Après le Québec et d’autres provinces, Ottawa interdira la cigarette au menthol

OTTAWA – La cigarette au menthol va bientôt rejoindre dans le bac des «fausses bonnes idées» les fléchettes de pelouse, les marchettes pour bébés et les petits soldats de plomb.

Le gouvernement fédéral indique vendredi dans la plus récente Gazette du Canada qu’il souhaite modifier la Loi sur le tabac afin d’interdire l’ajout de menthol dans les cigarettes, les feuilles d’enveloppe et la plupart des cigares, dans le but de les rendre moins attrayants pour les jeunes.

Le menthol est actuellement exclu de la liste des additifs, y compris la plupart des additifs aromatisants, qu’il est interdit d’utiliser dans les produits de tabagisme.

Santé Canada amorce donc une période de commentaires de 30 jours, mais on s’attendait à une telle mesure depuis au moins 2009, lorsque les conservateurs ont interdit la plupart des autres produits du tabac aromatisés.

La cigarette au menthol, vestige des années 1960 et souvent un rite initiatique du futur fumeur, avait cependant survécu à cette première interdiction — et ses ventes ont grimpé sans relâche depuis.

Mais le règne de «la menthol» tire à sa fin. Les cigarettes au menthol sont d’ailleurs déjà interdites dans cinq provinces — le Québec, le Nouveau-Brunswick, l’Ontario, l’Alberta et la Nouvelle-Écosse —, alors que l’Île-du-Prince-Édouard a déposé un projet de loi en ce sens.

«Des dizaines de milliers de Canadiens meurent chaque année des suites d’une maladie liée au tabagisme, et les études ont démontré que plus une personne commence à fumer jeune, plus son risque de mourir prématurément augmente, a indiqué la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott. En interdisant le menthol, qui s’avère être populaire chez les moins de 25 ans, nous pouvons aider les jeunes à ne jamais faire l’essai des produits du tabac.»

Santé Canada cite une enquête sur le tabagisme chez les jeunes, réalisée en 2012-2013, et qui concluait que 37 pour cent d’entre eux avaient fumé une cigarette au menthol au cours des 30 jours précédents. En 2014, les ventes en gros des cigarettes et des cigares au menthol représentaient par ailleurs près de 5,0 pour cent du marché total du tabac, indique le ministère.

Rob Cunningham, de la Société canadienne du cancer, soutient que le menthol ne sert qu’à masquer le goût âcre du tabac chez les nouveaux fumeurs, «comme un anesthésique local», le temps que les jeunes deviennent dépendants à la nicotine. «Il n’y a absolument aucune raison pour qu’un produit cancérigène, à forte dépendance, soit aromatisé afin qu’il ait meilleur goût», a-t-il expliqué en entrevue.

Selon Santé Canada, le tabagisme est la première cause évitable de maladies et de décès précoces au Canada, et il est responsable de plus de 37 000 décès chaque année. Selon les estimations, le Canada dépense 4,4 milliards $ chaque année pour couvrir les coûts directs des soins de santé associés au tabagisme, indique-t-on.

«Il n’y a pas de données précises sur la proportion de jeunes qui fument des cigares ou utilisent des feuilles d’enveloppe contenant du menthol, précise Santé Canada. Toutefois, étant donné l’intérêt que les jeunes portent aux cigarettes mentholées et aux produits du tabac aromatisés en général, il est raisonnable d’inférer qu’ils trouvent ces produits attrayants également.»