Assemblée nationale: un premier débat virtuel entre les députés le 24 avril

QUÉBEC — Les députés se préparent à marquer l’histoire le 24 avril prochain lors d’un tout premier débat virtuel en pleine pandémie de coronavirus.

Les leaders des quatre partis politiques représentés à l’Assemblée nationale se sont entendus pour prolonger la fermeture du Parlement jusqu’au 5 mai et tenir entre-temps des commissions parlementaires virtuelles.

Cela permettra aux députés de l’opposition d’interroger les ministres Pierre Fitzgibbon (Économie), Danielle McCann (Santé), Jean-François Roberge (Éducation), Jean Boulet (Travail) et Andrée Laforest (Affaires municipales) sur le plan de déconfinement du gouvernement, notamment.

La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, ne figure pas dans cette liste âprement négociée, ce qui veut dire qu’elle n’aura pas pour l’instant à répondre aux questions des oppositions.

En entrevue avec La Presse canadienne vendredi, le leader parlementaire du Parti libéral du Québec (PLQ), Marc Tanguay, n’a pas manqué de souligner le caractère tout à fait historique de la tenue de débats virtuels en politique québécoise.

«C’est une première, a-t-il déclaré. Je pense qu’on pourrait même assimiler ça à la première fois où les débats ont été télédiffusés en 1978. Ça a marqué un pas historique. On pourra à terme dire que ça aura été une avancée.» 

Reste qu’en pleine pandémie de COVID-19, l’exercice risque-t-il d’être périlleux pour les partis d’opposition, qui pourraient se faire reprocher tout excès de partisanerie? La démocratie est un service essentiel, tranche le leader parlementaire de Québec solidaire (QS), Gabriel Nadeau-Dubois.

«Avec les scandales et les événements des derniers jours, je pense que (…) les gens s’attendent à ce qu’il y ait un débat de société sur ce qu’on voit dans nos CHSLD, sur ce qu’on voit dans l’économie, sur ce qu’on lit dans les journaux», dit-il.

«Ça serait périlleux si on n’avait pas le bon ton, si on était inutilement mesquins, ce qui ne sera pas le cas, ajoute Marc Tanguay. Je pense que la population va être fière de leurs députés.»

Paradis demande le maintien du décorum

Le premier débat virtuel d’une durée d’une heure se tiendra donc le vendredi, 24 avril, dès 15h. Il sera diffusé en direct sur le canal de télévision de l’Assemblée nationale ainsi que sur sa page web.

L’horaire complet des audiences sera rendu public ultérieurement. De tous les ministres, seule Mme McCann sera interrogée pendant deux heures.  

Pour chaque bloc d’une heure, il a été négocié que le PLQ aura 30 minutes pour échanger avec le gouvernement, QS aura 15 minutes et le PQ, 15 minutes. 

Fait inusité, les thèmes seront fournis aux ministres 24 heures à l’avance. Normalement, le but est de surprendre son adversaire politique, surtout lors de la période des questions. 

C’est l’application «Teams» qui a été retenue comme plateforme pour les débats. L’Assemblée nationale, qui s’occupe de la mise en ondes, s’assurera de la qualité de l’image et du son.

Selon le leader parlementaire du Parti québécois (PQ), Martin Ouellet, le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, a exigé que les députés se présentent devant leurs caméras vêtus d’une tenue de ville.

Il explique que l’Assemblée a fourni aux députés un fond d’écran numérique, le but étant de conserver la signature et le décorum du Parlement québécois.

«Fini le mou!» lance M. Ouellet à la blague.

«On va prendre l’exercice comme un exercice sérieux, affirme-t-il. En éducation, évidemment, on va se parler du déconfinement des écoles, comment ça peut se faire, avez-vous réfléchi à des plans mi-temps, plein-temps?»

Et après la crise de la COVID-19…

De l’avis de M. Tanguay, la crise de la COVID-19 aura «fait entrer» l’Assemblée nationale «au 21e siècle». 

Il s’attend, avec les autres leaders, à ce que la technologie soit de plus en plus utilisée au parlement, surtout à l’ère où les députés souhaitent une meilleure conciliation travail-famille.

«Les auditions, les travaux parlementaires, les séances de travail entre députés pourraient se tenir par visioconférence, avance l’élu libéral. Ça nous permet aussi de rester proches de notre population (dans les circonscriptions).»

«Concernant l’utilisation d’outils technologiques à l’Assemblée nationale, une réflexion est nécessaire afin d’améliorer l’efficacité des travaux parlementaires, a déclaré Élisabeth Gosselin-Bienvenue, attachée de presse du leader du gouvernement Simon Jolin-Barrette. Nous avons d’ailleurs fait différentes propositions à cet égard en vue de la réforme parlementaire.»