Agressions au couteau en Saskatchewan: le suspect n’est pas à James Smith, dit la GRC

WELDON, SASKATCHEWAN — La Gendarmerie royale du Canada (GRC) de la Saskatchewan a encerclé une maison de la nation crie de James Smith mardi après avoir signalé avoir aperçu l’un des meurtriers présumés dans l’attaque de masse au couteau, mais est partie peu de temps après sans aucun signe de l’homme.

Les alertes d’urgence retentirent encore une fois. Un hélicoptère et des drones ont survolé la région. Un véhicule blindé tactique est arrivé sur place, passant devant un poste de contrôle où les journalistes étaient retenus. Peu de temps après, des véhicules de police ont quitté les lieux et Myles Sanderson reste en liberté plus de 48 heures après les attaques au couteau.

«Nous n’avons pas hésité», a déclaré la commissaire adjointe Rhonda Blackmore, commandante de la GRC de la Saskatchewan, à propos de la perquisition, qui a contourné la pratique policière habituelle de vérification des informations.

«Nous avons estimé que le risque pour les personnes s’il était effectivement là l’emportait sur l’avantage d’avoir cette information (maintenue) de près pour être plus fiable.»

Les résidents d’une communauté déjà en deuil de la perte de tant de personnes ont été laissés sur les nerfs alors qu’une autre piste sur le suspect semblait se refroidir.

«Les gens auront ce sentiment de nervosité jusqu’à ce que Myles Sanderson soit localisé et en garde à vue, et c’est compréhensible», a déclaré Mme Blackmore.

«Beaucoup de ces personnes (…) ont vu des choses, et peut-être elles-mêmes ont été attaquées. Des choses qu’aucun individu ne devrait avoir à voir ou à gérer.»

Myles Sanderson échappe donc encore aux autorités. La GRC demande aux résidants de se barricader en lieux sûrs. Myles Sanderson, âgé de 30 ans, pourrait être blessé, mais l’homme est considéré comme dangereux et ne devrait pas être approché par des citoyens, prévient la police.

Myles Sanderson est l’un des deux suspects dans les agressions meurtrières au couteau perpétrées en fin de semaine à plusieurs endroits  dans la communauté crie de James Smith et dans le village voisin de Weldon, au nord-est de Saskatoon.

Mme Blackmore encourage le public à signaler tout ce qui semble anormal, car la police donne suite à toutes les informations. 

«Alors que les heures passent et que les jours passent ici, je ne veux pas que les gens deviennent insouciants (…) parce que nous n’avons vu aucune victime depuis (…) dimanche, a déclaré Mme Blackmore. Nous ne voulons certainement pas que les gens croient qu’il n’y a aucun danger là-bas.»

Le corps de l’autre suspect relativement à ces agressions, Damien Sanderson, âgé de 31 ans, avait été découvert lundi dans une zone herbeuse de la communauté crie de James Smith, non loin de l’une des 13 scènes de crime.  Selon la police, les deux hommes sont frères et elle ne croyait pas que Damien Sanderson se soit suicidé. Elle enquêtait pour savoir si Myles Sanderson était impliqué dans la mort de son frère.

La GRC a déclaré que 10 hommes et femmes avaient été tués et 18 autres blessés dans les agressions de dimanche — sans compter les suspects. L’autorité sanitaire de la Saskatchewan a déclaré que 10 des blessés étaient toujours hospitalisés mardi, dont trois étaient dans un état critique.

L’Association des vétérans autochtones de la Saskatchewan a par ailleurs confirmé sur Facebook le décès d’Earl Burns, affirmant qu’il était un ancien combattant du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry.

La sœur de M. Burns a confirmé son décès dans une déclaration sur le site d’information «paNow» à Prince Albert. Deborah McLean indique que son frère était décédé en protégeant sa famille et que sa femme était aux soins intensifs.

La police avait ratissé une vaste zone en Saskatchewan, mais aussi émis des alertes au Manitoba et en Alberta, les deux provinces voisines. À Regina, à trois heures de route au sud de la communauté crie de James Smith, la police avait été informée en fin de semaine de la présence d’un véhicule que les suspects pourraient avoir utilisé.

