André Lamontagne est «tombé dans un piège» de l’Union paysanne, selon l’UPA

QUÉBEC — Le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, est «tombé dans un piège» quand il a dénoncé les «ayatollahs» du ministère de l’Environnement.

Le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, a ainsi manifesté son indulgence lundi envers le ministre caquiste qui s’est retrouvé quelques fois au centre de la controverse au cours des dernières semaines.

Rappelons que lors d’une rencontre avec l’organisme Union paysanne il y a une dizaine de jours, M. Lamontagne avait accusé d’intransigeance des fonctionnaires du ministère de l’Environnement en les traitant d’«ayatollahs», une façon de leur reprocher leur zèle dans la mise en oeuvre des normes, quelle que soit la taille de l’entreprise agricole, petite ou grande.

En entrevue téléphonique avec La Presse canadienne lundi, M. Groleau a qualifié cette sortie de «malheureuse» sans aller jusqu’à la trouver «maladroite».

Selon lui, petits et grands producteurs ne sont pas en opposition: ils n’évoluent pas du tout dans les mêmes marchés, leurs enjeux sont différents, mais leurs intérêts sont les mêmes. L’enjeu n’est donc pas réglementaire, à ses yeux.

Il a plutôt appelé à l’unité des troupes en visant l’Union paysanne, une organisation rivale qui veut notamment mettre fin au monopole syndical de l’UPA.

«Cela alimente un débat futile, a-t-il déclaré. C’est une forme d’échappatoire que je trouve malheureuse, parce que cela ne fait que diviser les producteurs plutôt que de s’attaquer réellement au problème. C’est un piège de l’Union paysanne.»

M. Groleau a également refusé de s’en prendre aux fonctionnaires. Il a rappelé qu’ils ne font que mettre en oeuvre la réglementation et la loi mises en place par le législateur.

Le problème est donc ailleurs, estime le président de l’UPA. «Tous les producteurs souffrent du désengagement de l’État», a-t-il plaidé en soulignant que de 2002 à 2018, le budget du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) est passé de 1,3 milliard $ à 877 millions $.

Enfin, le chef du syndicat agricole ne désavoue pas le ministre pour autant, malgré les récentes controverses. Il a dit s’entretenir régulièrement avec M. Lamontagne et a indiqué qu’actuellement, il lui fait confiance.

«Pour l’instant, il a toute ma confiance parce que je sais qu’il est très très bien intentionné par rapport à ça», a-t-il conclu.

Rappelons que M. Lamontagne a également été plongé dans la tourmente au début de février après s’être targué d’avoir autorisé le congédiement d’un fonctionnaire, l’agronome Louis Robert, considéré comme un «sonneur d’alerte» pour avoir dénoncé l’influence indue de l’industrie des pesticides sur la recherche publique. Le ministre avait ensuite corrigé le tir en affirmant que c’est le sous-ministre qui avait autorisé le limogeage.

Tous les partis d’opposition ainsi que le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) demandent de réembaucher M. Robert. Une pétition en ligne a même récolté plus de 20 000 signatures en date de lundi, après seulement quelques jours.