Atteintes à la liberté académique: peut-être juste la pointe de l’iceberg, dit McCann

MONTRÉAL — Alors que l’enjeu de la liberté académique dans les universités se retrouve sous les projecteurs, la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, a annoncé mardi la composition du comité d’experts appelé à faire le point, se demandant si les récentes controverses médiatisées ne sont que «la pointe de l’iceberg».

«Les événements des derniers mois», a-t-elle dit sans les nommer, ont convaincu le gouvernement de réfléchir à cette question et d’agir, afin de protéger la liberté académique et la liberté d’expression.

Sans une telle protection pour les professeurs, elle dit craindre qu’ils ne «s’autocensurent», par crainte de représailles.

Cela se produit déjà un peu, ce qui n’est «pas bon pour la société, ni pour les étudiants», a dit la ministre en point de presse, mardi.

La liberté académique a fait l’objet d’attention médiatique récemment, mais «cela ne veut pas dire qu’on voit tout le phénomène. C’est peut-être la pointe de l’iceberg». C’est pourquoi l’état des lieux qui sera fait par le comité est essentiel, dit la ministre.

«On ne veut pas que ça dérape» et on veut protéger nos professeurs, a-t-elle souligné.

La liberté académique vise notamment, mais pas exclusivement, la liberté d’enseignement, de recherche, de discussion en dehors de toute contrainte doctrinale, le droit d’exprimer des opinions, de critiquer les institutions et de ne pas être soumis à la censure institutionnelle.

Ces derniers jours, des propos controversés tenus au sujet des Québécois par un professeur de l’Université d’Ottawa, Amir Attaran, ont enflammé les esprits. Et l’automne dernier, l’utilisation du mot en «N» dans un contexte d’enseignement a notamment choqué des étudiants et une partie de la population, entraînant des conséquences pour certains professeurs.

La composition du «Comité d’experts sur la reconnaissance de la liberté académique» au Québec a ainsi été dévoilée alors que le débat est tout à fait d’actualité.

Il sera présidé par un ex-ministre péquiste, Alexandre Cloutier, qui est actuellement le vice-recteur aux partenariats, aux affaires internationales et autochtones de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Trois professeurs en feront aussi partie: Yves Gingras, qui enseigne l’histoire à l’UQAM, aussi directeur scientifique de l’Observatoire des sciences et des technologies; Chantal Pouliot, professeure au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage de l’Université Laval; et Aline Niyubahwe, professeure à l’Unité d’enseignement et de recherche en sciences de l’éducation de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Aucun représentant des universités anglophones de la province n’a été invité. Un étudiant sera toutefois bientôt choisi pour être le cinquième membre du comité.

Ce dernier aura pour mandat de dresser un état des situations récentes ayant mis en cause le concept de liberté académique dans les universités québécoises, de définir cette liberté, de poser un diagnostic et de formuler des recommandations au gouvernement, notamment sur «des mécanismes et outils» à mettre en place dans les universités, afin d’appliquer les dispositions relatives à la liberté académique. 

Cela ne risque-t-il pas de brimer l’autonomie des universités? Mme McCann ne le croit pas: «la liberté académique, c’est un corollaire de l’autonomie universitaire», a-t-elle rétorqué. Et puis, la communauté universitaire sera partie prenante aux travaux.

Pour le président du comité, le principe de la liberté académique «est au coeur non seulement du bon fonctionnement de nos universités», mais «il fait aussi partie des fondements de notre vie démocratique».

Et cette démocratie serait «directement atteinte si on devait interdire que certains thèmes soient abordés dans nos universités, que certains sujets soient bannis ou considérés tabous».

À ce sujet, M. Cloutier a été interrogé lors du point de presse sur sa position sur le mot en «N»: doit-il être banni, notamment dans un contexte d’enseignement universitaire?

Le président du comité a indiqué qu’il n’allait pas se prononcer sur chacune des situations survenues mettant en cause la liberté académique, notamment par respect pour le travail du comité, qui n’a pas encore débuté. Il a toutefois dit «qu’il y a un certain consensus au sens large que, dans le cadre académique, bannir des mots, ou la censure, n’a pas sa place».

Les travaux débuteront en mars et le rapport du comité sera dévoilé à l’hiver 2021.

Des consultations publiques sont prévues, sur invitation. La communauté universitaire sera sondée et les partis d’opposition à l’Assemblée nationale seront aussi consultés, a précisé Mme McCann.

Mardi, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) a accueilli favorablement la création du comité d’experts et le choix de ses membres.

Elle rappelle avoir plaidé en faveur d’une loi sur la liberté académique qui serait dûment adoptée par l’Assemblée nationale.

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