Affaire Ouellette: l’UPAC résiste aux pressions politiques et poursuit l’enquête

QUÉBEC — L’Unité permanente anticorruption (UPAC) résiste aux pressions politiques et rejette du revers de la main toutes les critiques formulées ces derniers jours relativement à l’arrestation récente du député Guy Ouellette.

Si des accusations sont portées dans ce dossier, elles seront déposées «en temps et lieu quand l’enquête sera complète», a dit avec fermeté le commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière, en conférence de presse, mardi en fin de journée.

M. Lafrenière indique ainsi qu’il n’a pas l’intention de se faire dicter sa ligne de conduite ou la façon de mener ses enquêtes, même si elles impliquent un député de l’Assemblée nationale.

Ne prenant aucun blâme, il a rappelé qu’il reviendrait au bout du compte au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de déposer ou non des accusations, à partir de la preuve montée par l’UPAC.

Il est exceptionnel qu’un député en exercice soit arrêté et interrogé par la police.

Le député a été arrêté mercredi dernier, sans que la police explique les motifs retenus contre lui. Il ne fait l’objet d’aucune accusation pour l’instant.

Plus tôt, dans une sortie d’une rare virulence, le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, a affirmé que la situation, digne d’une «dérive totalitaire», était intenable dans un pays démocratique. Il a sommé l’UPAC de procéder de toute urgence dans ce dossier.

«Qu’on l’accuse ou qu’on s’excuse!», a tranché le président, provoquant une longue ovation des parlementaires de tous les partis, qui se sont levés pour l’applaudir longuement.

«Dans un État libre et démocratique, il est difficilement supportable qu’un citoyen soit arrêté sans que rapidement des accusations soient portées», a-t-il insisté, se posant en défenseur des droits des parlementaires. 

«Il m’est intolérable que la police ait arrêté un parlementaire sans qu’aucune accusation n’ait été portée contre lui une semaine plus tard», a-t-il ajouté.

M. Lafrenière s’est cependant dit convaincu que des accusations seront un jour portées en relation avec les fuites entourant l’enquête Mâchurer, ce qui est au coeur de l’histoire.

Il a confirmé que l’arrestation de M. Ouellette était en lien avec ces fuites survenues dans les médias dans ce dossier aux dimensions politiques évidentes.

L’enquête Mâchurer porte sur le financement possiblement illégal du Parti libéral du Québec (PLQ), à l’époque où Jean Charest en était le chef.

M. Ouellette a affirmé qu’il n’était pas l’auteur de ces fuites, alléguant que les soupçons de l’UPAC à son endroit étaient «sans fondement».

Le député s’expose à des accusations d’entrave à la justice. La diffusion illégale de documents reliés à une enquête policière est un geste «extrêmement grave», a rappelé le commissaire de l’UPAC, qui n’entend pas lâcher prise.

Lors de sa première présence en Chambre depuis son arrestation, mardi, à l’occasion d’une déclaration solennelle au Salon bleu, le député libéral devenu depuis indépendant a dénoncé avec vigueur «le coup monté» policier dont il estime avoir été victime.

Dans sa brève déclaration très attendue, qui a duré quatre minutes, M. Ouellette a soutenu que l’arrestation d’un député constituait «une attaque extrêmement grave au processus démocratique».

Selon lui, les méthodes utilisées par l’UPAC lors de son arrestation «dépassent l’entendement».

Il a exhorté la population à faire preuve de la plus grande vigilance, devant la possibilité de voir un corps policier «se substituer au pouvoir législatif».

Plus tôt, le premier ministre Philippe Couillard avait exercé lui aussi de la pression sur l’UPAC, demandant au corps policier de divulguer sans attendre le maximum d’informations reliées à l’arrestation de M. Ouellette.

L’UPAC doit «entendre l’inquiétude de la population» à ce propos, a dit le premier ministre, lors d’un point de presse mardi midi.

«J’aime pas voir ça», a-t-il noté, en accueillant favorablement la demande du député Ouellette de formuler une déclaration en Chambre à ce sujet.

Il s’agit là d’un droit fondamental pour un élu de l’Assemblée nationale, a-t-il dit, en ajoutant que dans ce dossier de nombreuses questions demeuraient sans réponses.

Contrairement à ce que prétend M. Ouellette, lui-même un ancien policier, le directeur des opérations de l’UPAC, André Boulanger, a indiqué pour sa part que les méthodes utilisées lors de l’arrestation du député avaient respecté les règles en vigueur.

Il a nié avoir piégé M. Ouellette, comme ce dernier le prétend, nié aussi qu’il faisait l’objet d’une filature le jour de son arrestation et nié «avec véhémence» que le député ait pu faire l’objet d’intimidation de la part des enquêteurs de l’UPAC.

M. Boulanger a aussi affirmé avoir obtenu à l’avance toutes les autorisations requises d’un juge de la Cour du Québec pour procéder à l’arrestation du député, l’interroger et effectuer une perquisition à son domicile.

Il a promis de «soulever chaque pierre» pour mener à bien cette enquête.

Pour la suite des choses, le premier ministre a insisté sur l’importance de respecter la séparation des pouvoirs.

L’opposition péquiste continue de réclamer que M. Ouellette et M. Lafrenière soient entendus en commission parlementaire pour faire la lumière sur ces événements. Mais une motion en ce sens a été battue par les libéraux.