Amour et sexualité en CHSLD: la ministre Blais se penche sur la question

MONTRÉAL — Le personnel soignant en CHSLD devrait être formé pour discuter de sexualité avec les résidants qui expriment le besoin d’une vie affective ou sexuelle. C’est l’une des recommandations d’un rapport publié cette semaine et intitulé «Amour, sexualité et démence en milieu d’hébergement: réflexions pour guider les pratiques», que la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, a accueilli favorablement. 

La ministre planche, ces jours-ci, sur l’élaboration d’une politique nationale en centre d’hébergement. 

«C’est une première», lance son attaché de presse, Jean-Charles Del Duchetto, au sujet de cette nouvelle politique qui devrait voir le jour «d’ici l’été». 

Le porte-parole explique que les centres d’hébergement n’ont pas été pensés en fonction de la vie affective ou de la vie conjugale. 

«La société évolue, donc il faut que l’hébergement des personnes âgées évolue en même temps», ajoute-t-il. 

C’est d’ailleurs pour cette raison que la ministre Blais a demandé au Comité national d’éthique sur le vieillissement (CNEV) de produire un rapport qui tiendrait compte de la réalité sur le terrain et des enjeux que posent les maladies neurodégénératives en matière de consentement. 

Les personnes atteintes d’Alzheimer, de démence ou d’autres  troubles neurocognitifs peuvent-elles offrir un consentement éclairé?

Pour la Dre Sophie Zhang, co-chef adjointe à l’hébergement au CIUSSS Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, il y a ceux qui sont capables de s’exprimer et ceux qui ne sont pas capables de s’exprimer. 

L’enjeu éthique se joue avec les patients qui se trouvent entre ces deux catégories. C’est là que se trouve la zone grise dans laquelle une grande partie des patients naviguent. 

«On est très familier avec l’idée du consentement en CHSLD», poursuit Dre Zhang.

Celle qui dirige 15 CHSLD explique que chaque cas est unique. 

Elle donne en exemple des gens qui vont se tenir la main, d’autres qui vont aller plus loin. Le personnel porte une attention particulière aux signes qui pourraient indiquer qu’une personne se sente mal à l’aise. 

Il arrive que l’équipe doive informer la famille. «La plupart du temps, ça se passe bien», explique-t-elle. 

«On a eu une personne qui était déjà en couple et qui s’est fait un nouvel ami en résidence. On a contacté la famille pour leur dire qu’elle démontrait de l’affection physique envers une autre personne.

«Le mari et la famille ont été compréhensifs», poursuit-elle.

Dre Zhang raconte qu’ils ont compris que c’était fait sans malice, et que la résidante avait probablement oublié qu’elle avait déjà un conjoint en dehors des murs du centre, à cause de la maladie. 

Par ailleurs, le rapport recommande d’aménager des lieux d’intimité dans les centres d’hébergement, qui accueillent parfois des résidants dont le ou la partenaire vit à l’extérieur. Or, les espaces en CHSLD sont bien souvent partagés, à raison de deux personnes ou même plus par chambre. 

Dre Zhang voit l’idée de chambres désignées d’un bon œil. Elle ajoute qu’idéalement «si tout le monde avait une chambre privée, bien insonorisée avec une porte fermée, ils pourraient avoir une vie intime». 

«Est-ce qu’on s’en va vers un Québec où les CHSLD n’auront plus de chambres doubles? Je le souhaite. Ça va être mieux pour tout le monde et pour toutes sortes de raisons.»

Outre la question affective, elle croit que des chambres individuelles faciliteraient les soins et la prévention des infections. 

Dre Zhang estime qu’il faut défaire le mythe que les personnes âgées n’ont pas de vie sexuelle, tout en gardant en tête que d’autres ne considèrent pas que c’est important. 

La sexologue Mariane Gilbert est du même avis: «Si ta vie sexuelle a toujours été un aspect important pour toi à 30-40-50 ans, ce le sera encore même à 60 ans et plus». 

Et le contraire est aussi vrai, précise celle qui est vice-présidente et directrice des opérations chez Les 3 sex, un organisme communautaire québécois voué à l’éducation à la santé sexuelle.

«C’est important que le personnel soit formé pour qu’on réponde à leurs questions», affirme Dre Zhang. 

Selon la médecin de famille, cela prendrait des experts et des sexologues pour donner ce type de formation. Elle ajoute qu’il faut aussi considérer la sexualité des personnes seules dans cette grande discussion. Elle donne en exemple des situations auxquelles son équipe a déjà été confrontée, comme surprendre un résidant en plein moment de plaisir solitaire. 

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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