André Gauthier, détenu à Dubaï depuis six ans, est rentré au Québec

MONTRÉAL — Après des années passées en prison à Dubaï — et une tentative d’évasion —, André Gauthier est enfin rentré au Québec. 

Le géologue d’origine saguenéenne, qui a passé des années dans les limbes juridiques après avoir dénoncé une présumée fraude dans une société aurifère, a raconté mardi qu’il était à l’hôtel à Dubaï, la semaine dernière, lorsqu’il a reçu un appel des autorités lui confirmant qu’il pouvait enfin quitter le pays.

Les accusations criminelles contre lui avaient pourtant été abandonnées en juin 2020, mais il aura fallu onze mois avant de faire classer des affaires civiles parallèles et pour que les autorités négocient sa libération. «Ça faisait 328 jours que j’attendais cet appel», a-t-il déclaré mardi dans une entrevue téléphonique depuis Lévis. «Pas besoin de vous dire que je n’ai pas dormi cette nuit-là.»

André Gauthier, aujourd’hui âgé de 67 ans, rappelle qu’il a été arrêté pour la première fois en 2015 après avoir alerté les autorités des Émirats arabes unis au sujet de transactions irrégulières au sein de la société Gold AE, dont il était l’un des directeurs. 

Lui et son avocat soutiennent qu’il a ensuite servi de bouc émissaire dans une affaire de fraude de 30 millions $, lorsque les auteurs présumés ont quitté le pays et que les investisseurs de Gold AE ont tourné leur plainte contre lui. M. Gauthier admet que la chose la plus difficile dans cette épreuve, c’est de sentir qu’on a fait tout ça pour rien. 

Dans toute cette mésaventure, M. Gauthier, qui faisait face à environ 70 accusations criminelles, a tenté de s’échapper à Oman en 2019, mais fut intercepté et emprisonné. Sa foi en sa libération éventuelle a alors sérieusement vacillé.

Blanchiment d’argent bien connu 

L’avocate Radha Stirling, au Royaume-Uni,  remercie le gouvernement canadien d’avoir déployé des efforts diplomatiques soutenus pour libérer son client, mais elle salue aussi la famille de M. Gauthier pour avoir fait pression sans relâche. «Je pense que le gouvernement canadien a fait du bon travail et a donné un très bon exemple aux autres pays sur la façon dont ça peut être fait», a-t-elle déclaré lors d’un entretien téléphonique mardi.

Sa seule critique est qu’il a fallu trop de temps pour garantir sa liberté accordée. Me Stirling, fondatrice de l’organisation «Detained in Dubai», pense également que les gouvernements étrangers devaient faire plus pour tenir tête au gouvernement des Émirats arabes unis. «Ces escroqueries liées au blanchiment d’argent aux Émirats arabes unis sont très courantes et de plus en plus fréquentes, elles ciblent les investisseurs canadiens et américains et nous fermons les yeux sur ce type d’abus», selon elle. 

M. Gauthier a aussi rappelé mardi que son père était décédé au Québec pendant sa détention et qu’il avait épuisé ses économies dans toute cette saga. Mais il se fait optimiste: l’industrie minière offre de belles perspectives pendant au moins les deux prochaines décennies, dit-il. 

Maintenant à la maison en quatorzaine sanitaire avec sa femme, à Lévis, il explique qu’il passera d’abord les prochaines semaines et les prochains mois à récupérer son permis de conduire et sa carte d’assurance maladie. Il veut aussi rendre visite à sa famille élargie au Saguenay. 

M. Gauthier a par ailleurs tenu à transmettre un message d’espoir et d’encouragement aux familles de Michael Kovrig et Michael Spavor, les deux Canadiens détenus en Chine en représailles apparentes pour l’Interpellation à Vancouver de la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, à la demande des États-Unis.

«Je peux dire à ces familles-là qu’il est important de garder la foi que le gouvernement va essayer de trouver une solution», a-t-il martelé. «Combien de temps ça va prendre? Malheureusement, c’est un dossier qui est beaucoup plus compliqué que le mien, mais il faut qu’ils gardent l’espérance que tout va se régler dans des délais raisonnables.»