Arrêté mercredi, le député Guy Ouellette affirme que l’UPAC tente de le museler

QUÉBEC — L’ex-député libéral Guy Ouellette affirme que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) tente de toutes les manières de le museler.

Mais le député de Chomedey, arrêté puis relâché par l’UPAC mercredi dernier, après plusieurs heures d’interrogatoire, n’entend pas se taire pour autant.

Même s’il sait qu’il s’expose à des accusations d’entrave à la justice à la suite de cette arrestation, il tient à dire sa version des faits.

L’ancien policier pourrait profiter de l’immunité parlementaire que lui procure son statut de député pour faire une déclaration en Chambre cette semaine et régler ses comptes avec l’UPAC.

Dans le cadre des travaux parlementaires, une heure avant le début de la période de questions, un député peut demander au président de l’Assemblée nationale de faire une déclaration. Tout ce que déclare un député à l’intérieur des murs du parlement est soustrait à d’éventuelles poursuites judiciaires.

De son côté, l’opposition péquiste déposera une motion en Chambre mardi pour réclamer que le député Ouellette, devenu indépendant, et le commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière, viennent témoigner devant la Commission des institutions, pour faire la lumière sur les événements récents.

La Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire réclament aussi d’entendre les acteurs de cette histoire fertile en rebondissements.

«La moindre des choses, c’est qu’on lui permette de s’exprimer à l’Assemblée nationale», a plaidé en entrevue téléphonique le leader de l’opposition officielle, Pascal Bérubé.

Situation particulière, M. Ouellette était jusqu’à vendredi le président de cette commission, qui notamment étudie le projet de loi 107, ayant pour but d’élargir les pouvoirs de l’UPAC.

«Je dérange», a commenté M. Ouellette, en parlant des dirigeants et enquêteurs de l’UPAC, dans une entrevue à l’animateur Bernard Drainville, du réseau Cogeco, enregistrée vendredi mais diffusée lundi.

M. Ouellette y affirme qu’il s’était «réfugié» dans les bureaux de Cogeco pour échapper à la filature des limiers de l’UPAC.

Dans cette entrevue, il nie formellement être la source ayant transmis des informations sur l’enquête Mâchurer à certains médias. Cette enquête de l’UPAC porte sur un possible financement illégal au Parti libéral du Québec (PLQ), à l’époque où Jean Charest en était le chef.

Selon lui, les enquêteurs de l’UPAC cherchent à savoir s’il a voulu influencer le cours des choses en rendant publics certains éléments de l’enquête, ce qui pourrait lui valoir des accusations d’entrave à la justice.

M. Ouellette affirme aussi que le gouvernement Couillard s’est senti forcé de renouveler le mandat du commissaire Lafrenière. Le député dit qu’il était intervenu fermement en caucus, sans succès, pour exhorter le gouvernement à ne pas céder «à l’intimidation» de l’UPAC en confiant un autre mandat à M. Lafrenière.

Selon lui, dans le même esprit, l’UPAC a coulé aux médias l’information selon laquelle il venait d’être arrêté, mercredi dernier, dans le but d’intimider les autres parlementaires.

Loi 107: l’UPAC devra rendre des comptes

Dans cette charge contre l’UPAC, M. Ouellette soutient que le corps policier cherche à empêcher les parlementaires de faire leur travail, notamment en bâclant «à toute vapeur» l’adoption du projet de loi 107 qui lui donnerait plus de pouvoirs. M. Ouellette croit que l’UPAC devrait être soumise à une plus grande reddition de comptes.

Son message a été entendu car en après-midi le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, qui défend le projet de loi 107, annonçait son intention d’amender la pièce législative dans le sens des revendications du député de Chomedey.

En conférence de presse à Montréal, M. Coiteux a dit être à la recherche d’un «mécanisme de reddition de comptes» visant à assurer une plus grande transparence du corps policier voué à la lutte à la corruption.

Il lui apparaît essentiel que la population ait «totalement confiance» en ses institutions.

Dans toute cette histoire, c’est la crédibilité de ce corps policier qui est en cause, a fait valoir le député Pascal Bérubé. «C’est un moment charnière», selon lui.

«Il faut que les cachotteries cessent», a commenté de son côté le député solidaire Amir Khadir, réclamant des déclarations et témoignages des principaux acteurs «au plus sacrant» pour faire toute la lumière sur les événements récents.

AMF: la vérificatrice générale enquêtera

Par ailleurs, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a nié catégoriquement les allégations diffusées par un média selon lesquelles il existerait un système de collusion entre l’UPAC, l’AMF et une firme de consultants.

L’allégation a été lancée par l’ancienne analyste embauchée par l’ex-ministre des Transports Robert Poëti pour mettre au jour les irrégularités dans le fonctionnement du ministère, Annie Trudel.

Selon elle, le processus d’autorisation supervisé par l’AMF et permettant aux firmes de soumissionner pour des contrats publics est vicié et donne dans l’arbitraire.

Le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand, a dit prendre très au sérieux les allégations et a demandé à la vérificatrice générale de mener une enquête «approfondie».

Ces allégations, a-t-il convenu en conférence de presse, «mettent en péril la probité du processus de vérification» de l’UPAC, et, de façon plus générale, «du processus d’obtention d’une autorisation de contracter de l’Autorité des marchés financiers» pour soumissionner à certains appels d’offres publics.

L’UPAC a son mot à dire dans le processus en menant diverses vérifications sur les entreprises qui cherchent à obtenir une autorisation de l’AMF.