Arthrose du genou: une étude constate l’efficacité d’une technologie québécoise

MONTRÉAL — Pour ceux qui souffrent d’arthrose du genou, une technologie créée au Québec pourrait faire toute une différence: la «genougraphie» peut aider les médecins généralistes à mettre le doigt sur le problème plus rapidement et à personnaliser le traitement, fait valoir sa co-inventrice, Nicola Hagemeister, chercheure au Centre de recherche du CHUM.

Une étude publiée mardi sur l’utilité de la technologie pour la prise en charge des patients en première ligne a d’ailleurs révélé de «surprenants résultats», dit la chercheure qui est aussi professeure à l’ÉTS. 

Son but est de diminuer la douleur des patients et leurs symptômes, afin d’améliorer leur qualité de vie.

C’est pourquoi elle a mis au point la genougraphie — en quelque sorte «l’électrocardiogramme du genou» — avec une équipe d’ingénieurs, de cliniciens, de médecins et de physiothérapeutes.

Il s’agit d’une espèce d’orthèse allégée, attachée à la jambe du patient qui doit marcher sur un tapis roulant. Aussi munie de capteurs reliés à des caméras, elle enregistre — en trois dimensions — les moindres mouvements de la mécanique du genou. 

L’outil diagnostic est efficace pour déterminer les causes de l’arthrose, car les autres méthodes — radiographie et résonance magnétique — sont statiques, et souvent réalisées sans que le genou ne supporte de poids, explique Mme Hagemeister.

«Cela n’indique pas comment la personne bouge», alors que chacun a sa propre démarche, dit-elle.

La genougraphie comble cette lacune, juge-t-elle. Et au lieu d’avoir le même traitement prescrit à tous — souvent une liste d’exercices de base et des anti-douleurs — la technologie permettra de formuler des traitements beaucoup plus adaptés à chaque patient.

Même le champion olympique canadien Bruny Surin en a bénéficié. L’ex-sprinter a de l’arthrose et s’est faire dire qu’il ne pourrait plus courir, ni même jogger. La genougraphie a permis de cibler l’origine de son problème.

«Aujourd’hui, je marche. La douleur, c’est zéro», affirme-t-il dans une capsule vidéo enregistrée dans le cadre du projet de recherche. «La genougraphie, ça va apaiser la douleur de beaucoup de gens.»

Car pour l’arthrose, le problème est de taille: un Canadien sur 10 en est atteint. Dans le cas spécifique de l’arthrose du genou, ils seraient des centaines de milliers.

Les résultats de l’étude

Pour le moment, la technologie est disponible dans les cliniques privées où les patients doivent payer.

Mais l’étude dirigée par Mme Hagemeister a recréé les conditions d’un système de santé publique. L’idée était de voir si la technologie pouvait aussi y améliorer la prise en charge des patients, lorsqu’ils sont «moins informés et moins motivés».

«Les résultats sont surprenants», estime la chercheure.

Avec une seule visite, on obtient des résultats équivalents à ceux des patients qui ont suivi un programme d’exercice structuré pendant 12 semaines, à coup de deux ou trois rendez-vous par semaine, dit-elle. Les résultats se trouvent dans la revue «Postgraduate Medicine».

Pour la réaliser, quelque 300 médecins ont recruté 450 patients, suivis pendant six mois.

Ils ont été divisés en trois groupes: le premier bénéficiait d’un suivi traditionnel par un généraliste, le deuxième était traité par un omnipraticien après une genougraphie (recommandations de traitement et exercices adaptés) et le troisième groupe a reçu en plus de la genougraphie une formation d’une heure sur les causes de l’arthrose du genou et les exercices à faire, suivie de deux rencontres avec un thérapeute.

Résultat? Les patients des deux groupes pris en charge avec la genougraphie ont constaté une diminution significative de leurs symptômes et de leur douleur, ainsi qu’une amélioration de leur motricité. Le fait d’être informé (patients du troisième groupe) améliorait encore les résultats cliniques.

«Quand les gens comprennent quel est le problème et pourquoi il faut faire certains exercices, il les font. Et parce qu’ils voient une amélioration assez rapide, ça les encourage à continuer, dit Mme Hagemeister. Le fait de cibler vraiment des déficits mesurables, et compréhensibles par le patient, ça fait toute la différence.»

La genougraphie pourrait aussi avoir un impact sur les coûts du système de santé, est-il écrit dans l’étude.

Car elle pourra aussi permettre de limiter le recours à des examens inutiles dans cette situation, et aussi de retarder ou même d’éviter des chirurgies du simple fait que le traitement est mieux adapté, fait-on valoir dans l’étude. 

Pas moins de neuf médecins sur 10 qui ont participé à l’étude affirment que la genougraphie est utile dans leur pratique.

L’équipe de recherche va maintenant réaliser une autre étude, financée par le gouvernement du Québec, pour tester la technologie directement dans un milieu de soins publics.

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