Amnistie internationale réclame la libération des militantes en Arabie saoudite

OTTAWA — Amnistie internationale a organisé un rassemblement devant l’ambassade de l’Arabie saoudite à Ottawa, jeudi, pour réclamer la libération des douze militantes des droits des femmes emprisonnées depuis maintenant 100 jours.

La directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone, Béatrice Vaugrante, souligne le cas particulier de certaines femmes détenues pour avoir milité en faveur du droit des Saoudiennes de conduire un véhicule.

Celles-ci demeurent détenues depuis mai, alors que le royaume a levé en juin l’interdiction pour les femmes de conduire. Amnistie internationale demande donc à l’Arabie saoudite d’être conséquente avec ses propres décisions.

«Il y a clairement des signes de répression accrue envers les femmes qui défendent les droits de la personne en Arabie saoudite et c’est important pour nous de le faire savoir aux autorités saoudiennes», a déclaré Mme Vaugrante en entrevue avec La Presse canadienne.

Par ailleurs, Samar Badawi, la soeur du blogueur saoudien Raif Badawi, a elle aussi été emprisonnée au cours de l’été. Elle a été arrêtée en juillet en compagnie d’une autre militante, Nassima al Sada.

Rappelons que Raif Badawi a été arrêté en 2012, puis condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans de prison pour avoir critiqué des leaders religieux. Il a reçu 50 coups de fouet en janvier 2015 lors d’une flagellation publique, mais il ne semble pas avoir reçu d’autres châtiments corporels depuis. Sa femme et ses trois enfants vivent à Sherbrooke et ont obtenu la citoyenneté canadienne.

Pour l’organisation internationale de défense des droits de la personne, le système de justice en Arabie saoudite est «tout à fait discutable» et «ne respecte pas les normes internationales des droits humains». 

«On dénonce ce système de justice qui condamne parfois des gens pour simplement avoir participé à une manifestation, exprimé une opinion ou défendu une minorité», a martelé Mme Vaugrante.

La directrice générale d’Amnistie révèle que l’une des militantes fait même face à un tribunal antiterrorisme et à une possible peine de mort. «Elle serait la première femme condamnée à mort pour avoir participé à une manifestation en Arabie saoudite», a-t-elle souligné.

Amnistie internationale appelle à une mobilisation de la communauté internationale contre la répression dans le royaume saoudien.

Le Canada a d’ailleurs eu droit aux félicitations de Mme Vaugrante pour sa prise de position, alors que le gouvernement Trudeau a adopté un ton plus ferme qui a entraîné une rupture des relations diplomatiques avec l’Arabie saoudite.

«Le silence et l’inaction qui ont été les voies préférées par les pays occidentaux ne donnent rien, alors il est temps de changer de ton», a-t-elle dit.

Relations tendues

L’Arabie saoudite digère mal que le Canada se permette de critiquer les affaires internes du royaume.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères a répété, mercredi, que l’appel du Canada à la libération immédiate des militantes des droits de la personne, c’était comme si l’Arabie saoudite exigeait que le fédéral autorise immédiatement la séparation du Québec.

Adel al-Jubeir a fait ce commentaire à New York où il se trouvait pour l’Assemblée générale des Nations unies, près de deux mois après la suspension des relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et le Canada. Une rupture provoquée par la demande de libération des militantes formulée par le premier ministre Justin Trudeau et la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland.

L’Arabie saoudite a rappelé son ambassadeur, annulé des projets d’investissements au Canada, suspendu ses vols directs entre les deux pays et entrepris des démarches pour déplacer ses étudiants inscrits dans les universités canadiennes.

M. Trudeau et Mme Freeland ont répliqué au ministre saoudien qu’il s’agissait d’un enjeu de droits de la personne.

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