Attaque au véhicule-bélier: des problèmes informatiques pourraient retarder le procès

TORONTO — Les appareils numériques lourdement cryptés appartenant à l’homme qui a perpétré l’attaque meurtrière au véhicule-bélier à Toronto ont causé des problèmes à son propre avocat, a appris le tribunal jeudi lors d’une audience, ce qui pourrait retarder le début du procès d’Alek Minassian pour meurtre au premier degré.

Alek Minassian, de Richmond Hill, en Ontario, a comparu brièvement devant le tribunal jeudi tandis que la défense et la Couronne finalisaient son dossier en vue de l’ouverture du procès, qui est censé débuter le 10 février.

Le tribunal a appris que les experts en informatique de la défense venaient tout juste de réussir à déverrouiller les appareils d’Alek Minassian après avoir été autorisés à y accéder il y a plusieurs mois.

«Je pensais que M. Minassian avait le mot de passe», a déclaré la juge Anne Molloy, qui présidera l’affaire sans la présence d’un jury.

«C’est plus difficile que cela, votre honneur», a répondu Boris Bytensky, l’avocat d’Alek Minassian.

La Couronne et la défense ont indiqué que ces problèmes pourraient retarder le début du procès d’une semaine ou deux, mais les deux parties ont dit avoir bon espoir que le retard ne soit pas plus important.

Alek Minassian, 27 ans, fait face à 10 chefs d’accusation de meurtre au premier degré et de 16 chefs d’accusation de tentatives de meurtre relativement à l’attaque qui s’est produite sur la rue Yonge le 23 avril 2018.

Quelques heures après l’attaque, Alek Minassian a dit à la police qu’il avait posé ses gestes pour se venger d’avoir été rejeté sexuellement et ridiculisé par les femmes. La juge Molloy a déclaré durant l’été que le procès porterait sur l’état mental d’Alek Minassian au moment des événements — et non sur le fait qu’il conduisait la camionnette louée qui a happé des piétons en roulant sur un trottoir.

Le mois dernier, le tribunal a ordonné une évaluation de l’état mental d’Alek Minassian en détention, comme le demandait la Couronne. Le Dr Scott Woodside l’évaluera au Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto, selon des documents déposés au tribunal.

Pendant ce temps, l’équipe de Me Bytensky continuera d’analyser les ordinateurs de son client. Il a ajouté que les experts recrutés par la défense avaient du mal à décrypter les appareils sans le logiciel approprié, qui n’est rendu disponible qu’aux forces de l’ordre.

Les appareils d’Alek Minassian ont longtemps posé des problèmes à la Couronne, selon des documents déposés au tribunal et descellés après que les médias se soient opposés à une interdiction de publication radicale réclamée par la défense.

Dans les deux semaines qui ont suivi l’attaque, la police avait engagé une société de sécurité tierce pour décrypter le téléphone d’Alex Minassian, selon un affidavit de la police rédigé en mai par le détective Christopher Sloan de l’unité des crimes techniques de la police de Toronto.

M. Sloan y notait que le téléphone comportait «plusieurs couches de cryptage» et un mot de passe et semblait être crypté de façon personnalisée grâce à une modification du système d’exploitation.

La police s’est également servie d’un logiciel automatisé pendant huit mois pour tenter de déchiffrer le mot de passe de l’ordinateur portable Apple d’Alek Minassian, mentionnait M. Sloan.

«Il est très peu probable que le mot de passe soit obtenu rapidement, en utilisant les méthodes actuelles», a écrit M. Sloan.

Me Bytensky cherchait à accéder aux appareils, ce que la Couronne tentait d’empêcher. La juge Molloy a tranché que la défense pouvait avoir accès aux dispositifs s’ils respectaient certaines conditions.

Alek Minassian venait de terminer son examen final de ses études en développement de logiciels la veille de l’attaque.

L’affaire sera de retour devant le tribunal le 16 décembre.