Après des jours d’incertitude, le démocrate Joe Biden accède à la présidence

Joe Biden devient ainsi le 46e président des États-Unis

WASHINGTON — Le démocrate Joe Biden a battu le président Donald Trump et deviendra le 46e président des États-Unis, se positionnant pour diriger un pays en proie à une pandémie historique et à des perturbations économiques et sociales.

Sa victoire a été annoncée après plus de trois jours d’incertitude alors que les responsables électoraux devaient trier une vague de votes par correspondance sans précédent qui a retardé le traitement de certains bulletins. M. Biden a franchi la barre des 270 votes du collège électoral en remportant la Pennsylvanie.

De son côté, Donald Trump n’a pas reconnu sa défaite, menaçant de déposer de nouvelles poursuites sur le dépouillement des bulletins.

Joe Biden, âgé de 77 ans, a misé sur la galvanisation d’une large coalition d’électeurs autour de l’idée que le président Trump constituait une menace existentielle pour la démocratie américaine. La stratégie s’est avérée efficace, lui permettant des victoires cruciales au Michigan et au Wisconsin ainsi qu’en Pennsylvanie, d’anciens bastions démocrates qui avaient opté pour Donald Trump en 2016.

Dans un communiqué, Joe Biden a dit accepter la victoire avec humilité, et a encouragé les Américains à mettre leurs différences de côté.

«Il est temps pour l’Amérique de s’unir. Et de guérir, a-t-il soutenu. Avec la campagne qui est finie, il est temps de mettre la colère et la rhétorique hostile derrière nous et de s’unir en tant que nation.»

Joe Biden était en voie de remporter le vote populaire par une marge de plus de 4 millions, un chiffre qui pourrait encore augmenter alors que les bulletins de vote continuaient d’être dépouillés.

Kamala Harris est également entrée dans l’histoire en tant que première femme noire à devenir vice-présidente, une réalisation qui survient alors que les États-Unis sont confrontés à des tensions raciales. La sénatrice californienne, qui est également la première personne d’origine sud-asiatique élue à assumer ces fonctions, occupera le poste le plus élevé jamais obtenu par une femme, quatre ans après que M. Trump ait vaincu Hillary Clinton.

Trump refuse de concéder

De son côté, Donald Trump n’a pas abandonné.

S’écartant d’une longue tradition démocratique et signalant un transfert de pouvoir potentiellement turbulent, il a publié une déclaration combative pendant qu’il était sur son parcours de golf en Virginie. Il a déclaré que sa campagne entamerait des poursuites judiciaires et qu’il «ne se reposerait pas tant que le peuple américain n’aura pas obtenu le décompte honnête qu’il mérite et que la démocratie exige».

Donald Trump a souligné les retards dans le traitement du vote dans certains États pour alléguer sans preuve qu’il y avait eu fraude électorale et pour soutenir que son rival tentait de voler les élections — une accusation extraordinaire d’un président en exercice essayant de semer le doute sur un processus démocratique fondamental.

M. Trump est le premier président sortant à perdre sa réélection depuis le républicain George H.W. Bush en 1992.

Tôt samedi, il a quitté la Maison-Blanche pour son club de golf de la Virginie, vêtu de chaussures de golf, d’un coupe-vent et d’un chapeau blanc alors que l’avance de son adversaire augmentait progressivement en Pennsylvanie.

Plus tôt, il avait répété ses allégations non fondées de fraude électorale. «J’AI GAGNÉ CETTE ÉLECTION, PAR BEAUCOUP!», a-t-il écrit sur Twitter.

Des célébrations partout au pays

À Wilmington, au Delaware, près d’une scène érigée pour célébrer une victoire potentielle la nuit des élections, les gens ont applaudi lorsque les médias ont annoncé la victoire de Joe Biden.

Partout au pays, il y avait des fêtes dans les rues. À New York, des fêtes de quartier se sont organisées spontanément. Les gens ont quitté leurs logements, cognant sur leurs casseroles, alors que les klaxons retentissaient dans la ville.

À Washington, les gens ont afflué vers la Black Lives Matter Plaza près de la Maison-Blanche, agitant des pancartes et prenant des photos sur leur téléphone portable. À Lansing, au Michigan, les partisans de Donald Trump et les manifestants de Black Lives Matter ont rempli les marches du Capitole. Les paroles de «Amazing Grace» ont commencé à résonner dans la foule et les partisans de Trump ont posé leur main sur un contre-manifestant pour prier.

