Annamie Paul tente de ramener la fronde à un «petit groupe» au conseil fédéral

OTTAWA — La cheffe du Parti vert, Annamie Paul, estime que la contestation judiciaire de son leadership par les instances du parti est en fait une «attaque unilatérale» d’un «petit groupe» de cadres sortants.

Entourée de partisans lors de l’ouverture de son bureau de campagne, jeudi, au centre-ville de Toronto, Mme Paul a soutenu que la procédure judiciaire amorcée cette semaine n’avait pas été appuyée par l’ensemble du conseil fédéral – la principale instance dirigeante du parti.

«C’est quelque chose d’assez nouveau, mais je peux dire que ce n’est pas le parti qui conteste. C’est quelque chose qui était, comme les autres actes, lancé par un très petit groupe, vraiment un groupe minoritaire, a-t-elle répondu aux journalistes. Je n’entre pas trop dans tous les détails, mais, comme j’ai dit, il y a un groupe. Ils sont en train de sortir de notre conseil. Leur terme se termine en août.»

Le Parti vert a déposé mercredi des documents judiciaires visant à annuler les ordonnances d’arbitrage qui ont évité in extremis à Mme Paul de subir le vote de défiance que le conseil fédéral s’apprêtait à prendre cette semaine. La requête vise également à annuler la suspension du processus de révision, par le conseil, de l’adhésion pure et simple de Mme Paul au parti. Or, si Mme Paul n’est plus membre du parti, elle ne peut plus en être la cheffe.

Cet avis de requête en Cour supérieure de l’Ontario a donc mis fin à un très bref cessez-le-feu entre Mme Paul et les instances de son parti. Mais la cheffe refuse de parler de «luttes intestines»: elle estime plutôt que cette procédure judiciaire est menée par une petite clique de conseillers dont les mandats expireront dans moins d’un mois.

«Je ne me querelle avec personne, a-t-elle déclaré aux journalistes devant son nouveau bureau au cœur du quartier Church et Wellesley de Toronto. Il n’y a pas de luttes internes: c’est vraiment une attaque unilatérale qui concentre l’attention là où elle ne devrait pas être.»

Revenir au programme

Mme Paul a refusé de commenter davantage cette procédure judiciaire qui relance pourtant la menace sur son leadership, à la veille, peut-être, du déclenchement d’élections générales. Elle a plutôt tenté jeudi de recadrer la communication sur les priorités du parti, comme le changement climatique et le logement abordable. 

«Je demande à tout le monde un peu de patience et de vraiment regarder vers l’avenir de notre parti, de regarder vers nos candidats et candidates excellents qui se présentent dans leur circonscription.»

Elle n’a pas non plus directement expliqué pourquoi elle avait décidé de faire annuler le vote de censure prévu mardi dernier si une poignée seulement de membres du conseil s’opposait à elle.

Mme Paul, qui a été élue cheffe en octobre, mais ne siège pas à la Chambre des communes, a exprimé son optimisme quant à ses chances de remporter cette fois la victoire dans la circonscription de Toronto-Centre, malgré deux défaites au cours des deux dernières années — et la récente révocation par son parti du budget de 250 000 $ réservé pour sa campagne à Toronto.

«Il ne fait aucun doute que le soutien du parti central aiderait», a-t-elle déclaré, mais elle soutient que l’élan grandit autour de sa candidature, alors qu’elle parcourt quotidiennement la circonscription.

Mme Paul à l’emploi du Fonds ?

Dans l’avis de requête déposé mercredi, le Parti vert et le Fonds du Parti vert du Canada soutiennent que l’arbitre a outrepassé son autorité en exigeant du conseil fédéral qu’il annule le vote de défiance contre Mme Paul et le processus de révision de son adhésion au parti.

Les documents indiquent que le contrat de travail de Mme Paul était conclu avec le Fonds, une entité juridique distincte qui contrôle les finances du parti, plutôt qu’avec le parti lui-même ou son conseil fédéral. Ainsi, l’arbitre aurait «commis une erreur de droit», car il n’avait pas le pouvoir d’imposer des ordonnances à une entité qui n’est pas liée au contrat de travail de Mme Paul, selon les documents.

Malgré cette distinction, plusieurs sources affirment que c’est bel et bien le conseil fédéral qui a voté pour ne pas renouveler le contrat d’un conseiller principal de Mme Paul, dont les commentaires sur les réseaux sociaux en réponse aux messages des députés verts sur le conflit israélo-palestinien ont suscité la controverse en mai. Les sources ont parlé sous couvert d’anonymat pour discuter de questions non publiques.

Mme Paul admet que le nouveau conseil fédéral, qui sera renouvelé le 19 août après des élections, puisse être tout aussi récalcitrant. «Je ne prends rien pour acquis du tout, a-t-elle déclaré jeudi. Je présume de la bonne volonté de chacun, que les personnes qui se présentent au conseil cherchent à le faire dans le meilleur intérêt de notre parti.»

Les verts ne comptent actuellement que deux députés au Parlement, dont l’ancienne cheffe Elizabeth May. Les verts souhaitent présenter un candidat dans chacune des 338 circonscriptions, a promis Mme Paul. Le parti a choisi environ 55 candidats à ce jour.

Le parti est déchiré par des luttes de pouvoir et des guerres de factions depuis des mois, alors que Mme Paul tente d’orienter les verts dans une nouvelle direction.

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