Antony Blinken quitte le Canada après être venu rebâtir les ponts avec Ottawa

MONTRÉAL — Washington est venu poser, jeudi et vendredi, une autre pierre à la reconstruction de la relation entre le Canada et les États-Unis, mise à mal sous la présidence de Donald Trump.

La visite de deux jours du secrétaire d’État Antony Blinken s’est conclue vendredi par une visite de Montréal en compagnie de son homologue canadienne, la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly, à l’ancien pavillon des États-Unis à l’Expo 67, aujourd’hui devenu la Biosphère, sur l’île Sainte-Hélène.

«Quand j’ai commencé à ce poste, mon patron, le président (Joe) Biden, m’a dit: surtout, fais un (effort) pour remettre de l’énergie dans nos partenariats, dans nos alliances et on commence surtout avec nos partenaires les plus proches, le Canada», a déclaré dans un français impeccable le chef de la diplomatie américaine devant des étudiants universitaires venus le rencontrer à la Biosphère.

«On a besoin de travailler ensemble et on commence surtout avec les partenaires qui partagent les mêmes valeurs et plus ou moins les mêmes intérêts», a-t-il fait valoir.

«C’est important de travailler en coalition parce qu’on sait que les plaques tectoniques changent à travers le monde. On voit une augmentation des autocraties, la démocratie est testée», a renchéri Mme Joly à ses côtés.

Haïti, une situation «catastrophique»

M. Blinken et Mme Joly arrivaient à ce moment du marché Jean-Talon où ils avaient dû trouver refuge dans un local isolé pour rencontrer les responsables et employés d’un commerce offrant un premier emploi à des femmes syriennes réfugiées, en raison de la présence d’une quinzaine de manifestants opposés à une intervention militaire en Haïti.

Les deux politiciens ont d’ailleurs discuté de cette question en présence des étudiants, Mme Joly affirmant avec force que les solutions «vont être par et pour les Haïtiens». La ministre a qualifié la situation haïtienne de «catastrophique», affirmant que la communauté internationale avait «une obligation morale» de venir en aide à ce pays des Caraïbes. Haïti, selon elle, est aux prises avec «une crise humanitaire» causée par une épidémie de choléra, un manque d’eau potable eu un manque d’essence pour les génératrices des hôpitaux et plusieurs autres denrées contrôlées par les différents gangs qui sèment la terreur dans le pays.

Elle s’est toutefois bien gardée de parler d’une intervention militaire. «Notre but, c’est d’aider. Notre but, ce n’est pas d’intervenir et d’imposer. Notre but, c’est d’aider, parce qu’on a une obligation d’aider», a-t-elle martelé, rappelant que «le Canada est le meilleur ami d’Haïti qui peut aider, mais on doit s’assurer qu’il y a des forces régionales d’impliquées».

Blinken souhaite une transition politique

Antony Blinken s’est rangé derrière l’idée qu’il faut «des solutions qui viennent d’Haïti». Il s’est toutefois montré un peu plus tranchant que son homologue canadienne en parlant des gangs: «les gangs sont connectés à des élites qui les dirigent, qui les financent et l’État ne contrôle pas», d’où la nécessité, selon lui, «d’imposer une pression sur les élites qui contrôlent les gangs». 

Le secrétaire d’État a ajouté qu’«il faut probablement faire plus pour soutenir la police, pour soutenir la force haïtienne, pour ramener le contrôle des affaires dans leurs mains. Et puis évidemment, nous voulons une transition politique et éventuellement des élections». 

Parlant de relations internationales, M. Blinken s’est prononcé en faveur d’une réforme du Conseil de sécurité des Nations unies «pour que ce ne soit pas figé en place avec les cinq membres permanents qui ont été élus dès les débuts des Nations unies. Une représentation plus importante pour l’Afrique, par exemple, pour l’Asie.» Bien qu’il ne l’ait pas nommée, la référence à la Russie, l’un de ces cinq membres, était claire.

Changements climatiques: «C’est maintenant»

M. Blinken s’est également attardé sur le dossier des changements climatiques lorsque questionné à ce sujet par une femme innue.

«Il n’y a pas si longtemps, quand on parlait climat, de ce défi, il y avait une reconnaissance que, oui, c’est un problème, mais c’est pour demain, c’est pour après-demain. Maintenant, il y a une reconnaissance que c’est pour aujourd’hui, c’est maintenant. Il faut agir parce que c’est un problème qui est existentiel», a-t-il affirmé avant de quitter la Biosphère avec son impressionnant cortège d’une trentaine de véhicules.

M. Blinken avait amorcé sa visite dans la région de Montréal par une tournée des installations de la firme Lithion, à Anjou, spécialisée dans le démontage et le recyclage de batteries. L’entreprise a mis au point une série de procédés permettant de séparer et de récupérer 95 % des matériaux utilisés pour fabriquer une batterie, procédé qui permet d’isoler notamment tous les plastiques, le lithium, le nickel, le zinc et autres composantes et de les ramener à l’état pur.

Ces composantes sont ensuite utilisées pour la fabrication de nouvelles batteries.

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