Appel à s’intéresser à la détresse morale des premiers répondants

MONTRÉAL — Le personnel de la sécurité publique est parfois confronté à des choix moraux qui peuvent avoir un impact important sur sa santé, prévient un expert qui demande que cet aspect mal connu de leur travail soit étudié plus en profondeur.

Le travail des pompiers, policiers et ambulanciers est «essentiel», écrivent les auteurs dans le Canadian Journal of Public Health, mais il est aussi «complexe sur le plan pratique et éthique».

Pourtant, «les aspects proprement éthiques du travail et des conditions de travail du (personnel de la sécurité publique) sont peu abordés dans la recherche en santé publique», ajoute-t-on.

«On est peut-être plus familiers avec la détresse psychologique, a dit l’un des auteurs du commentaire, Éric Racine, qui dirige l’Unité de recherche en éthique pragmatique de la santé de l’Institut de recherches cliniques de Montréal. Mais notre bien-être psychologique peut être en cause quand on parle de détresse morale.»

La détresse morale, précise M. Racine, surviendra quand le personnel ne sera pas en mesure d’exercer son métier en respect avec les valeurs qui le définissent en tant qu’individu ― quand il se retrouve dans «une situation où on sait ce que serait la bonne chose à faire, mais en fin de compte, on est un peu incapable de la mettre en œuvre».

Même si les infirmières ne font pas partie du personnel de la sécurité publique, il cite en exemple une infirmière de l’unité des soins intensifs qui, en raison de ses conditions de travail, serait incapable d’accorder à ses patients les soins qu’elle juge nécessaires.

«Les situations de détresse morale peuvent perdurer dans le temps et créer beaucoup de stress, d’angoisse, etc., a dit M. Racine. On parle de blessure morale quand il y a comme une cassure, une accumulation de détresse morale ou une situation tellement choquante, tellement révoltante par rapport à nos valeurs qu’il y a un ‘avant’ et un ‘après’.»

Le sujet est pourtant mal étudié et donc mal compris, même si on sait qu’il peut contribuer à l’épuisement professionnel et même pousser certains employés à quitter leur emploi au lieu de constamment devoir composer avec des choix moraux qu’ils trouvent impossibles.

Il n’y a rien d’anodin, a dit M. Racine, quand un employé doit pratiquer son métier en ayant l’impression qu’on lui demande souvent de compromettre des valeurs aussi fondamentales que la justice, l’honnêteté et l’intégrité, qu’il est contraint de pratiquer son métier «en porte-à-faux avec ces valeurs-là, avec ces principes-là».

«Quand nos valeurs sont de manière répétée mises en échec, puis qu’on est dans des situations où on ne peut pas s’actualiser comme personne, en fin de compte on n’est plus la personne qu’on aime à être, puis vient un moment donné où cette situation-là, cet état-là, devient intolérable», a-t-il expliqué.

Ces employés sont souvent appelés à se sacrifier et à s’oublier, habituellement de manière très stoïque et presque militariste, poursuit-il. Il demeure encore tabou de parler des difficultés qu’ils peuvent rencontrer.

La stigmatisation qui caractérise la détresse psychologique semble se transposer à la détresse morale, a déploré M. Racine.

La pandémie a imposé au personnel de la sécurité publique de s’adapter à des situations complètement inédites, rappelle M. Racine, et il importe de commencer à se pencher sur ce que ces répondants ont vécu.

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