Après le Canada, les États-Unis se penchent sur les suprémacistes blancs

WASHINGTON — Des législateurs américains s’attaquent à ce que des experts ont décrit jeudi comme une menace croissante d’extrémisme violent intérieur à la suite des émeutes du mois dernier à Capitol Hill.

Les membres du comité de la Chambre sur la sécurité intérieure ont entendu des avertissements effrayants concernant une «forte probabilité» d’attaques terroristes intérieures alimentées par les divisions qui étaient si vives le 6 janvier.

Cette date a été un point d’inflexion dans la nature des menaces terroristes auxquelles sont confrontés les États-Unis, a déclaré Elizabeth Neumann, experte en lutte contre le terrorisme et ancienne responsable du département de la Sécurité intérieure.

Avant les émeutes, le terrorisme était en grande partie une menace internationale, a affirmé Elizabeth Neumann. Dorénavant, il est une menace intérieure.

«Il y a une forte probabilité de violence dans les mois à venir sur une gamme de cibles plus « molles » associées à leur perception de l’État profond, y compris les infrastructures, les médias grand public, les forces de l’ordre, les géants des technologies et les élus», a déclaré Elizabeth Neumann au comité.

«Malheureusement, je crois que nous lutterons contre le terrorisme intérieur qui s’inspirera des événements du 6 janvier pour les 10 à 20 prochaines années.»

Elizabeth Neumann a indiqué qu’il était «primordial» que le Congrès crée une commission bipartite sur le terrorisme intérieur pour établir une «compréhension commune» de la menace et pour empêcher que les discussions soient manipulées par les personnes mêmes que les politiques seraient censées cibler.

L’idéologie extrémiste, a-t-elle dit, a été «intégrée et normalisée» en raison du discours politique, des théories du complot et des communications sur les réseaux sociaux qui exploitent l’humour et les «memes» «pour masquer le danger que ces idées représentent».

Une telle commission, a-t-elle ajouté, pourrait explorer les avantages et les inconvénients de placer l’extrémisme national sur le même pied juridique que le terrorisme international. En vertu de la loi américaine actuelle, il est généralement plus facile pour les autorités de poursuivre les crimes en tant qu’incidents terroristes lorsqu’ils ont un lien avec des organisations à l’étranger.

Mercredi, le Canada a pris de l’avance sur cette idée lorsque le gouvernement fédéral a désigné les Proud Boys, qui ont joué un rôle de premier plan dans l’assaut du Capitole le mois dernier, comme organisation terroriste.

Parmi les 13 groupes ajoutés à la liste figuraient également The Base et la Division Atomwaffen (groupes néonazis) et le Mouvement impérial russe (groupe nationaliste),  tous décrits comme des organisations néonazies et de suprématie blanche.

La liberté d’expression

L’audience de jeudi était loin d’être unanime quant à l’idée de changer la loi aux États-Unis, un pays qui prend très au sérieux son engagement en faveur de la liberté d’expression.

«Nous devons réexaminer ce que signifie l’incitation» dans le contexte moderne de l’internet et des médias sociaux, a déclaré Brian Jenkins, expert en terrorisme et conseiller principal du groupe de réflexion à but non lucratif Rand Corp.

«Je me méfie d’une nouvelle législation antiterroriste qui nous amènerait à décider: « Eh bien, vous êtes un terroriste ou alors ce groupe est un groupe  terroriste » – cela va être un argumentaire long et parfois inutile»,  a dit Brian Jenkins.

«Nous devons examiner les technologies de communication et la manière dont ces plateformes fonctionnent et se régissent elles-mêmes.»

Jonathan Greenblatt, le directeur général de la Ligue antidiffamation (ADL), a carrément montré du doigt l’ancien président Donald Trump et les plateformes de médias sociaux pour la montée de l’extrémisme de droite.

«Une personne n’a plus besoin de se terrer dans un complexe clandestin dans les bois; aujourd’hui, vous pouvez trouver la haine 24/7 sur votre téléphone en faisant quelques clics», a déclaré Jonathan Greenblatt.

Sur les 17 décès aux États-Unis l’année dernière que l’ADL a liés à des activités extrémistes, 16 d’entre eux ont été causés par des groupes ou des individus épousant une idéologie de droite, a-t-il ajouté.

Il a qualifié les émeutes du Capitole de «l’attaque terroriste la plus prévisible de l’histoire américaine» et de «moment décisif» pour le mouvement américain pour la suprématie blanche.

La stratégie en sept points de Jonathan Greenblatt comprend l’adoption de la loi sur la prévention du terrorisme intérieur, qui donnerait au gouvernement fédéral plus d’autorité et de ressources pour enquêter, prévenir et répondre à la menace, même s’il ne parvient pas à la placer sur le même plan que le terrorisme international.

Il a également appelé à interdire les extrémistes dans l’armée, dans les forces de l’ordre et dans des postes d’élus. Il demande également d’effectuer des contrôles plus stricts sur les médias sociaux; faire un effort concerté pour prévenir la radicalisation; et également viser les groupes étrangers suprémacistes blancs.

«Ne vous y trompez pas, ce mouvement est une menace mondiale»,  a déclaré Jonathan Greenblatt.

«Il n’y a pas de solution miracle pour mettre un terme à la menace du terrorisme intérieur. Une seule mesure ne résoudra pas le problème. Il s’agit d’une approche à plusieurs volets pour résoudre un problème à plusieurs volets.»

Les agences d’application de la loi américaines sont en train de procéder à une évaluation complète de l’ampleur de la menace – un examen que la Maison-Blanche a déclaré attendre avant de décider de suivre ou non l’exemple du Canada sur les groupes suprémacistes blancs.

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