Après des mois de calme, la Thaïlande est frappé par une éclosion de coronavirus

BANGKOK — Après avoir réussi à échapper au pire de la pandémie de coronavirus depuis le début de l’année, la Thaïlande est maintenant aux prises avec une éclosion parmi des travailleurs migrants aux portes de la capitale, Bangkok.

Cette éclosion dans la province de Samut Sakhon menace de mettre en échec des mois d’efforts pour endiguer le virus et miner la relance de l’économie thaïlandaise.

Des infections associées à cette éclosion ont déjà été détectées dans plus d’une dizaine d’autres provinces, ainsi qu’à Bangkok. Les dirigeants de la capitale ont demandé que les mesures sanitaires — comme la distanciation sociale, le port du masque et la vérification de la fièvre — soient resserrées dans les temples, les marchés, les centres de divertissement et les parcs.

Des efforts de traçage ont permis d’identifier des individus à surveiller et des secteurs à désinfecter. Dans un centre d’achat de Bangkok, trois boutiques visitées par une Thaïlandaise porteuse du virus ont été temporairement fermées pour être nettoyées en profondeur. La cour alimentaire d’un autre centre d’achat a elle aussi été fermée.

La nouvelle vague d’infections à l’étranger signifie que l’économie thaïlandaise prendra plus de temps à rebondir, puisque l’économie mondiale ne se rétablira pas de sitôt, a prévenu le premier ministre Prayuth Chan-ocha lors d’un discours télévisé mardi soir.

«Nous constatons qu’un trop grand relâchement des mesures de précaution contre la COVID peut mener à de plus grandes souffrances économiques», a-t-il dit.

M. Prayuth a ajouté que la Thaïlande devra faire preuve de prudence lors de l’assouplissement des règles pour recommencer à accueillir les touristes étrangers — une approche qui pourrait retarder la relance de la très lucrative industrie touristique du pays, qui s’est effondrée quand la Thaïlande a fermé en avril ses frontières aux vols réguliers de passagers provenant de l’étranger.

Un peu avant la détection de la plus récente éclosion la semaine dernière, une nouvelle liste de pays dont les touristes seraient acceptés en vertu de règles strictes avait été publiée. On étudiait aussi la possibilité de raccourcir la quarantaine obligatoire de 14 jours après l’arrivée.

Les 576 nouvelles infections annoncées en Thaïlande dimanche représentaient un bond de 13 % par rapport au bilan précédent de 4907 cas. Il s’agissait aussi de la plus importante hausse quotidienne jamais notée au pays. Depuis des mois, pratiquement toutes les nouvelles infections repérées l’avaient été chez des gens déjà en quarantaine depuis leur arrivée de l’étranger.

Les nouveaux cas annoncés lundi et mardi ont gonflé le bilan du pays à 5716 infections. Pratiquement tous les nouveaux cas ont été détectés chez les travailleurs migrants de Samut Sakhon ou étaient reliés à un grand marché de fruits de mer de la province. Les responsables sanitaires ont dit que 44 % des travailleurs migrants et des gens ayant des liens directs au marché ont été infectés, même si la plupart ne présentaient pas de symptômes.

Le marché de fruits de mer a été bouclé pendant la fin de semaine. D’autres restrictions locales ont été imposées, notamment un couvre-feu, l’interdiction de voyager hors de la province et la fermeture de plusieurs lieux publics. Tard mardi soir, deux provinces voisines ont aussi annoncé des mesures de confinement, comme une interdiction des célébrations du Nouvel An.

Vingt-trois provinces du pays sont maintenant considérées à «risque élevé» d’éclosion.

Même si des infections associées au marché de fruits de mer se sont propagées à travers le pays, M. Prayuth s’est dit confiant que la Thaïlande «pourra continuer d’être parmi les pays du monde les moins touchés par cette maladie terrible».

Le patron de l’Organisation mondiale de la Santé, le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, a souvent salué la gestion de la crise par la Thaïlande.

La déclaration d’un état d’urgence par M. Prayuth dès le mois de mars a permis à son gouvernement d’imposer des mesures allant du confinement à la censure, en plus d’exiger le port du masque et d’interdire la vente d’alcool pour combattre le virus.

La source de la plus récente éclosion demeure obscure, mais pratiquement toutes les nouvelles infections touchent des travailleurs migrants arrivés du Myanmar voisin pour travailler dans l’industrie des fruits de mer. Cette main d’oeuvre bon marché alimente en grande partie l’économie thaïlandaise, qu’il s’agisse des usines, de la pêche ou de la construction. Le ministère du Travail recense plus de 233 000 travailleurs documentés dans le Samut Sakhon, en plus d’un nombre inconnu de travailleurs illégaux.

Il y aurait entre quatre et cinq millions de travailleurs étrangers en Thaïlande, selon l’Organisation internationale pour les migrations, une agence onusienne.

En dépit d’efforts pour légaliser leur statut, plusieurs travailleurs migrants arrivent en Thaïlande avec des passeurs illégaux qui les réduisent ensuite pratiquement à l’esclavage.

– Par Grant Peck et Chalida Ekvitthayavechnukul, The Associated Press

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