées

«Au Qatar, ça nous a permis de montrer que les pratiques qataries par rapport au travail des immigrants se sont soldées par probablement des milliers de morts liées à la Coupe du monde. À tout le moins, nous savons que des centaines de personnes sont mortes à la suite du travail sous la chaleur et qu’il n’y a eu aucune enquête. Ça, c’est la responsabilité du gouvernement d’enquêter.»

Elle se félicite d’ailleurs pour certaines avancées obtenues par son organisation et plusieurs autres qui font pression depuis des années sur le gouvernement qatari, notamment l’adoption d’une nouvelle loi pour la protection des migrants que le Qatar n’aurait sans doute pas adoptée sans les pressions internationales.

«Les retombées pour les migrants, c’est encore de la pacotille, mais au moins il y a eu un changement.»

La FIFA a une responsabilité

Au-delà du Qatar, la secrétaire générale d’Amnistie internationale ne mâche pas ses mots à l’endroit de la FIFA elle-même.

«La FIFA n’a pas demandé des garanties lorsqu’elle a attribué la Coupe du monde au Qatar. Elle n’a pas demandé de garanties de protection des droits humains et de protection du droit des travailleurs et dès lors, sa responsabilité est engagée.

«Elle doit faire acte de diligence raisonnable et elle doit reconnaître ses responsabilités. Jusqu’à présent, elle ne l’a pas fait du tout. (…) En lisant les prises de position, il y a quand même une détermination de refuser la responsabilité, soit éthique, soit légale, et ça, ce n’est pas acceptable.»

Pour Mme Callamard, le portrait se définit ainsi: «Ce qui manque à l’heure actuelle, ce sont: 1- une reconnaissance de la FIFA qu’elle a des responsabilités éthiques et légales en matière de protection des droits humains; 2- qu’elle demande des garanties à tout État auquel elle va attribuer une Coupe du monde sur la protection des droits de la personne, les droits civils et politiques et les droits économiques et sociaux, garanties qui doivent faire partie du processus de détermination de l’endroit où sera jouée la prochaine Coupe du monde; 3- dans des cas où il y a violation avérée liée soit à la construction ou à la mise en oeuvre de la Coupe du monde, que la FIFA apporte des remèdes y compris financiers à ceux dont les droits ont été violés par tous ces acteurs. C’est l’État, bien sûr, mais c’est aussi la FIFA en tant que commanditaire de cette activité.»

Pour elle et son organisme, il importe «de travailler sur ces questions parce qu’il s’agit d’un espace qui est global, qui présente de nombreux symboles par rapport à la protection des droits humains, qu’il s’agisse de sport ou de culture».

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