Antibiotiques aux animaux: Québec n’a toujours pas de plan après 10 ans

Québec ne sait toujours rien des quantités phénoménales d’antibiotiques prescrits aux animaux destinés à l’alimentation, même s’il y a des risques pour la santé humaine.

Le gouvernement devait pourtant se donner un plan d’action et des cibles de réduction il y a 10 ans, mais rien n’a été fait depuis, selon les constats du commissaire au développement durable, Paul Lanoie, qui est très sévère à l’égard du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ). 

Dans un rapport déposé mercredi, il rappelle qu’une partie de la résistance aux antibiotiques chez les animaux peut être transmise aux humains — ce qui sera un des grands problèmes de santé publique au cours des années à venir, conclut l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les «usages inappropriés» d’antibiotiques favorisent l’émergence de bactéries résistantes que les médicaments ne peuvent plus combattre, résume M. Lanoie. Or de nombreux antibiotiques employés chez les animaux destinés à l’alimentation sont identiques ou étroitement apparentés à ceux utilisés chez les humains, poursuit-il.

«L’usage d’antibiotiques en production animale contribue à l’augmentation de la résistance des bactéries en raison, notamment, des quantités considérables d’antibiotiques qui sont utilisées dans ce secteur», écrit le commissaire dans son rapport.

Grave menace

La résistance aux bactéries antibiotiques constitue «une des graves menaces pour la santé publique», relève l’OMS, cité dans le document. D’ici 2050, «il pourrait y avoir plus de décès attribuables à des infections devenues incurables que de décès liés aux cancers».

Québec est un des grands producteurs d’animaux destinés à l’alimentation. Il se classait au deuxième rang parmi les provinces canadiennes pour sa consommation d’antibiotiques en production animale. Plus de 27 pour cent (239 tonnes) des 868 tonnes d’antibiotiques distribués au pays l’ont été au Québec.

Le MAPAQ a recours à des données fédérales, «mais n’a toutefois pas de portrait complet et précis de l’utilisation de ces médicaments au Québec», a déploré le commissaire.

«Il n’a pas d’informations suffisantes pour bien gérer cette problématique-là», a-t-il commenté en conférence de presse mercredi matin au parlement.

Le ministère devait déposer un plan d’action il y a 10 ans et ne l’a toujours pas fait. Il tarde à proposer des règlements pour prohiber ou restreindre les usages des antibiotiques qui sont reconnus comme non appropriés.

Tests non réalisés

En outre, le MAPAQ ne réalise pas tous les tests prévus dans ses programmes d’inspection des limites maximales de résidus d’antibiotiques chez les animaux abattus destinés à l’alimentation.

En 2017-2018, près du tiers des tests n’ont pas été réalisés pour les viandes rouges, tandis que les deux tiers des tests n’ont pas été réalisés pour ce qui est des viandes blanches. Déjà, le rapport précise que le nombre de tests réalisés par rapport au nombre de bêtes abattues est inférieur à 1 pour cent.

Grille de vérification

Par ailleurs, le ministère a conçu une grille de vérification relative à la gestion des médicaments dans le domaine laitier, mais qui peut être utilisée dans d’autres secteurs. Toutefois, la grille a été «peu employée de 2014 à 2018», constate le commissaire.

Dans le secteur avicole, sur 145 inspections, la gestion des antibiotiques n’a jamais fait l’objet d’une vérification. Dans le domaine porcin, c’est également zéro sur 32; dans le secteur bovin, il y a eu vérification dans 13 pour cent des 2932 inspections; et enfin, dans le secteur laitier, c’est beaucoup mieux: les deux tiers des 13 554 inspections ont donné lieu à des vérifIcations.

Enfin, le MAPAQ a réagi aux constats du rapport. Il souligne que «l’antibiorésistance est une responsabilité partagée», notamment entre le gouvernement, les industries et les citoyens.

Cependant, il reconnaît «l’importance d’envoyer un signal clair à ses partenaires». Il n’évoque pas la venue d’un plan d’action, mais «l’implantation progressive d’un système de monitorage de l’utilisation des antibiotiques».