Après avoir évoqué des «vacances» pour les élèves, Roberge durcit le ton

QUÉBEC — Après avoir qualifié la période de confinement de «vacances» pour les élèves, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, change de ton et devient, de son aveu même, «plus exigeant et plus directif».

Il a reconnu en conférence de presse lundi qu’il y a eu «gradation» entre ce qu’il a dit à la fermeture des écoles le 13 mars dernier et ce qui est aujourd’hui préconisé par son gouvernement.

«Il ne faut pas envoyer un message que, parce qu’on fait de l’éducation à distance, ce n’est pas important et rien ne compte», a déclaré M. Roberge.

Québec a décidé de rouvrir les écoles primaires et les garderies le 11 mai prochain dans toutes les régions, sauf dans le grand Montréal, où ce sera à compter du 19 mai.

Le retour en classe sera optionnel, a précisé le ministre, qui recommande aux familles de poursuivre les apprentissages, quoi qu’il en soit, de manière sérieuse.

Il a annoncé lundi une série de mesures visant à rassurer les parents, les enseignants et les chauffeurs d’autobus, entre autres, et affirmé comprendre leurs multiples inquiétudes.

Aux familles qui choisiront d’envoyer leurs enfants à l’école, il assure que les mesures de distanciation seront respectées dans les établissements, avec un maximum de 15 élèves par classe et des récréations adaptées.

Les familles qui préféreront garder les enfants à la maison pourront récupérer du matériel scolaire à l’école dès cette semaine — sur invitation seulement — et emprunter des tablettes et des ordinateurs si nécessaire.

Par ailleurs, le ministre veut faciliter la vie des enseignants en leur offrant l’accès aux garderies dès le 4 mai. Ceux ayant une condition médicale, ou qui sont âgés de 60 ans et plus, sont priés de travailler à partir de la maison.

Les chauffeurs d’autobus, dont la moitié sont âgés de plus de 60 ans, pourront quant à eux compter sur des véhicules munis d’une barrière physique de «plexiglass» pour les protéger, a également indiqué M. Roberge.

Les écoles secondaires, les cégeps et les universités vont demeurer fermés jusqu’à la rentrée de l’automne.

Fréquentation scolaire «obligatoire»

Au Québec, la fréquentation scolaire est obligatoire pour les enfants de 6 à 16, qu’ils soient à l’école ou à la maison, a tenu à rappeler le ministre Roberge d’un ton qui tranche avec le discours qu’il tenait à la mi-mars.

«L’adolescent de niveau secondaire qui est à la maison doit poursuivre une scolarisation, a-t-il déclaré en prenant bien soin de mettre l’accent sur le mot « doit ». Et les parents doivent accompagner leurs adolescents.»

Interrogé à savoir si les élèves seront soumis à des évaluations, M. Roberge a évoqué le droit pour l’enseignant de demander «des traces» et «tenir compte des travaux qui sont remis par l’élève» pour «porter un jugement et moduler la note».

Ce n’est pas une «menace», a-t-il dit, mais un moyen d’aider les élèves en situation d’échec à «sauver» leur année.

«Ce n’est pas vrai de dire que l’année est finie au secondaire et que ça ne compte plus, a-t-il insisté. Les enseignants ne sont pas en congé et les élèves non plus.»

Il a précisé que la même règle s’appliquait au primaire et demandé aux parents de «s’acquitter de l’obligation» de fréquentation scolaire de leurs enfants.

Plus tôt, le premier ministre François Legault avait énuméré cinq raisons motivant sa décision de rouvrir les écoles, l’une d’elles étant une stabilisation de la situation dans les hôpitaux.

Selon M. Legault, il est important que les enfants retournent à l’école, pour leur bien, surtout ceux ayant des difficultés d’apprentissage.

Le premier ministre a ajouté que les risques sont limités pour les enfants, qu’il avait eu l’accord de la santé publique et que la vie doit continuer.

S’absenter des garderies «sans frais»

De son côté, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a reconnu lundi qu’il était «impossible» de demander aux bambins de garder deux mètres de distance avec leurs copains.

C’est pour cette raison qu’il demandera aux éducatrices en garderie de porter le masque de procédure au travail.

Par ailleurs, il recommande aux parents de se faire confiance quand viendra le temps de choisir d’envoyer ou non leurs enfants à la garderie le 11 mai.

À ce jour, on dénombre au Québec 28 cas de COVID-19 dans 22 garderies, ce qui est «marginal» si l’on considère que 5000 enfants fréquentent 1000 établissements dans la province, a-t-il expliqué.

«Faites-vous confiance comme parents, a déclaré M. Lacombe. Vous connaissez mieux que quiconque votre propre réalité familiale. Donc, votre décision de parents, ce sera la meilleure décision dans les circonstances.»

Les parents qui choisiront de garder leurs enfants à la maison pourront le faire sans frais jusqu’au 1er septembre et ne perdront pas leur place, a assuré le ministre.