Les Américains ont montré un vif intérêt pour la course présidentielle. Un record de 103 millions de personnes ont voté par anticipation, cette année, pour éviter les longues files d’attente dans les bureaux de vote pendant une pandémie. Le décompte se poursuit dans certains États, mais Joe Biden a déjà recueilli plus de 74 millions de votes, plus que tout autre candidat présidentiel avant lui.

Le refus de Donald Trump de concéder n’a aucune implication juridique. Mais cela pourrait ajouter au défi de la nouvelle administration de rassembler le pays après une élection controversée.

Tout au long de la campagne, M. Trump avait refusé à plusieurs reprises de s’engager dans un transfert pacifique du pouvoir, arguant sans preuve que les élections pourraient être entachées de fraude. La nation a une longue histoire de candidats présidentiels acceptant pacifiquement le résultat des élections, remontant à 1800, lorsque John Adams a concédé à son rival Thomas Jefferson.

C’est la Pennsylvanie natale de M. Biden qui l’a placé au sommet, l’État qu’il a invoqué tout au long de la campagne pour se connecter avec les électeurs de la classe ouvrière. Il a également remporté le Nevada dimanche, poussant son total à 290 votes du collège électoral.

Joe Biden a reçu les félicitations de dizaines de dirigeants mondiaux, et de son ancien patron, l’ancien président Barack Obama, qui a dit que les États-Unis étaient chanceux que «Joe ait ce qu’il faut pour être président et se qu’il se comporte déjà de cette façon».

Les républicains du Congrès ont donné à M. Trump et sa campagne un espace pour examiner toutes leurs options juridiques. C’était un équilibre précaire pour les alliés du président Trump alors qu’ils essayaient de le soutenir — et d’éviter de nouvelles conséquences — tout en faisant face à la réalité du décompte des voix.

Samedi, le chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, n’avait encore fait aucune déclaration publique — ni pour féliciter Joe Biden, ni se joindre aux plaintes de Donald Trump. Mais le sénateur Lamar Alexander du Tennessee, un proche de M. McConnell, a déclaré: «Après avoir compté chaque vote valide et permis aux tribunaux de résoudre les différends, il est important de respecter et d’accepter rapidement le résultat.

Gérer une pandémie historique

Plus de 236 000 Américains sont morts pendant la pandémie de coronavirus, près de dix millions ont été infectés et des millions d’emplois ont été perdus. Les derniers jours de la campagne se sont déroulés dans le contexte d’une augmentation du nombre de cas confirmés dans presque tout le pays, dont dans les États clés qu’a remportés Joe Biden.

M. Biden devra maintenant tenter de contrôler la pandémie, lui qui a fait campagne en promettant une grande intervention du gouvernement, semblable à ce que Franklin D. Roosevelt a effectué avec le New Deal pendant la dépression des années 1930.

La campagne de 2020 a été un référendum sur la gestion de Donald Trump de la pandémie, qui a fermé des écoles à travers le pays, perturbé les entreprises et soulevé des questions sur la faisabilité des réunions de famille avant les vacances.

La propagation rapide du coronavirus a transformé les rassemblements politiques de campagne, forçant Joe Biden à réduire considérablement ses voyages et ses événements pour se conformer aux restrictions.

Le président a défié les appels à la prudence et a finalement contracté la maladie lui-même pendant la campagne. M. Trump s’est fait critiquer tout au long de l’année pour sa gestion de la pandémie. Il y a eu une autre épidémie de COVID-19 à la Maison-Blanche cette semaine, qui a rendu infecté son chef de cabinet, Mark Meadows.

Une empreinte indélébile

Les partisans les plus ardents du président n’ont jamais vacillé et pourraient rester derrière lui et ses appuis au Congrès après son départ de la Maison-Blanche.

Donald Trump, le troisième président à subir un processus de destitution avant d’être acquitté au Sénat, quittera ses fonctions après avoir laissé une empreinte indélébile dans un mandat défini par l’effondrement des normes de la Maison-Blanche et un tourbillon quotidien de roulement de personnel, de division partisane et de menaces éternelles sur Twitter.

Le camp Trump a déposé une poignée de poursuites dans les États pivots, dont certaines ont été immédiatement rejetées par les juges. Son avocat personnel, Rudy Giuliani, tenait une conférence de presse à Philadelphie, samedi, pour évoquer le dépôt de nouvelles poursuites judiciaires.

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