La peur s’est installée

La recherche à l’échelle des Prairies a laissé d’autres communautés anxieuses. La Première Nation de Piapot, à 45 kilomètres au nord-est de Regina, a exhorté les résidents à être vigilants.

«Ne laissez pas d’étrangers entrer chez vous ou ne répondez pas à la porte de quelqu’un que vous ne connaissez pas. Veuillez garder toutes les fenêtres et les portes verrouillées», ont écrit les dirigeants de la communauté dans un avis de sécurité publié en ligne mardi.

Les dirigeants de la Fédération des nations autochtones souveraines ont lancé un appel pressant pour retrouver Myles Sanderson, priant ceux qui sauraient où il se trouverait de se manifester rapidement pour mettre fin à cette tragédie sans faire d’autres victimes.

Une ancienne gendarme a déclaré que les vastes espaces ouverts des Prairies pourraient compliquer toute chasse à l’homme.

«C’est une zone immense, et il n’y a pas grand-chose, a déclaré Sherry Benson-Podolchuk, agente à la retraite de la GRC. Il y a beaucoup d’endroits où les gens peuvent se cacher.»

Mme Benson-Podolchuk a souligné que la police surveille les routes entrantes et sortantes des provinces adjacentes.

«Les suspects n’iront pas sur les routes (principales). S’ils peuvent emprunter une route secondaire, une route de gravier ou un chemin de terre quelque part, ils le feront», a mentionné Mme Benson-Podolchuk.

Les documents de libération conditionnelle montrent que Myles Sanderson possède un casier judiciaire qui remonte à près d’une vingtaine d’années et qu’il a une propension à la violence lorsqu’il est intoxiqué.

«Vos antécédents criminels sont très préoccupants, notamment l’usage de la violence et des armes liées à vos infractions répertoriées, et vos antécédents de violence conjugale», indique le document obtenu par La Presse Canadienne.

M. Sanderson avait obtenu une «libération d’office» de prison en août 2021, mais cette libération a été révoquée par la commission environ quatre mois plus tard, parce que le prévenu n’avait pas communiqué avec son agent de libération conditionnelle.

Dans le document, la commission déclare plus tard qu’elle rétablit sa libération d’office avec une réprimande, et conclut que M. Sanderson «ne présentera pas de risque indu pour la société».

En mai, un bulletin de Crime Stoppers a été publié pour M. Sanderson, avertissant qu’il était illégalement en liberté.

Le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, a déclaré lundi aux journalistes à Vancouver qu’il était déjà en contact avec la commission des libérations conditionnelles et qu’on lui avait dit qu’il y aurait une enquête sur sa décision concernant Myles Sanderson.

Par ailleurs, Damien Sanderson a été accusé d’agression en juin, selon des documents judiciaires obtenus par La Presse Canadienne, mardi.

La GRC n’a pas précisé les mobiles de ces agressions, mais croit que certaines des victimes avaient été ciblées et d’autres choisies au hasard.

Entraide et soutien

En attendant un dénouement dans cette tragédie, des habitants de la région ont serré les coudes autour des victimes et des communautés touchées. Une campagne de collecte de fonds en ligne a été lancée pour les victimes et leurs familles dans la communauté crie de James Smith. On avait recueilli plus de 104 000 $ mardi soir. 

Une organisation de jardins communautaires près de Prince Albert a annoncé sur les réseaux sociaux qu’elle enverrait des produits à la communauté pour des veillées funèbres et d’autres rassemblements dans les jours à venir. Sur la page Facebook de Jessy’s Garden, on lançait mardi un appel à bénévoles pour donner un coup de main.

Dans la ville voisine de Melfort, lundi soir, les joueurs des Mustangs, de la ligue de hockey junior A, ont observé un moment de silence pour les victimes avant leur match de présaison contre les Hawks de Nipawin.

Le premier ministre, Justin Trudeau, a promis mardi «d’envoyer les ressources nécessaires pour en finir avec cette crise et pour permettre aux gens de guérir, de faire leur deuil».

«Le gouvernement fédéral est en train d’envoyer les ressources nécessaires à la police locale, aux autorités pour avoir tout ce dont ils ont besoin pour garder les gens en sécurité», a assuré M. Trudeau à Vancouver.

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